Kronik Épidémik du 29 mai 2020

Avoir des enfants, je ne saurais me résoudre à les envoyer à l’école avec les nouvelles mesures de distanciation et de prévention maladives qui seront instaurées. Je pense d’ailleurs que c’est ce qui va arriver en masse : les parents qui le peuvent vont choisir de retirer leurs enfants du système scolaire. Non pas pour les protéger d’un virulent virus, mais des dégâts psychoaffectifs subséquents ; des sabotages collatéraux que ne manqueront pas d’engendrer ces précautions excessives qui dénaturent et déshumanisent la vie sociale en milieu scolaire.

Souvenir d’horreur. Première expérience de travail dans une école primaire, à Whitehorse, début des années 2000. Lors des assemblées dans le gymnase, une des premières choses que le directeur demandait aux élèves, après avoir obtenu le silence avec exactement le même geste du bras et de la main tendus d’Hitler, auquel les élèves répondaient aussi par le salut nazi (sans blague), est de ne pas se toucher. Le directeur de l’école primaire martelait les jeunes avec cette phrase abominable : « Ne vous touchez pas » !!! L’autre monitrice et moi, on n’en revenait pas. Ben voyons donc, demandez à des enfants de ne pas se toucher ! Il sort d’où, lui ? Un gestionnaire qui ne devait pas avoir beaucoup de culture et de connaissances sur le développement de l’enfant pour choisir ces codes et ces lignes de conduite. Pour la bagarre et le chamaillage, qui sont souvent des prétextes pour se toucher, d’ailleurs, pour être en contact physique avec les siens, on peut comprendre. Mais pour les câlins, les gestes doux et affectueux, qui émergent et se manifestent naturellement, c’est inadmissible. Exactement comme si on interdisait l’amour, sous toutes ses formes, mais surtout dans sa forme physique, incarnée, qui, sans plus d’explications ou de raisons, est prohibée, condamnée, mal en soi. Ça révolte et fait réfléchir.

Difficile de ne pas voir là les relents de notre lourd passé culturel judéo-chrétien. Culture qui, au profit d’un au-delà, d’un après, d’un ailleurs, d’un idéal édénique, témoignait du plus souverain des mépris pour les choses terrestres et corporelles. Le corps : coupable ! La Terre : —Next! Par-delà les guerres, les génocides, les pandémies mortelles, une chose a laissé de profonds stigmates dans notre psyché collective : le péché originel. Cette idée, profondément ancrée, des plaisirs de la chair comme étant coupables à priori. Je ne connais, pour ma part, pas de plus sûr moyen d’atteindre au paradis. Mais passons. On parle d’enfants et d’école, là. Oui, bon. Tenez-vous loin les uns des autres comme je vous ai tenu loin de moi, dit Jésus, pince-sans-rire, de sa résidence secondaire au large d’Andromède.

Bien sûr, dans les circonstances actuelles, la consigne du non-toucher est motivée. Motivée par quoi ? Par la peur. La peur de quoi ? La peur de l’autre, du corps de l’autre ; la peur d’attraper et de transmettre un virus potentiellement mortel. La peur de la mort, en somme. How freaking sane is that? Chacun dans son carré, chacun dans son cercle de feu. Attention ! Ne vous approchez pas des autres ! Ils sont dangereux ! Un Ainé à qui l’on donnait la parole dans un article de La Presse : « Avoir peur n’est pas une façon de vivre ». Ben tiens. Avec tout le tort déjà fait aux Ainés, justement, ne pourrions-nous pas laisser les enfants en-dehors de ce délire, de cette hystérie collective ? Comment fait-on, à l’école, pour avoir une conversation plus intime avec ses amis, à six pieds de distance ? C’est la base du développement psychosocial des enfants, après la famille, l’amitié, l’intimité et la connexion avec les pairs, qui passent, oui, par les manifestations affectives et la pro-xi – mi-té physique. C’est quoi qu’on est en train de faire ? Si c’est un cauchemar, pincez-moi fort, ce n’est plus rigolo.

Si nous sommes pour être effectivement exposés au virus, ne serait-il pas préférable, plutôt que toutes ces stratégies d’évitement qui nous bousillent la santé globale, de se préparer à l’affronter cette satanée bestiole, en renforçant son système de défense immunitaire, par exemple ? Pourquoi ne nous éduque-t-on pas à cette chose essentielle ? Se construire une santé de béton. Pourquoi ne parle-t-on pas d’alimentation, d’exercice physique, de suppléments vitaminiques, des bienfaits de ne pas mettre de barrière chimique entre soi (exit le purell !) et le merveilleux monde des microbes pour devenir justement plus résistant ? Pourquoi aucun des spécialistes de la santé à qui on donne la parole et tant de pouvoir ne se prononce là-dessus ? Et le système immunitaire du réseau de la santé, lui, on va y travailler ? Et la santé de la planète, elle, bande de désinfectés irréfléchis, on s’en occupe, oui ?


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