Articles de l'Arctique : On abat bien les loups du Slave Nord

Le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest a procédé à l'abattage aérien de 41 loups entre avril et mai 2020. (Courtoisie Gouvernement du Yukon)

Le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest a procédé à l'abattage aérien de 41 loups entre avril et mai 2020. (Courtoisie Gouvernement du Yukon)

Le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest a procédé à l’abattage aérien de loups dans le cadre de son programme de conservation de la population de caribous des hardes Bathurst et Bluenose-Est. Cette approche ne fait pourtant pas l’unanimité.

Lancé en janvier, le plan de protection des caribous de la région Slave Nord doit permettre de maintenir la population de caribous en autorisant la chasse aux loups. Selon le document, la prédation contribue de manière significative à la protection des caribous. Ces mesures de réduction de la population de loups font partie d’une approche de cogestion plus vaste avec l’Office des ressources renouvelables du Wek’èezhìi.
À ce jour, le ministère de l’Environnement du gouvernement des TNO confirme que 39 loups ont été chassés entre les mois de janvier et mai 2020. De plus, une opération d’abattage aérien s’est soldée par l’élimination de 41 loups supplémentaires en huit semaines entre avril et mai 2020.
« L’abattage des loups par hélicoptères n’est pas autorisé aux TNO. Cependant, l’abattage par voie aérienne a été effectué à des fins de gestion des ressources fauniques dans les circonstances de déclin dramatique du nombre de caribous de la harde de Bathurst et Bluenose-Est », indique Joslyn Oosenbrug, gestionnaire des relations publiques et des communications au ministère de l’Environnement et des Ressources naturelles. Pour procéder à cette opération, le gouvernement a embauché un « pilote et un tireur, chacun qualifié et expérimenté, afin que l’abattage se fasse de la façon la plus humaine et efficace possible. »
Le gouvernement estime qu’une pression constante sur les populations de loups peut contribuer à hausser le taux de survie du caribou, il admet cependant qu’il faudra du temps pour observer les effets de telles pratiques. En se basant sur des données scientifiques récentes combinées aux connaissances traditionnelles et locales, le gouvernement territorial a déterminé que l’élimination de 27 à 37 loups de l’aire de répartition hivernale du caribou de Bathurst et de 66 à 90 loups de l’aire de répartition hivernale du caribou de Bluenose-Est donnerait les meilleures chances aux hardes de se rétablir.
Avec 80 loups abattus au total, le compte n’est pas atteint.

Opposition à Lutselk'e
Lors de la phase d’étude du projet, la Première Nation des Dénés de Lutselk'e avait intégré le groupe d’étude aux côtés d’autres partenaires comme l’Alliance métisse du Slave Nord ou la Première Nation des Dénés Yellowknives. Aujourd’hui, l’abattage des loups par voie aérienne soulève des inquiétudes.
Glen Guthrie, directeur du département de la faune et de l’environnement au sein de la Première Nation exprime son refus catégorique d’une telle pratique : « Nous y sommes opposés et nous ne soutenons pas cette pratique. » Même si M. Guthrie reconnait l’impact négatif des loups sur la population des caribous, il estime que la priorité doit être donnée à la chasse traditionnelle.
« Nous sommes en faveur de la création d’une zone d’abattage de loups au sol. Nos chasseurs devraient recevoir plusieurs gallons d’essence pour leur permettre d’atteindre cette zone et ils devraient recevoir plus d’argent pour les peaux », argumente-t-il.
Au 31 mai 2020, les chasseurs des TNO avaient reçu 14 100 $ de la part du gouvernement dans le cadre du programme d’abattage qui prévoit des primes aux chasseurs qui peuvent également faire le commerce des peaux.
De plus, M. Guthrie estime que d’autres facteurs sont à considérer comme l’industrie minière et le grizzli. L’ours est un prédateur à considérer dans la protection des caribous, mais M. Guthrie s’étonne qu’il ne soit jamais évoqué dans les discussions sur la protection des caribous.
« L’industrie minière, les constructions de route et le bruit que ça engendre ont un impact sur les caribous qu’il faut considérer au même titre que les effets du changement climatique. Pour nous, ça ne fait aucun sens de se concentrer sur les loups », s’indigne-t-il.

Pratique abandonnée au Yukon
La harde de caribous de la Porcupine constitue l’une des neuf hardes de caribous de la toundra qui vivent en permanence ou la majeure partie de l’année aux TNO. Son aire de distribution chevauche également le territoire du Yukon et de l’Alaska. La harde Porcupine n’est pas assujettie à des restrictions limitant la chasse autochtone.
C’est également une rare harde dont la population est en croissance. En 2017, elle a atteint un niveau record de 218 000 têtes, alors qu’elle en comptait 197 000 en 2013.
Si elle semble moins vulnérable que les hardes de Bathurst et Bluenose-Est, elle n’en demeure pas moins une proie pour les loups. Cependant, les loups ne prélèvent que 3 % à 5 % de la population totale et ne sont donc pas considérés comme une menace à proprement parler. L’aigle royal est en revanche le principal prédateur des faons. Présent sur la côte où les femelles mettent bas, les aigles royaux sont des prédateurs aériens redoutables.
Au Yukon, un abattage aérien de loups a été effectué en 1992. Mais suite à la controverse suscitée parmi la population du territoire, cette pratique n’a pas été reconduite. Le plan de conservation et de gestion du loup mis en place en 2012 par le gouvernement du Yukon ne fait aucun doute sur la question. On peut y lire : « Le contrôle aérien n’est plus un outil de gestion recommandé. Une forte opposition du public, des couts financiers élevés et le manque de participation communautaire pèsent sur cette approche. »


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