Urbanisme : La grenouille qui voulait être un bœuf

En urbanisme il est important de trouver les meilleures pratiques, que se soit au pays ou à l’étranger, un processus qui se fait en trouvant des exemples utiles à la comparaison.

Yellowknife est peut-être une capitale, mais elle reste la capitale d’un territoire ayant la population d’une petite ville d’une province canadienne, rivalisant a peine parfois avec un campus universitaire. Il est donc surprenant que, dans l’étude de fond de Dillon Consulting, conçue en complément du Plan d’urbanisme de Yellowknife 2019 ait décidé d’utiliser Stockholm, Helsinki, Anchorage et Reykjavik comme exemple de comparaison à la capitale ténoise. Ces villes ont en commun d’être des capitales nordiques, mais au-delà des latitudes, Yellowknife ne partage rien avec ces villes.
Stockholm est la capitale de la Suède, avec une population métropolitaine de près de 2,3 millions de personnes, et à derrière elle près de 700 ans d’existence. Helsinki, capitale de la Finlande, est un peu plus modeste, avec 1,5 million d’habitants, et seulement quelque 500 ans d’histoire.
Anchorage est la seule ville nord-américaine parmi les exemples. Elle est la capitale d’un état américain avec des latitudes, un environnement, et une situation semblable à Yellowknife – représentant près de 40 % de la population de l’Alaska – et seulement incorporé en 1920, compte néanmoins près de 400 000 habitants. 20 fois plus que Yellowknife. Reykjavik, ville capitale d’un état d’à peine 300 000 âmes, est quand même six fois plus populeuse que Yellowknife.
Yellowknife n’est pas comparable à Stockholm ou à Helsinki. Il faudrait plutôt penser à des villes comme North Bay (50 000) ou Sept-Îles (28 000), pour trouver de véritable correspondance en ce qui concerne les dynamiques économiques, sociales, et culturelles pour déduire des politiques appropriées. Ceci est important.
L’étude de fond, par exemple, utilise Stockholm comme exemple pour soutenir ses politiques de mobilité soutenable. Stockholm a le bénéfice d’avoir déjà une infrastructure de transport en commun sophistiquée et une forme urbaine préindustrielle qui permet de marcher et de se déplacer sans grande difficulté, et tout cela dans un climat beaucoup plus doux, malgré les latitudes, qu’aux Territoires. Yellowknife n’a rien de cela et n’aurait aucun avantage à imiter Stockholm.
En général, les politiques proposées de cette recherche comparative semblent aussi plutôt inadéquates, suivant plutôt ce qui est en vogue que ce qui serait utile : un accent sur le concept de la ville intelligente, sur les mini maisons, sur le « partage social » des maisons, le transport en commun, les changements climatiques et les bâtiments verts. Mais rien de bien profond sur comment ces projets sont mis en œuvre et comment Yellowknife pourrait en profiter.

Un meilleur exemple – Kiruna, Suède
Un exemple qui brille par son absence de ce rapport est la ville de Kiruna, en Suède. Kiruna est une municipalité d’à peu près 18 000 personnes, la ville la plus au nord de la Suède, et qui doit son existence à un immense gisement de fer. Bref, une situation économique, démographique, et urbaine qui s’apparente considérablement à Yellowknife. Et pourtant, Kiruna est vastement plus énergique.
À Kiruna, l’industrie du tourisme est déjà beaucoup plus développée qu’à Yellowknife, avec un Hôtel de Glace et de l’aménagement autour de la ville pour le ski, le traineau à chien, la motoneige, le patinage sur les lacs et rivières, l’escalade de glace et de montagne, et encore plus.
Kiruna a, évidemment, un avantage important sur Yellowknife en ce qui concerne le tourisme : la distance et l’accès. Kiruna est accessible par voiture, avion, autobus et train – Yellowknife, en comparaison, et effroyablement isolée – la dernière ville à la fin de la route.
Yellowknife commence à penser sérieusement à l’aménagement d’une polytechnique et à développer son potentiel technologique; Kiruna est déjà un centre technologique de l’ère spatiale avec une station de L’Agence Spatiale de l’Union européenne, un institut des sciences physiques et un département universitaire axé sur la technologie.
De la recherche spatiale se fait déjà au Nunavut, d’ailleurs. Similairement, malgré la dépendance du territoire sur les mines, la ville n’a aucun programme de géoscience – le collège local est là pour former de la main-d’œuvre, pas des chercheurs.
En autres mots, si on cherche des points de comparaisons qui peuvent permettre d’articuler des politiques de développement économique et urbain qui ont de l’allure, il est beaucoup plus utile et informatif de ce comparée à une ville comme Kiruna, qui à une dynamique socioculturelle similaire à notre ville, plutôt qu’aux grandes capitales des pays nordiques. Yellowknife est peut-être une « capitale », mais c’est avant tout une ville minière de quelque 20 000 personnes.


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