Articles de l'Arctique, 19 février 2021 : Prolongation des audiences sur l’expansion de Mary River après le blocus de la mine

18 février 2021
Les communautés inuites concernées ont exprimé des inquiétudes quant aux effets néfastes des activités de la mine sur les mammifères marins de la zone. 
(Crédit photo: Hark Nijjar /Hark Nijjar Photography)

Les communautés inuites concernées ont exprimé des inquiétudes quant aux effets néfastes des activités de la mine sur les mammifères marins de la zone. (Crédit photo: Hark Nijjar /Hark Nijjar Photography)

Des chasseurs inuits protestent contre l’agrandissement potentiel d’une mine de fer.

Le 11 février 2021, Susan Cooper, juge à la cour de justice d’Iqaluit, a ordonné l’évacuation de la piste d’atterrissage de l’entreprise Baffinland qui opère la mine de fer Mary River au Nunavut, bloquée depuis le 4 février par un groupe de chasseurs originaires des villages de Arctic Bay et Pond Inlet. Ils s’estiment peu écoutés alors que des sessions d’audiences publiques dans le cadre de la possible seconde phase d’agrandissement de la mine. Ce groupe, aussi appelé les gardiens du territoire Nuluujaat, a décidé de protester en bloquant le décollage ou l’atterrissage des avions qui permettent les rotations d’employés de la mine qui n’habitent pas dans la communauté voisine de Pond Inlet.

Suite au recours de la compagnie minière et de la décision de justice rendue, les manifestants ont libéré la piste d’atterrissage et sont retournés dans leurs communautés, le 12 février.

 

Recours en justice

Dans un communiqué de presse du 11 février 2021, Brian Penney, président-directeur général de Baffinland, accueille le retour des discussions : « Nous saluons le passage à un dialogue constructif et espérons travailler en collaboration avec nos partenaires communautaires pour trouver des solutions mutuellement acceptables aux problèmes qui ont été soulevés. »

Cependant, le dossier est toujours sur le bureau de la juge Cooper. En ayant recours à la justice, l’entreprise Baffinland souhaite une issue durable. Dans la déclaration du même jour présentée par l’avocate du groupe de chasseurs, Me Lori Idlout, il est fait mention de quatre échanges téléphoniques du 5 au 9 février 2021 entre l’un des membres du groupe et M. Penney. Le document fait mention que les chasseurs étaient prêts à laisser les employés de la mine quitter le site s’ils le souhaitaient. Cependant, M. Penney aurait refusé cette proposition cherchant « une solution pleine et finale » par la voie judiciaire.

Le groupe de chasseurs a exprimé leur position plus tard en soirée dans un communiqué. Ils mentionnent notamment qu’ils ne soutiennent ni ne s’opposent à aucune organisation politique et ne sont pas financés pour leurs activités. Ils affirment aussi leur engagement en faveur d’une utilisation responsable des terres et des droits des Inuits.

À ce jour, les gardiens du territoire ne sont pas autorisés à se rendre sur le site de la mine Mary River.

 

Plus de temps pour s’exprimer

L’Association inuite Qikiqtani, l’un des groupes représentant les intérêts des populations inuites lors des audiences publiques, estime que ce processus nécessite du temps.

« J’ai entendu des ainés dire que nous devrions parler de ce que nous voyons et vivons, indique le président de l’association, PJ Akeeagok, dans un communiqué de presse. J’ai entendu des chasseurs dire que le projet devait ralentir. J’ai entendu les communautés touchées parler avec force de leurs préoccupations concernant [l’agrandissement de la mine]. »

Dénonçant un processus injuste, Sheena Akoomalik, résidente de Pond Inlet, estime que les audiences publiques doivent laisser le temps nécessaire aux personnes qui souhaitent s’exprimer de préparer leur déclaration.

« Durant les audiences à Pond Inlet nous n’avions pas assez de temps, nous étions limités en question, raconte-t-elle lors d’un entretien téléphonique. La réunion était terminée avant que tout le monde n’ait eu la chance de s’exprimer. Nous avons besoin de plus de temps, nous demandons à Baffinland de ralentir [le processus]. »

De son côté, l’entreprise Baffinland estime que les communautés inuites concernées ont eu l’occasion de s’exprimer dans le passé.

« Baffinland a eu de nombreuses réunions avec des chasseurs et d’autres groupes dans toutes les communautés affectées pour discuter de tout aspect du projet actuel et proposé, déclare Heather Smiles, gestionnaire des relations dans un courriel du 16 février 2021. Nous apprécions et entendons toutes les contributions, questions et préoccupations et nous avons travaillé et continuerons de travailler avec les membres de la communauté, les chasseurs, les associations inuites, les organismes de règlementation et les gouvernements pour nous assurer que le projet Mary River est exploité de manière à limiter les impacts sur l’environnement tout en créant des débouchés pour les Inuits dans toute la région du nord de Baffin. »

Le comité chargé d’organiser le calendrier des audiences, mais aussi de recueillir les déclarations est le Nunavut Impact Review Board. Suite à la demande des communautés et des associations de trappeurs et chasseurs, un prolongement des périodes d’audiences publiques a été confirmé le 12 février. Reconnaissant l’insuffisance de temps alloué lors des précédentes sessions, le comité a mis en place une session supplémentaire du 12 au 21 avril à Iqaluit, où les personnes souhaitant s’exprimer pourront le faire en personne ou en format virtuel.

Dans une déclaration sur Twitter le 8 février 2021, la députée du Nunavut à la Chambre des communes, la néodémocrate Mumilaaq Qaqqaq, dénonce le manque de soutien du gouvernement fédéral : « Nous continuons de constater un manque d’efforts de la part du gouvernement fédéral pour soutenir les droits des Inuits. Ils ne donnent pas aux Inuits la possibilité de communiquer oralement comme c’est le cas dans l’accord du Nunavut. Nos processus sont rompus ici. Et le gouvernement fédéral peut régler ces problèmes et influencer ces décisions. »

 

Inquiétudes environnementales

Depuis 2015, les activités de la mine ont déjà des répercussions sur la faune et la flore, selon Mme Akoomalik, qui soulèvent des inquiétudes quant à la contamination potentielle des mammifères et de la chaine alimentaire traditionnelle. De la poussière rouge issue de l’extraction du minerai de fer recouvre le sol et crée des questionnements et interrogations : « La neige est couverte de poussière, signale-t-elle, même si Baffinland nous a aidés en acheminant de la nourriture et de l’essence, ça ne remplacera jamais les phoques, les narvals, les caribous et notre santé. »


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