Mine Ekati : les TNO impuissants

La mine Ekati dans la région du lac de Gras.
(Crédit photo : Jason Pineau, Wikimedia Commons)

La mine Ekati dans la région du lac de Gras. (Crédit photo : Jason Pineau, Wikimedia Commons)

Rouvrira, rouvrira pas ? Le sort de la toute première mine de diamants au Canada dépend de décisions prises à l’extérieur du territoire.

L’espoir de voir la mine Ekati reprendre ses activités à l’hiver 2021 s’est soudainement envolé à l’annonce de l’échec d’une transaction qui aurait permis la réouverture prochaine des installations. Questionnée sur le rôle du GTNO quant à l’avenir de la mine, de ses 700 employés et des nombreux actionnaires ténois, la ministre de l’Industrie, du Tourisme et de l’investissement, Caroline Wawzonek, s’admet en partie impuissante face à la déroute de ce fleuron de l’économie ténoise, le champ d’action de l’État se limitant à un pouvoir d’influence.


S’étant placée sous la protection de ses créanciers au printemps 2020, la minière Dominion Diamond, propriétaire de la mine Ekati, annonçait le 16 septembre que la société Washignton Group s’engageait dans un processus d’achat pour acquérir la mine. Puis, le 9 octobre, la compagnie annonçait, par communiqué de presse, l’échec des négociations entre l’acquéreur et les trois compagnies d’assurance qui fournissent le montant de cautionnement déposé auprès du GTNO, ce qui a mis un terme à la transaction.

Champ d’action limité
Quels gestes le gouvernement territorial peut-il pour sauver la mise ? En entrevue avec Radio Taiga, la ministre Caroline Wawzonek a indiqué d’emblée ne pas pouvoir s’immiscer dans les discussions entre les entreprises privées engagées dans ce type de processus d’achat. Le pouvoir du GTNO se limiterait, selon ses explications, à s’assurer que les conditions sont en place au territoire pour attirer les acheteurs potentiels, et à ce que les règles environnementales en vigueur seront respectées par l’éventuel acheteur.


Le GTNO est également responsable de voir à ce que le cautionnement soit assuré pour garantir que la mine puisse être fermée et que le site puisse être réhabilité en toute sécurité une fois que l’exploitation cessera définitivement.


Dans le cas présent, cette garantie est prise en charge par les assureurs Aviva, Argonaut et Zurich, qui ont collectivement émis environ 280 millions de dollars en cautionnement, déposé auprès du gouvernement des TNO.


Toute l’information dont disposerait le GTNO pour expliquer l’échec des négociations entre les compagnies d’assurance et l’acheteur se trouverait dans le communiqué de presse émis par Dominion Diamond. « J’aimerais pouvoir offrir une explication détaillée [sur l’échec des négociations entre les deux parties], mais une grande partie de ces négociations se font entre des entreprises privées, a affirmé la ministre de l’Industrie lors de la période de questions, à l’Assemblée législative, le 15 octobre. Nous avons le point de vue d’une des parties. Nous devons faire attention avant de nous avancer. Les parties nous informent en fonction de leurs propres perspectives. »

Un pouvoir de représentation
« Ce que nous pouvons faire, c’est de nous assurer de mettre en place des conditions au sein desquelles une entreprise comme Ekati pourra reprendre ses activités, a indiqué la ministre à Radio Taïga. Il importe que les acheteurs potentiels sachent que les conditions d’ici appuient leurs opérations et que leur projet pourra être profitable. »


Comment s’assurer que ces conditions favorables sont en place ? Mme Wawzonek évoque essentiellement le pouvoir de représentation du GTNO auprès du gouvernement fédéral. « Dans le contexte de la COVID-19, on peut agir pour s’assurer que les grandes sociétés ont un soutien financier de la part d’Ottawa, précise-t-elle. Nous avons ainsi un rôle de représentation auprès du gouvernement fédéral, pour nous assurer que tous toute l’aide financière nécessaire sera déployée. »


