Articles de l'Arctique, 21 mai 2021 : La Russie prend la présidence au Conseil de l’Arctique

Le conseil de l’Arctique fête 25 ans de coopération et de consensus au sein des nations circumpolaires. (Courtoisie du Ministère des affaires étrangères de Finlande — Kaisa Sirén)

Le conseil de l’Arctique fête 25 ans de coopération et de consensus au sein des nations circumpolaires. (Courtoisie du Ministère des affaires étrangères de Finlande — Kaisa Sirén)

Le forum des nations circumpolaires célèbre ses 25 ans cette année.

Au terme de la réunion interministérielle du Conseil de l’Arctique, qui se déroule du 19 et 20 mai à Reykjavik, la Russie assurera la présidence de l’organisation jusqu’en 2023. Elle prend le relai de l’Islande qui a présidé le forum des États circumpolaires depuis 2019.

Les autres États membres sont la Norvège, la Suède, la Finlande, le Danemark, le Canada et les États-Unis.

Dans sa présentation sur le site Web du Conseil, l’ambassadeur russe pour la coopération internationale dans la région arctique, Nikolay Viktorovich Korchunov, annonce une volonté de contribuer à l’essor économique de la région, mais en insistant sur les thèmes des changements climatiques et du développement durable.

« Nous avons l’intention de concentrer la présidence russe du Conseil de l’Arctique sur l’intégration dans les activités du Conseil du principe de la promotion du développement durable de manière équilibrée, dans ses dimensions sociale, économique et environnementale, écrit l’ambassadeur arctique russe. À cet égard, en plus de nous attaquer aux problèmes du changement climatique, d’adapter les moyens de subsistance et de renforcer leur résilience à ses effets, nous devons accorder notre attention immédiate à la gestion des risques environnementaux dans le contexte du développement futur de la région. »

Pour la Russie qui possède le tiers des côtes arctiques mondiales, la région polaire est une priorité. La fédération investit allègrement dans l’extraction des ressources naturelles et dans l’infrastructure industrielle de son Nord. Le site Yamal LNG sur l’estuaire de la rivière Ob dans la péninsule de Yamal en est un exemple. Depuis 2017, l’usine extrait 16,5 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié par an qui est acheminé ensuite par voie maritime, à travers le passage du nord-est, vers une clientèle asiatique.

Pour Mathieu Landriault, directeur de l’Observatoire de la politique et de la sécurité de l’Arctique (OPSA) et professeur associé à l’École nationale d’administration publique à Québec, cette présidence est l’occasion pour la Russie d’assoir sa présence. « La Russie va utiliser ce podium pour faire avancer ses intérêts arctiques et pour faire avancer son prestige dans la région à travers toute une gamme d’évènements académiques et corporatifs, envisage-t-il. Ce qui va être intéressant, c’est l’entente [entre les États membres] et la Russie en termes de protection environnementale, en sachant que la Russie va peut-être un peu plus encourager le développement économique. »

À sa fondation à la conférence d’Ottawa en 1996, le Conseil de l’Arctique a choisi d’exclure de son forum les questions militaires. On y cherche surtout la bonne entente et les discussions traitent principalement des enjeux sociaux, de développement durable ou encore de la pollution. Pour M. Landriault, il est certain que la Russie cherchera l’appui des États membres. « Je pense que le corps diplomatique russe va axer sur les enjeux sociaux, de développement durable, de contaminants, de protection environnementale, dit-il. C’est ce qui unit et qui fait consensus. »

 

Participation des nations autochtones

En plus des huit États membres, six organisations nationales autochtones siègent au Conseil de l’Arctique. Considérées comme des participants permanents au Conseil, leur statut a pour objectif d’intégrer systématiquement les points de vue autochtones lors des discussions. Cette façon de travailler main dans la main avec ces organismes est tout à fait atypique selon M. Landriault. « Ce mécanisme est intéressant, car ce n’est pas un type de statut que l’on rencontre bien souvent dans d’autres organisations régionales », observe-t-il.

Pour le Conseil international des Gwich’in, qui regroupe des nations gwich’in des TNO, du Yukon et d’Alaska, être participant permanent permet d’être entendu et d’apporter des points de vue inédits sur des enjeux précis. « Un siège à la table signifie que nous pouvons influencer les discussions, participantes permanentes et le Conseil de l’Arctique est le principal forum de coopération et de collaboration dans l’Arctique, explique la directrice générale de l’organisme, Devlin Fernandes. Les voix des organisations peuvent être entendues, et différentes perspectives peuvent contribuer [aux discussions]. »

Les organisations autochtones soulèvent certains enjeux sociaux et environnementaux. Pour Christina Henriksen, présidente du Conseil Saami qui est membre permanent, « notre culture et les économies traditionnelles de notre culture dépendent d’écosystèmes sains et productifs. » Peuple présent en Norvège, en Suède, en Finlande et en Russie, le Conseil Saami porte la voix de 100 000 personnes.

Pour sa part, le Conseil Circumpolaire Inuit (ICC), dont les membres se retrouvent au Canada, en Alaska et au Groenland, a son siège depuis les débuts du Conseil de l’Arctique. « ICC s’est battu pour veiller à ce qu’une attention particulière soit accordée aux changements dans l’Arctique comme le climat, le transport, les contaminants, […] la sécurité alimentaire. Ce travail est très respecté par les communautés, les gouvernements, les universitaires et Organisations non gouvernementales (ONG) et ajoute au dialogue et à la voie pour une prise de décision éclairée », peut-on lire dans le rapport 2019-2020 de l’organisme.

Renforcer les relations

L’un des objectifs du Conseil de l’Arctique est de construire des ponts entre les nations circumpolaires et ainsi contribuer au dialogue continu, non seulement entre les États membres, mais aussi entre les organismes autochtones. « Le Conseil de l’Arctique a contribué à renforcer notre voix au fil des ans, pense Mme Henriksen, et notre participation a élargi notre réseau sur les questions arctiques au-delà du Conseil lui-même. »

« Le Conseil est un exemple assez frappant de coopération pragmatique basée sur la science, poursuit M. Landriault. Il y a eu un très grand apport scientifique dans les différents groupes de travail. Il y a des mécanismes aussi qui ont été très originaux au Conseil, qui font qu’il y a une belle intégration des habitants du Nord dans les travaux du Conseil. »

Depuis 1991, six groupes de travail sur la conservation de la faune et de la flore, sur la protection des environnements marins ou encore sur la lutte contre les contaminants ont été intégrés aux travaux du Conseil. Cependant, la lutte contre les changements climatiques et les actions éventuelles que les États membres prendront, ou pas, dans le futur demeurent un point fondamental des travaux et déclarations à venir. « Est-ce que les États sont prêts à s’engager et dans quelle mesure ? Quelles initiatives sont-ils prêts à mettre en place dans la région arctique ? Ça va être la grande question de la prochaine réunion ministérielle et dans les prochaines années », conclut M. Landriault.


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