Courrier du lecteur : Un tissu social pas tissé très serré

«Personne ne semble avoir eu l’idée de collaborer pour tisser collectivement un tissu social solide, solidaire, ni de rassembler les leadeurs de notre communauté pour concevoir un plan de gestion de crise.» (Illustration : Simon Trudeau)

«Personne ne semble avoir eu l’idée de collaborer pour tisser collectivement un tissu social solide, solidaire, ni de rassembler les leadeurs de notre communauté pour concevoir un plan de gestion de crise.» (Illustration : Simon Trudeau)

Il y a une semaine, une personne francophone de Yellowknife s’est enlevé la vie. Ce tragique incident se produit après deux autres décès d’individus connus de la communauté franco-ténoise dont les circonstances laissent entrevoir la possibilité du suicide. Sous le couvert de l’anonymat, une lectrice nous partage les réflexions que lui a suscitées la perte d’un ami.


Une autre mort tragique s’inscrit dans les livres de la francophonie ténoise. Un autre qui est parti trop vite, sans réponses ni explications.


Si on regarde le topo, depuis novembre, cela fait trois membres de la francophonie ténoise que nous perdons de manière tragique.


Et puis, maintenant, on fait quoi ? On espère que le redoux printanier saura apporter un peu de douceur dans nos cœurs franco-ténois pour ne pas avoir à dire tristement au revoir à un autre membre de notre communauté ? Ou on se questionne, on s’unit et on bouge ?

On se questionne ?
Une pandémie de cette ampleur, c’est quelque chose de nouveau pour plusieurs d’entre nous. Les gouvernements et les institutions ont fait de leur mieux pour prévenir la propagation du virus et protéger la communauté. Nous sommes chanceux, nous ne comptons aucun décès directement attribuable à la COVID-19, mais combien de suicides et autres drames y sont liés ? Que disent les chiffres et les études sur la santé mentale générale de la population ténoise ? Ironiquement, à l’Assemblée législative, cette semaine, on parlait d’une crise de santé mentale aux TNO.

Personnellement, j’ai vraiment hâte de voir les résultats de ces discussions à court et moyen terme directement dans notre milieu.


Du côté de la francophonie que se passe-t-il avec les services en français pour les problèmes de santé mentale ? En fait, une simple recherche sur le Web est un véritable casse-tête. Vous traversez un labyrinthe d’onglets avant de trouver de l’information d’urgence ou de prévention. Est-ce qu’il y a des psychiatres francophones ? Non, pas vraiment, désolé. Est-ce qu’il y a des psychologues francophones ? Oui, deux. Toutefois, attendez-vous à vous retrouver sur une longue liste d’attente pour voir le psychologue du réseau public. Sinon, vous pouvez toujours aller au privé. Les gens du Québec, de l’Ontario et de l’Alberta font face aux mêmes listes d’attente, me direz-vous. Toutefois, suis-je la seule à penser que l’isolement, le manque de luminosité et le petit côté austère des TNO font de ce territoire nordique un cas particulier ? D’après l’Encyclopédie canadienne, les Territoires du Nord-Ouest se retrouvent en 4e position des taux de suicide provinciaux et territoriaux (2015-2019) les plus élevés.


Il serait peut-être intéressant d’avoir accès à une banque de psychologues franco-canadiens offrant des services en vidéoconférence pour les TNO ? Ce serait bon d’étudier la possibilité d’embaucher un psychologue supplémentaire, à la pige, à distance travaillant en vidéoconférence pour éviter les conflits d’intérêts francophones (Ah oui ! Parce qu’il y a de fortes chances que vous croisiez l’un des deux psychologues francophones lors d’un 5 à 7, d’un évènement ou d’un projet professionnel.) et pour désengorger un peu la liste d’attente, du moins, pour cette période de pandémie.

On s’unit ?
Une pandémie de cette ampleur, c’est quelque chose de nouveau pour plusieurs d’entre nous. Les organisations et les entreprises ont fait de leur mieux pour prévenir la propagation du virus et continuer leurs activités. Il a parfois été possible de se réinventer (cours et formations sur Zoom, jeux en ligne, activités en direct, etc.), mais, souvent, il n’y avait juste rien à faire. Finalement, un peu en mode crise, un peu en mode bricolage, ils ont tous essayé de sauver les meubles.
Cependant, je suis surprise et déçue de voir que personne ne semble avoir eu l’idée de collaborer pour tisser collectivement un tissu social solide, solidaire. Ni celle de rassembler tous les leadeurs de notre communauté francophone pour concevoir un plan de gestion de crise, afin de protéger notre communauté, ses membres, sa santé et ses acquis. Un plan de gestion de crise où tous les acteurs auraient pu collaborer et mettre à profit leurs champs de compétence pour : prévenir l’isolement, favoriser une saine (et fluide) diffusion de l’information, encourager le maintien d’une bonne santé physique et mentale, former des personnes en premiers soins en santé mentale… Bref, un plan de gestion de crise pour unir les forces de tout le monde, afin de prioriser ce que le monde communautaire a de plus précieux : sa communauté.

On bouge
Dans cette lettre ouverte, je n’ai pas voulu seulement pointer du doigt les bobos, les lacunes et les failles. J’ai voulu fournir des pistes de solution, des idées pour stimuler les brainstorms de cadre de porte, de pause et de réunion. L’objectif, ici, est de toucher les cœurs et les esprits, afin de stimuler le mouvement et l’action. Cette lettre est un cri du cœur provenant d’une Franco-Ténoise pour sa communauté. Parce que ma communauté pleure la perte de plusieurs de ses membres et parce qu’elle les pleurera encore longtemps.


Notre aventure pandémique n’est pas encore terminée. Il est encore temps de bouger, de s’unir et de se questionner. Je n’ai pas envie d’attendre. Je ne suis pas patiente. Notre communauté franco-ténoise a besoin que les choses bougent. En fait, je me questionne à savoir si nous avons encore le luxe d’attendre.


Alors, s’il vous plait, pouvons-nous commencer à tisser tous ensemble ?

Juste une Franco-Ténoise

* * * * * 

L’Aquilon vous rappelle que si vous ou une personne de votre entourage vous sentez désespérée, de l’aide est toujours disponible. Vous n’êtes pas seul. Aux Territoires du Nord-Ouest, la ligne d’aide des TNO (1-800-661-0844) est accessible en tout temps. Vous pouvez aussi communiquer avec le Service canadien de prévention du suicide (1-833-456-4566) et avec Jeunesse J’écoute.


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