Gouvernance : Tactiques pour l’égalité

24 janvier 2019
Katrina Nokleby témoigne de ses inquiétudes sur l’implication dans la vie politique. (Crédit photo : Denis Lord)

Katrina Nokleby témoigne de ses inquiétudes sur l’implication dans la vie politique. (Crédit photo : Denis Lord)

La solution : des sièges garantis à l’Assemblée législative ?

Sièges garantis, formations, seuil abaissé de dépenses électorales, les opinions ont fusé le 17 janvier dernier alors que tenait audience le Comité spécial pour augmenter la représentation des femmes à l’Assemblée législative des TNO.
Avec seulement deux des 19 sièges, soit 10 %, occupés par des femmes, les Territoires du Nord-Ouest font très modeste figure à ce chapitre. Ce serait la plus faible représentation au pays.


L’Organisation des Nations Unies considère que 30 % est le seuil à partir duquel on peut dire que les femmes comptent, a rappelé la députée de Yellowknife Centre, Julie Green, qui préside le Comité.


Une dizaine de femmes et deux hommes se sont succédé au micro, ce 17 janvier, pour identifier des barrières et des solutions à la parité, en se basant sur un document de discussion déposé par le président de l’Assemblée législative, Jackson Lafferty, en mai 2018.


Parmi les solutions proposées, le document suggère d’accorder d’office, pendant un terme limité, un certain nombre de sièges aux femmes ayant obtenu le plus grand nombre de votes. L’objectif est d’avoir une députation à 20 % féminine en 2023 et à 30 % (six sièges) en 2027.

Sièges garantis
Le concept de sièges garantis a suscité peu d’enthousiasme chez les intervenantes. « Je trouve que le plan de sièges garantis est paternaliste et susciterait des commentaires, a clamé Kate Reid, qui songe à faire un jour de la politique. Les femmes seraient mal considérées. Je n’accepterais pas un tel type de siège. »


« Tu aurais le travail parce que tu es une femme et ça me tracasse, a critiqué une ingénieure mécanique prénommée Alexandra. Tu deviendrais un faire-valoir. » Elle désire voir davantage de femmes dans les postes de première ministre, de députée, de directrice de politique.


David Wasylciw est un ancien candidat à la législature ténoise et le créateur du site Internet Open NWT. Il craint qu’une représentation garantie ouvre la porte à des calculs de représentation similaire pour les immigrants, les groupes linguistiques, etc.

Un homme, une femme
Jolene Saturnino, une Autochtone, anticipe elle aussi se présenter en politique. « Le quota, déplore-t-elle, c’est comme si les femmes n’avaient pas gagné leur siège. »


Mme Saturnino dit avoir fait beaucoup de recherches sur la représentation des femmes en politique ; selon ses recherches, les quotas n’apportent pas d’améliorations réelles. « Il faut une représentation égale garantie. Ça existe dans beaucoup de pays. [...] Ça n’a pas marché au Nunavut ; c’est l’occasion d’être un modèle au Canada. »


À l’aube de la création du Nunavut, en 1997, la population avait rejeté par voie de référendum la proposition qu’il y ait un député de chaque sexe dans toutes les circonscriptions.


Selon certaines études, ajoute Mme Saturnino, les femmes sont souvent plus instruites et compétentes que les hommes dans les pays ayant adopté un tel modèle.


L’ancien député Dave Nickerson a abondé dans ce sens, considérant que l’objectif de 20 % de femmes pour 2023 manquait d’ambition. Il suggère qu’on diminue le nombre de circonscriptions électorales aux TNO et que dans chacune d’elles, on ait le droit de voter pour un homme et une femme.

École de campagne
Alors que Jolene Saturnino considère que les écoles de campagne pour femmes constituent une « voie lente » et ne produisent pas les résultats escomptés, d’autres femmes ont salué l’initiative et exprimé le souhait que ces écoles aient lieu plus souvent.


Une telle école peut enseigner à faire des collectes de fonds, comment solliciter les gens, quels types de gens et pour quels montants, a observé Katrina Nokleby, une consultante en ingénierie. La formation, ajoute-t-elle, devrait aussi aider les femmes qui n’ont pas le tempérament voulu pour s’exprimer en public.


Les difficultés de la vie publique ont alors été évoquées. « Lorsque tu es une figure publique, les gens sentent qu’ils ont le droit de dire n’importe quoi », a partagé Julie Green.


« C’est vrai qu’il faut avoir la peau épaisse », a constaté la ministre de l’Éducation, de la Culture et de la Formation Caroline Cochrane, qui siégeait au Comité. « [...] Il y a tout le temps au moins la moitié des gens qui pensent que tu as tort et ce sont eux qui sont les plus bruyants. »


La ministre a dit s’être endurcie avec le temps et prendre aujourd’hui les critiques moins à cœur. De surcroit, le gouvernement de consensus est moins agressif que ce qu’elle a perçu de la politique fédérale.

Le nerf de la guerre
Puisqu’il était question des barrières empêchant les femmes de se présenter, Mme Nokleby a expliqué que le temps des élections est un moment très occupé dans son emploi. Elle a aussi, comme d’autres, évoqué les barrières financières.

Plusieurs ignoraient que la garde d’enfant est considérée comme une dépense électorale. « Ce n’est pas explicite dans la loi », a observé Kate Reid.


« La loi n’est pas écrite de manière accessible », a corroboré David Wasylciw, qui s’est par ailleurs prononcé favorablement à la baisse du maximum admissible des dépenses électorales, afin de rendre la politique plus accessible. M. Wasylciw considère aussi que la Loi sur les élections et les référendums devrait être ajustée pour tenir compte des frais de transport dans les collectivités.


La mairesse de Yellowknife, Rebecca Alty, a témoigné de son propre parcours. Elle a abandonné la sécurité de son travail pour un domaine plus précaire et incertain. « Mais c’est dans ma personnalité et je n’ai pas de famille », a-t-elle concédé.
Le Comité spécial pour accroitre la représentation des femmes à l’Assemblée législative a tenu des assemblées dans plusieurs municipalités des TNO. Il proposera des solutions aux 20e et 21e assemblées.


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