Éjecté du conseil des ministres pour des propos offensants : Un député du Nunavut dénonce l’atteinte à sa liberté d’expression

Bien qu’il ait perdu ses responsabilités ministérielles, Patterk Nester continuera de représenter les électeurs du comté d’Aivilik à l’Assemblée législative du Nunavut. (Crédit photo : Wikimedia Commons)

Bien qu’il ait perdu ses responsabilités ministérielles, Patterk Nester continuera de représenter les électeurs du comté d’Aivilik à l’Assemblée législative du Nunavut. (Crédit photo : Wikimedia Commons)

Patterk Netser maintient que son commentaire sur les femmes noires véhiculait des valeurs inuites et que la motion ayant mené à son éjection du conseil des ministres est fondée sur de fausses accusations.


Environ deux semaines après avoir publié sur Facebook un commentaire condamné pour sa teneur raciste et misogyne, le député d’Aivilik, Patterk Netser, a officiellement été éjecté du conseil des ministres du Gouvernement du Nunavut, le 23 octobre. Une large majorité de membres — 14 contre 3, incluant M. Netser — a voté en faveur de la motion présentée par le premier ministre Joe Saviqaatak.


« Nous ne pouvons tolérer quelques actions ou propos irrespectueux ou blessants que ce soit, et devons respecter les principes et valeurs de notre gouvernement. Malheureusement, les commentaires du ministre Netser ont violé ces valeurs de base et contribué à générer douleur et divisions à travers notre territoire », a résumé le premier ministre dans une déclaration faite en chambre. Il a finalement invité les membres du gouvernement à « se mobiliser contre le racisme et la violence genrée », en votant en faveur de l’éjection du ministre Netser.


Le jour du vote, Patterk Netser a déposé deux documents à l’Assemblée législative, soit deux articles de journaux comportant, selon lui, des « accusations absolument fausses » de la part du premier ministre Joe Saviqatak. Ce dernier y est cité affirmant que les commentaires publiés par le député sont « fondés sur le racisme et la violence sexiste ».


Plus tôt en octobre, Patterk Netser, qui était alors ministre responsable du Collège de l’Arctique et de la Société d’habitation du Nunavut, a publié le message suivant sur Facebook : « Toutes les vies comptent. Je ne fais que penser tout haut. Le mouvement BLM. Je me demande combien de femmes noires ont eu recours à un avortement, et à quelle étape de leur grossesse. Est-ce que ce ne sont pas aussi des vies ? » La publication a immédiatement fait l’objet d’une vive condamnation.


Le premier ministre a révoqué les responsabilités ministérielles du député le jour suivant. Il faut toutefois l’adoption d’une motion par l’Assemblée pour éjecter un membre du conseil exécutif.

Représentant des « valeurs inuites »
Pour sa défense, M. Netser a avancé que ses propos sur l’avortement étaient fondés sur ses « valeurs inuites », citant par ailleurs, à plusieurs reprises, son droit à la liberté d’expression. « Je me suis prononcé au nom des bébés non nés à travers le Canada, qui ont été avortés, a-t-il notamment déclaré. […] En tant qu’Inuits, nous attachons une grande importance à la vie, et ce, pour ceux qui vivent encore dans l’utérus, jusqu’à leur naissance, et jusqu’à ce qu’ils deviennent des ainés. »


Ces propos ont été mis en perspective par la ministre responsable du tribunal des droits de la personne et responsable de la condition féminine, Jeannie Ehaloak. « La Charte des droits et libertés du Canada […] indique que “tous disposent de ces libertés fondamentales : la liberté de pensée, de croyance, d’opinion et d’expression, incluant la liberté de presse…” Ce droit ne peut être utilisé pour excuser des déclarations blessantes et discriminatoires contre un groupe racial, ethnique, de genre, de sexe, religieux, ou tout autre groupe distinct », a-t-elle souligné.


« Les Nunavois ont le droit de recevoir des services de leur gouvernement sans peur ou discrimination, a poursuivi Mme Ehaloak. Lorsqu’un ministre fait ce type de déclarations, ceci peut remettre en question l’impartialité du gouvernement quant à la prestation des services ».


