Articles de l'Arctique, 12 mars 2021 : Un pas de plus vers la protection de la Réserve arctique

Une proposition de loi visant la protection de la Réserve faunique nationale de l’Arctique en Alaska sera débattue à l’automne 2021 au Sénat. (Crédit photo : Malkolm Boothroyd)

Une proposition de loi visant la protection de la Réserve faunique nationale de l’Arctique en Alaska sera débattue à l’automne 2021 au Sénat. (Crédit photo : Malkolm Boothroyd)

La conclusion d’un protocole commun entre le Canada et les États-Unis laisse entrevoir une protection permanente pour l’aire de mise bas de la harde de caribous de la Porcupine et suscite l’espoir des Premières Nations.

Le 23 février 2021, le premier ministre Justin Trudeau et le président Joe Biden ont présenté une feuille de route commune sur la lutte au changement climatique. La Réserve faunique nationale de l’Arctique, en territoire gwich’in, fait l’objet d’une attention particulière dans le document.

Tout en se déclarant conscients de l’importance économique de la Réserve, les deux dirigeants « ont convenu de travailler en partenariat à la sauvegarde des zones de mise bas de la harde de caribous de la Porcupine qui sont essentielles à la culture et représentent un moyen de subsistance de base des peuples gwich’in et inuvialuit », peut-on lire dans le document.

Au Yukon, cette annonce très attendue a fait la joie du chef de la Première Nation Vuntut Gwitchin, Dana Tizya-Tramm :
« J’étais avec un ainé qui a travaillé [à la protection des caribous] toute sa vie et nous avons tous les deux pleuré de joie. Notre peuple et notre culture ont été reconnus au niveau le plus élevé en Amérique. »

La ministre de l’Environnement du Yukon, Pauline Frost, a aussi exprimé sa satisfaction dans un communiqué de presse du 2 mars : « La reconnaissance de l’importance écologique de la Réserve faunique nationale de l’Arctique est peut-être l’élément le plus intéressant de cette annonce. L’engagement à collaborer afin d’aider à préserver les terrains de mise bas de la harde de caribous de la Porcupine, qui sont inestimables pour les Gwich’ins et les Inuvialuits, est encourageant. Dans le cadre de l’Entente sur la gestion de la harde de caribous de la Porcupine, nous avons travaillé d’arrachepied avec d’autres partenaires canadiens afin d’obtenir ce niveau de reconnaissance et d’engagement en faveur des droits des Autochtones et de la protection de l’environnement. Je suis ravie de constater que des progrès sont faits et je suis enthousiaste à l’idée de les voir se concrétiser. »

 

Vers une protection permanente ?

La feuille de route présentée par les deux gouvernements ne fait cependant pas mention d’une protection permanente. Chelsea Steacy, responsable des relations avec les médias à Environnement et changement climatique Canada, rappelle cependant, dans un courriel du 9 mars 2021, que le Canada a déjà mis en place des mesures de protection de la harde de caribous de la Porcupine en créant, dès 1984, le parc national Ivvavik au nord du Yukon qui est au cœur de leur route migratoire.

« Le Canada demande également une protection permanente des aires de mise bas aux États-Unis », indique-t-elle dans son message.

Selon Malkolm Boothroyd, coordonnateur de campagne au bureau de Whitehorse de la Société pour la Nature et les Parcs du Canada, la tâche est encore immense : « La protection permanente [de la Réserve arctique] a toujours été un rêve et la barre est très haute pour y arriver. »

Pour sa part, le chef Tizya-Tramm estime que les choses ne sont pas complètement acquises à ce jour et un vote décisif devrait avoir lieu au Sénat à l’automne prochain. « La pression est toujours là et ce n’est pas le moment de se reposer, dit-il. Aujourd’hui plus que jamais, nous devons retourner sur le terrain pour permettre l’adoption de ce projet de loi. »

Présentée au Congrès le 4 février 2021 par le sénateur du Massachusetts Ed Markey et 27 représentants, l’initiative demande expressément la protection de la plaine côtière où se trouve la zone de mise bas de la harde.

« La Réserve faunique nationale de l’Arctique mérite d’être protégée et revêt une grande valeur pour les communautés de l’Arctique et la nation dans son ensemble, indique le sénateur dans un communiqué de presse. Parallèlement aux efforts visant à protéger le refuge contre les dommages [de l’exploration pétrolière], nous encourageons une consultation significative avec les peuples autochtones concernant l’utilisation, la gestion et la conservation de la plaine côtière. »

 

Symbole

Pour le chef Tyzia-Tramm, alors qu’on observe depuis plusieurs années les conséquences du réchauffement climatique en Arctique, la Réserve arctique devient un véritable symbole des actions que le Canada et les États-Unis doivent entreprendre ensemble.

« Cette feuille de route, c’est notre étoile polaire, c’est le phare qui nous montre la voie politique à suivre et devrait nous guider dans la lutte contre le réchauffement climatique dans toute sa complexité », conclut-il.


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