Pour ce qui est des nombreuses entreprises créancières d’Ekati à travers le territoire, la ministre évoque un pouvoir de représentation au tribunal. « Nous avons un rôle à jouer pour nous assurer que le juge connait l’impact que cette société peut avoir sur les personnes et les industries d’ici, indique-t-elle. Notre avocat souligne toujours l’importance de l’industrie du diamant pour nos entreprises. Il y a beaucoup d’actionnaires ici, qui n’ont pas nécessairement l’occasion de se prononcer en cours. Nous avons la responsabilité de parler en leur nom. »

Inquiétude à la chambre des mines
Le directeur de la Chambre des mines du Nunavut et des TNO, Tom Hofer, indique n’avoir lui aussi que très peu d’explication à offrir quant aux raisons entourant l’échec des négociations entre les compagnies d’assurance et l’acheteur. « Je ne suis pas expert dans type de transactions, indique-t-il. J’en sais autant que vous, selon ce que j’ai lu dans les médias. »


Il demeure qu’à ses yeux, le résultat est inquiétant. « Jusqu’à tout récemment, il semblait y avoir un certain optimisme du côté de Dominion Diamond, qui affirmait souhaiter rouvrir la mine à l’hiver 2021. Avec ce qu’on nous a annoncé la semaine dernière, il semble que ce ne sera pas le cas. Je pense que cette situation est inquiétante. Il y a plusieurs emplois en jeu et plusieurs entreprises des TNO pourraient également subir les impacts d’une fermeture. »


Comme l’explique M. Hoefer, il n’est pas rare de voir des mines fermer puis rouvrir dans le Nord canadien. Or, la situation de la mine Ekati est particulière : aux contraintes imposées par COVID-19 — qui a fait chuter le prix du diamant au printemps dernier — s’ajoute le déclin annoncé de l’industrie du diamant aux TNO. Les experts prévoient d’ailleurs la fermeture des mines Ekati et Diavik dans un avenir rapproché. « Ce sont de vieilles nouvelles, souligne M. Hoefer. Nous observons la maturation de l’industrie du diamant avec beaucoup de préoccupation, depuis, au moins, les trois dernières années, en regard des analyses économiques », explique-t-il.


« Une devise dans l’industrie minière veut que nous soyons toujours optimistes, ajoute le directeur général. Je présume et j’espère que quelque chose va se produire. Il y a encore des diamants sur le site qui peuvent être extraits. La question, c’est qui va le faire ? Et quand peut-il recommencer ? »

Travailleurs : l’incertitude à son comble
Comme l’a souligné le Syndicat des travailleurs et des travailleuses du Nord dans un communiqué émis le 13 octobre, les employés de la mine, dont environ 350 sont présentement mis à pied, n’ont obtenu aucune autre information que celle transmise par les médias quant à l’échec de la transaction sur laquelle ils comptaient pour sauver leurs emplois.


« Ils auraient pu avertir les employés d’abord, affirme le vice-président régional du syndicat et employé de la mine Ekati, Kurt Bergstrom. C’est perçu comme un recul pour tous les employés qui ont été mis à pied, mais également pour les employés sur place qui sont dans le processus d’entretien et qui travaillent maintenant dans l’incertitude. »


Le président du syndicat, Todd Parsons, s’est indigné de l’attitude de la société face au sort des travailleurs. « Ces sociétés ne semblent pas avoir la responsabilité d’agir dans l’intérêt des travailleurs du Nord, déclare-t-il. Que mettent en place nos dirigeants pour protéger nos travailleurs et notre économie des entreprises qui n’ont aucun intérêt pour notre avenir et qui ne se rapportent à personne d’autre qu’à leurs actionnaires ? »


Le Syndicat des travailleurs et des travailleuses du Nord indique espérer obtenir davantage d’information de la part de l’employeur sur la façon dont cette interruption de la transaction se répercutera sur la réouverture de la mine, et les emplois des travailleurs syndiqués.


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