Une seule voix, celle du député de Netsilik, Emiliano Qirngnuq, s’est portée à la défense de Patterk Netser. « Je ne suis pas à l’aise avec […] cette tentative d’éjection puisque, comme vous l’avez mentionné, nous disposons, au Canada, du droit à la liberté d’expression, a-t-il indiqué. En tant qu’Inuits, nous tentons de vivre librement. En tant que députés, nous représentons les Inuits et nos concitoyens, dans nos collectivités. »


« Nous devons nous fier à certaines bases, puisque ce sont nos ancêtres qui nous ont menés jusqu’ici, a-t-il ajouté. Nous devons nous rappeler que nous avons été guidés par leurs croyances profondes. Si nous avions suivi nos croyances profondes, nous n’en serions pas rendus là aujourd’hui. », de conclure M. Qirngnuq.

« Toutes les vies comptent »
Sur Facebook, le député s’est expliqué sur son recours à l’expression « All lives matter ». Traduit en français par « toutes les vies comptent », ce slogan est généralement utilisé pour discréditer le mouvement « Black lives matter », en minimisant l’ampleur des injustices vécues par les personnes noires.


« Après avoir parlé à des amis proches qui font partie de la communauté noire, j’ai pu comprendre que l’expression “Toutes les vies comptent” a été employée pour discréditer la cause portée par la communauté noire […], a expliqué M. Netser. Je n’ai certainement pas employé les termes “Toutes les vies comptent” dans ce contexte, et je n’aurais pas choisi ces mots si j’avais su qu’ils pouvaient être détournés dans une tentative de nier les luttes des mes frères et sœurs noirs. »

Démission de Malaiya Lucassie
La fille de Patterk Netser, Malaiya Lucassie, a pour sa part perdu sa place au conseil municipal d’Iqaluit pour avoir émis une réponse au commentaire de son père, sur Facebook. « Je pensais exactement la même chose ce matin. Pourquoi n’y a-t-il pas de mouvement pour les personnes autochtones ? », a-t-elle écrit, en évoquant la marche pour le mouvement Black Lives Matter qui s’est tenue à Iqaluit cet été.


Elle a ensuite fait référence aux évènements entourant la mort de Joyce Echaquan, une femme atikamekw décédée à l’hôpital de Joliette, au Québec, après avoir subi des insultes et des propos racistes de la part du personnel soignant. « Toutes les vies comptent, a-t-elle écrit pour conclure son commentaire. Pourquoi ne pas agir pour tous, plutôt que de s’en tenir au mouvement Black Lives Matter ? »


Malgré qu’elle ait présenté ses excuses sur les réseaux sociaux au lendemain de ces publications, le conseil municipal d’Iqaluit l’a contrainte à présenter sa démission. La motion qui a été adoptée à l’unanimité par les membres du conseil, y compris Mme Lucassie.


Ajouter un commentaire
Vous désirez laisser un commentaire en tant que : Anonyme
Mon compte

Politique des commentaires

L'Aquilon désire encourager des débats intelligents et respectueux entre les utilisateurs de son site Web. Nous voulons créer une plateforme où divers points de vue et opinions peuvent être exprimés sur une vaste variété de sujets.

Cependant, nous avons décidé d'établir un mécanisme de modération complète. Ainsi, tout commentaire est lu et évalué par un modérateur avant d'être mis en ligne sur le site. La modération est effectuée par les membres du personnel de L'Aquilon, selon un horaire variable. Un délai plus ou moins long peut survenir entre l'envoi d'un commentaire et son autorisation.

D'emblée, tous les articles produits par les membres du personnel et par nos pigistes permettront aux lecteurs d'émettre un ou des commentaires. Cependant, il est possible que l'option de commentaire soit désactivée en raison d'un manque de disponibilité pour effectuer la modération ou lorsqu'un article perd de son actualité.

Voici les paramètres qui guideront les modérateurs : - Éviter tout propos discriminatoire, en suivant les principes de la Charte canadienne des droits de la personne. - Éviter tout propos qui constituerait du libelle ou pourrait être perçu comme étant diffamatoire.

- Éviter le langage abusif, les injures ou les insultes

En acceptant les termes de cette politique des commentaires, vous reconnaissez que le journal ne peut être tenu responsable pour la publication de vos commentaires.

Seuls les usagers inscrits et acceptant la politique des commentaires peuvent émettre un commentaire.