L’envol du vol à l’épicerie

Sylvain Charlebois (Courtoisie)

Sylvain Charlebois (Courtoisie)

On observe une recrudescence du vol à l’étalage dans les supermarchés au Canada depuis quelque temps. Nous n’avons pas de données concrètes, mais avec l’augmentation du nombre d’agents de sécurité postés à l’entrée et à la sortie des épiceries, tout porte à croire que les vols se multiplient depuis quelques mois.

Sylvain Charlebois

En discutant avec divers détaillants de Montréal, d’Halifax, de Toronto et de Vancouver, au cœur des quartiers où le taux d’infractions criminelles se situe généralement sous la moyenne, les vols deviennent une nouvelle source d’inquiétude.

Selon certaines estimations, le nombre de vols a augmenté de 25 à 40 % depuis six mois. Une épicerie de taille moyenne peut facilement intercepter des malfaiteurs de 10 à 12 fois chaque semaine par les temps qui courent.

Le cout de la vie et le prix des aliments incitent certains citoyens à trouver d’autres façons moins légales de s’approvisionner.

 

Jusqu’à 4000 $ par semaine

Les articles les plus convoités dans les supermarchés regroupent la viande, le bœuf haché, les steaks, rôtis, fromages, épices et saucissons. Parmi les articles fréquemment ciblés par les voleurs, on retrouve les boissons énergisantes et les médicaments en vente libre. Certaines personnes peuvent dérober jusqu’à 300 $ de produits à plusieurs endroits, en une seule journée.

De plus, certains employés peuvent agir en tant que complices pour des vols internes, en entrepôt ou à l’arrière du magasin avant même la mise en rayon des produits. En moyenne au Canada, chaque magasin alimentaire se fait rafler pour 3 000 $ à 4 000 $ de produits alimentaires par semaine.

Autrement dit, pour 500 supermarchés qui ouvrent leurs portes chaque matin au Canada, un total de neuf magasins liquidera sa nourriture gratuitement ce jour-là. Voilà beaucoup de nourriture et les couts associés représentent un problème énorme pour nos détaillants.  

Certains marchands prennent les grands moyens. À part l’ajout de caméras de sécurité et de portiers, l’embauche de gardiens clients semble aussi porter ses fruits. Des gardiens mystères habillés comme monsieur et madame Tout-le-Monde sillonnent les rayons pour surveiller les agissements des clients et les épingler sur le fait. Bien que couteuse, cette stratégie fonctionne bien malgré tout.

 

Une prime refilée aux consommateurs

On n’associe aucun profil type à ces délinquants, car ils appartiennent à toutes les catégories d’âges et proviennent de tous les milieux, ce qui rend la tâche plus ardue. Au Canada, selon certains experts en criminalité, environ la moitié de toutes les personnes inculpées ne possède aucun casier judiciaire.

Les délinquants de première instance sont souvent bien éduqués, proviennent de familles aisées, occupent de bons postes et jouissent d’une bonne réputation. Fréquemment, les infractions sont commises par les employés eux-mêmes.

Évidemment, les caisses en libre-service peuvent faciliter les larcins. Il ne faut donc pas se surprendre de l’ajout de surveillance autour de ces caisses. Avec des marges bénéficiaires qui frôlent le 1 %, la profitabilité d’un magasin dépend maintenant beaucoup de la surveillance accrue pour diminuer le plus possible les vols de marchandise.

Et pour ceux qui suivent les règles, ils doivent payer pour le vol à l’étalage. Afin que les marchands puissent couvrir leurs frais, tous les consommateurs paient une prime d’environ 2 à 2,5 % pour le vol à l’étalage et le vol interne.

Par contre, avec l’achat en ligne, le vol devient impossible. Depuis le début de la pandémie, le commerce électronique en alimentation a explosé. Les Canadiens achètent maintenant pour plus de 5 milliards de dollars de nourriture par année en ligne.

Ces ventes se trouvent évidemment à l’abri de toutes tentations de prendre des produits et de partir sans payer. Les épiciers le savent et voudront encourager l’achat en ligne auprès de leur clientèle pour diminuer leur risque.

L’inflation alimentaire nous réserve encore des secousses imprévisibles et certains croient que la situation pourrait se détériorer au cours des prochains mois. Les marchands devront doubler de vigilance. Il ne faudra pas s’étonner de voir certains détaillants utiliser de nouvelles méthodes pour décourager la délinquance en magasin.

 

Sylvain Charlebois est professeur titulaire et directeur principal duLaboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire à l'Université Dalhousie


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