Un château de neige pour emporter

Brill Braden et Ryan McCord sont les artisans derrière le livre Snowcastle. (Crédit photo : Marie-Soleil Desautels)

Brill Braden et Ryan McCord sont les artisans derrière le livre Snowcastle. (Crédit photo : Marie-Soleil Desautels)

Parce qu’un mois, c’est pas assez, le livre Snowcastle, qui retrace l’histoire du château de neige, icône de Yellowknife, offre aux inconditionnels de la joyeuse monarchie de l’apprécier à longueur d’année.

Aujourd’hui, les Ténois ne se passeraient pas du château de neige et des évènements qui s’y déroulent lors du festival Snowking. Mais combien connaissent son histoire et les secrets de sa construction ? Le livre Snowcastle, paru en mars, fait le tour de la question.

Le tout premier château de neige a été érigé en 1993 par Anthony Foliot, dit « Snowking », et Scott Mitchell, dit « Sir Shiverin’ Sam », dans le secteur Woodyard du vieux Yellowknife, peut-on lire dans l’ouvrage. Des enfants du quartier construisaient un fort et, tannés, les adultes — au cœur d’enfant — ont pris le relai. Dès 1996, le château a été construit sur la glace du Grand lac des Esclaves. La tradition s’est enracinée, son financement a débuté en 2001 et les techniques pour le construire se sont grandement améliorées.

« À part le Snowking lui-même, je suis l’une des personnes qui ont le plus d’expérience sur le château de neige. J’y travaille depuis 2003, dit “Joe Snow”, ou plutôt Ryan McCord, auteur du livre et ouvrier dévoué à cette monarchie. Je me souviens des débuts, des changements et de l’évolution des techniques. » L’Aquilon l’a rencontré en face du château, avec le photographe Bill Braden, « Freeze Frame », qui a illustré le livre.

Au fil de l’ouvrage, Ryan McCord se penche sur l’histoire de cet emblème et sur son évolution, avec son regard d’ouvrier. On y apprend que le château était à l’origine bâti à partir de blocs de neige. « Au début, ils étaient petits », écrit-il. Un tracteur-déneigeur formait alors des tas de neige dans lesquels ils étaient découpés. Vers le Snowking X (2005), l’équipe a commencé à expérimenter et à souffler la neige entre des structures de bois démontables, comme si on y coulait du béton. « En soufflant la neige, on peut bâtir en un après-midi ce qu’on faisait en une semaine avec des blocs », note-t-il, tandis que des photos montrent ce procédé.

L’auteur détaille l’utilisation de formes de bois, qu’ils appellent « coccinelles », pour créer des arches en compactant la neige sur celles-ci. Ou comment l’équipe découpe les blocs de glace dans le Grand lac des Esclaves dès novembre, afin de créer des fenêtres ou des glissades. Ces dernières, prisées par les enfants, sont d’ailleurs entièrement en glace depuis le Snowking XVII (2012), « plus durables que lorsqu’en neige et couvertes d’une couche de glace », décrit-il dans le livre de 88 pages.

D’ailleurs, se retrouver à l’intérieur d’une structure de bois où la neige y est soufflée pour former un mur, par exemple, est un « rite de passage pour tous les ouvriers et les bénévoles », écrit-il. On y apprend que Marty One-Boot a hérité de son surnom après y avoir perdu une botte — retrouvée après une course contre le froid — et que Captain Morgan a été partiellement ensevelie sous la neige alors qu’elle tentait de dévier le puissant jet de la souffleuse avec une planche.

Le livre est ponctué d’anecdotes et de quelques détails personnels. Et il est rempli de photos.

« Le Snowking est un évènement phare et unique à Yellowknife, dit le photographe Bill Braden, ex-député territorial, qui immortalise le château depuis 20 ans pour le plaisir. Des personnes passionnées, et peut-être même un peu folles, passent deux mois dehors en plein hiver pour bâtir quelque chose d’éphémère. C’est magique ! »

Ryan McCord sourit en l’écoutant. Il dit ne pas se considérer « fou » pour autant et qu’il adore travailler sur le château. « Il y a beaucoup de bénévoles et on est un petit groupe assez chanceux à être rémunéré pour jouer dans la neige ! », souligne-t-il. Originaire de l’Ontario, il est arrivé à Yellowknife la première fois en 2003 et s’y est installé pour de bon en 2007. L’auteur est aussi musicien et lave des vitres lorsque les saisons s’y prêtent.

La chose la plus importante que Ryan McCord a apprise depuis qu’il travaille sur le château, dit-il, est « tout ce qu’on peut faire avec la neige ». « On ne savait pas qu’on pouvait construire des murs aussi hauts, qu’on pouvait faire des pièces avec des toits en neige, des arches aussi solides ou des ponts sur lesquels les gens peuvent marcher », raconte-t-il.

Si le livre dévoile ces secrets de la construction, le travail des bénévoles et de ses artisans derrière la scène tombe plutôt dans un angle mort. « Plein de gens travaillent très fort pour le festival Snowking, dont des bénévoles, et le livre n’aborde pas beaucoup cet aspect », dit l’auteur.

Mais il mentionne son importance pour la communauté, avec maintes photos pour le souligner. De la cérémonie d’ouverture où la neige recouvrant la porte d’entrée est sciée devant des centaines de spectateurs, des spectacles de musique ou de danse qui attirent les foules — sauf en cette année de pandémie —, des mariages qui s’y tiennent, des parties de hockey ou du concours international de sculptures de neige qui y a lieu.

C’est la Société culturelle TNO qui a publié le livre. « L’idée vient du conseil d’administration du snowcastle, principalement de Mike Mitchell », dit Sara Minogue, bénévole à la Société. « C’était le 25e anniversaire l’an dernier et ils voulaient consigner l’histoire du château de neige dans un livre, poursuit-elle. Ils m’ont approchée pour rédiger et j’ai plutôt suggéré de le publier via la société dans laquelle je m’implique. » La Société culturelle TNO, organisme sans but lucratif fondé en 2020, s’est donné pour mission de promouvoir la culture aux TNO. Ce projet tombait à point. La Société a recueilli les fonds nécessaires et a imprimé 1000 copies pour l’instant. Le livre est aussi illustré par les photographes locaux Pat Kane, Fran Hurcomb et Stephan Folkers.

« Sans le travail de ces artisans, la neige ne serait que de la neige. C’est l’une des grandes beautés de ce projet, dit Bill Braden. Ils la métamorphosent et créent un endroit fantastique, à partir d’une ébauche, sans architecte, grâce à un plan qui évolue sans cesse. C’est très organique. Et le tout retourne au lac, année après année, sans regret. Et ils recommencent. Il y a quelque chose de très spirituel dans leur travail ».

Le livre Snowcastle, lui, résistera aux saisons chaudes. Il est en vente au festival Snowking et à la librairie Book Cellar, où il peut aussi être acheté en ligne.


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