Éditorial : La ritournelle

Tous les cinq ans, l’Assemblée législative procède à l’examen de la Loi sur les langues officielles des Territoires du Nord-Ouest. Alors que les trois administrations qui se sont livrées à l’exercice avant eux n’ont pas livré la marchandise, le groupe actuel semble prêt à suggérer des changements à la législation.


Avec l’examen de la Loi, revient l’inévitable indignation des groupes autochtones face au traitement inéquitable de leurs langues. L’air est connu, le français serait le chouchou du gouvernement des Territoires du Nord-Ouest, alors que les langues autochtones, parfois au bord de l’extinction, n’ont pas droit aux mêmes services.


Cette frustration légitime a été évoquée cette semaine par la députée d’Inuvik Twin Lakes, Lesa Semmler, lors de la période de questions orales. La députée d’origine inuvialuite a déploré qu’en application des normes et pratiques de communication du gouvernement territorial, on exige des employés autochtones qu’ils répondent au téléphone par la formule « Hello, Bonjour ! », une demande humiliante, selon elle.


Il était rafraichissant d’entendre le ministre Simpson répondre que l’adoption de normes en matière d’offre active de services en français ne retire pas de droit aux locuteurs des autres langues minoritaires du territoire et que les employés de la fonction publique qui le souhaitent sont encouragés à ajouter la salutation de leur langue à la formule. L’époque où le gouvernement des TNO préférait antagoniser les groupes linguistiques pour s’éviter de mettre en œuvre la Loi semble enfin s’étioler.


Les préjugés, cependant, sont tenaces et il ne faut pas se surprendre si l’on continue de présenter les services en français comme des affronts aux langues autochtones. Leurs observations se trompent peut-être de cible, mais les Autochtones ont parfaitement raison de dénoncer les écarts. C’est en invoquant cette différence de ressources que la plupart des gains récents — et cruciaux ! — des groupes linguistiques autochtones ont été obtenus. Depuis 2017, le budget du gouvernement des TNO pour les langues autochtones est supérieur à celui consacré au français.


Or, en ces temps de changements de paradigme, il pourrait être opportun pour les communautés linguistiques autochtones d’oser regarder l’éléphant dans la pièce et de mettre à jour le vieil argument. En ce moment, quand le gouvernement des TNO dépense un dollar, un sou de ce dollar est consacré à la prestation de services dans les dix langues minoritaires officielles. Les 99 cents qui restent sont dépensés en anglais. Il y a bien une de nos onze langues qui semble plus officielle que les autres, mais il ne s’agit pas du français.


C’est le temps de changer la ritournelle. Plutôt que de regarder avec envie les gains misérables arrachés par les francophones en pestant « Ils ont les plus grosses miettes ! », il serait plus juste que les Autochtones réclament qu’on leur serve l’assiette.


Une version remaniée de la Loi sur les langues officielles devrait placer toutes nos langues sur le même pied d’égalité. Nous avons hâte au jour où il sera normal qu’on nous accueille avec un « Dàts'eh?i?, Bonjour ! ».


Ajouter un commentaire
Vous désirez laisser un commentaire en tant que : Anonyme
Mon compte

Politique des commentaires

L'Aquilon désire encourager des débats intelligents et respectueux entre les utilisateurs de son site Web. Nous voulons créer une plateforme où divers points de vue et opinions peuvent être exprimés sur une vaste variété de sujets.

Cependant, nous avons décidé d'établir un mécanisme de modération complète. Ainsi, tout commentaire est lu et évalué par un modérateur avant d'être mis en ligne sur le site. La modération est effectuée par les membres du personnel de L'Aquilon, selon un horaire variable. Un délai plus ou moins long peut survenir entre l'envoi d'un commentaire et son autorisation.

D'emblée, tous les articles produits par les membres du personnel et par nos pigistes permettront aux lecteurs d'émettre un ou des commentaires. Cependant, il est possible que l'option de commentaire soit désactivée en raison d'un manque de disponibilité pour effectuer la modération ou lorsqu'un article perd de son actualité.

Voici les paramètres qui guideront les modérateurs : - Éviter tout propos discriminatoire, en suivant les principes de la Charte canadienne des droits de la personne. - Éviter tout propos qui constituerait du libelle ou pourrait être perçu comme étant diffamatoire.

- Éviter le langage abusif, les injures ou les insultes

En acceptant les termes de cette politique des commentaires, vous reconnaissez que le journal ne peut être tenu responsable pour la publication de vos commentaires.

Seuls les usagers inscrits et acceptant la politique des commentaires peuvent émettre un commentaire.

Salle de rédaction de Yellowknife
C.P. 456, Yellowknife, NT, X1A 2N4
T 867 766-5172
Administration
Direction | Maxence Jaillet
C.P. 456, Yellowknife, NT, X1A 2N4
T 867 766-5172
Publicité nationale
Lignes Agates Marketing | Anne Gaudet
C.P. 614, Oakville , ON, L6J 0A2
T 905-599-2561