Étienne Croteau dit au revoir aux Franco-Ténois

Impliqué au sein des institutions de la francophonie ténoise depuis une dizaine d’années, Étienne Croteau est devenu, en 2020, l’un des plus jeunes récipiendaires du prix Jeanne-Dubé. (Courtoisie FFT)

Impliqué au sein des institutions de la francophonie ténoise depuis une dizaine d’années, Étienne Croteau est devenu, en 2020, l’un des plus jeunes récipiendaires du prix Jeanne-Dubé. (Courtoisie FFT)

Étienne Croteau est un chef entrepreneur aux multiples facettes. Il s’est impliqué dans le milieu de la restauration, de l’agriculture, mais surtout au sein de la communauté francophone. Il retourne au Québec, motivé par un nouveau projet. Il tenait à faire ses au revoir, mais pas ses adieux, à la communauté franco-ténoise. Il a accordé une entrevue à Médias ténois.

 

Médias ténois : Commençons par la question que plusieurs se posent : pourquoi vous en allez-vous ?

Pour de multiples raisons, je pense que la première qui vient à l’esprit de tout le monde, c’est la pandémie. C’est vrai que ça en fait partie, mais pas seulement ça. Le problème étant que le restaurant a dû fermer et pour les services traiteurs, très peu de clients étaient admissibles à faire affaire avec mes services à cause du nombre de personnes.

Pour ce qui est de la partie agriculture, qui est très chère à mon cœur, j’ai travaillé un bon trois ans avec les comités, avec la ville de Yellowknife, avec le ministère de l’Industrie, du Tourisme et de l’Investissement et ça n’a jamais débloqué comme je le voulais. Faire une production commerciale aux TNO, à Yellowknife spécifiquement, ce n’est pas une mince affaire. J’ai dû prendre une décision et je me suis dit que j’étais prêt, mais que Yellowknife n’est pas prêt, alors je m’en retourne dans mon coin de pays pour en apprendre d’avantage sur l’agriculture et commencer un projet dans un horizon de deux ans.

Ça réveille, mettons. On se repositionne et on se demande ce qui est important et je pense que beaucoup de gens ont reçu le même message. C’est important de remettre les pendules à l’heure et se demander ce qui est important. La restauration faisait moins partie de ça. J’ai écouté le message et je préfère m’orienter vers la production agricole de légumes et de fruits. C’est un besoin primaire, alors que la restauration, c’est se donner des soucis. Je voulais investir mon temps et mon énergie dans quelque chose qui est absolument nécessaire et l’agriculture, ça a été le message.

 

Vous avez occupé plusieurs postes au sein de la francophonie ténoise dont la présidence du conseil d’administration de l’AFCY, qu’advient-il de votre présent rôle ?

En ce moment, c’est complètement déchirant parce que je sais que je m’en vais pour une période d’un peu moins de six mois et je reviens pour deux semaines, début décembre, pour fermer les comptes et les affaires comme ça. C’est déchirant pour plusieurs raisons. Tout d’abord parce que je dois quitter ces comités et conseils d’administration. Dans les statuts et règlements, c’est bien indiqué que je dois être résident des TNO et je vais être résident jusqu’en janvier 2022. Donc je conserve mes positions, mais je ne me représenterais pas à l’AGA de l’AFCY en septembre. Je vais être logique et conséquent dans mes choix. J’ai certains mandats comme à la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada (FCFA) où je représente les TNO sur ce conseil d’administration qui est extraordinaire et qui est aussi cher à mon cœur. Il y a la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF) aussi. J’avais le mandat de représenter le volet culturel aux TNO, qui fait partie de l’AFCY.

Donc, c’est difficile, c’est vraiment difficile. Au Québec, je n’étais impliqué dans aucun conseil d’administration. J’avais une petite entreprise de chef à domicile, j’étais barman, une vie très très simple avec très peu de défis. Mais parfois tu sens que tu as quelque chose en toi qui bouillonne, mais que tu ne sais pas c’est quoi et tu le gères très mal. C’est Yellowknife qui a fait péter le bouchon. Parce que j’ai vraiment découvert cette espèce d’envie là de vouloir changer les choses, de vouloir faire du sens.

Je suis excessivement reconnaissant de tous les gens que j’ai rencontrés, des forces de la nature qui m’ont offert des expériences, qui m’ont donné des opinions et qui m’ont partagé leur vision. Ça a durablement changé ma vie.

 

Vous avez donné beaucoup à la communauté franco-ténoise, que vous a-t-elle apporté en retour ?

La recherche de sens. Ça m’a donné aussi la vision réelle de ce que c’est la francophonie. Oui la francophonie en situation minoritaire, mais moi je suis un Québécois, ou plutôt j’étais un Québécois. Maintenant, mon identité est bien mélangée. Je suis un citoyen du monde, un Franco-Ténois, un Québécois et il va bien y en avoir d’autres… C’est ça, c’est cette découverte, de dire que la francophonie est forte, vivante, dynamique, présente. On ne peut pas la mettre de côté, c’est impossible. On se fait souvent reprocher qu’on a des grandes gueules, mais on n’a pas le choix. On est là, on est présent et on a droit à ces services. On a le droit à un service en français, on a le droit d’aller voir des spectacles en français, tant qu’on va se battre pour ça, je suis désolé, mais vous allez nous entendre.

C’est ça le message qui me parle beaucoup, ça m’a donné cette force de caractère d’aller plus loin, de m’impliquer plus loin et de ne pas être gêné de parler. Je suis arrivé aux Territoires du Nord-Ouest, je n’avais rien accompli. C’est une terre d’opportunités et je l’ai souvent dit : quand tu arrives aux TNO, tu découvres tranquillement la communauté, tu vois comment on est tissé serré, t’as des partys pour les deux premières semaines, c’est fou. Puis après ça, tu peux t’impliquer dans beaucoup de choses. Si jamais tu as une idée d’entreprise ou de quoi que ce soit, fais attention de ne pas la partager trop vite. Pas parce que les gens vont vouloir te la voler, mais parce que tout le monde va vouloir t’aider, tout le monde va te donner des conseils pour que ça marche et des fois, tu n’es pas prêt.

 

Comment souhaiteriez-vous voir la communauté franco-ténoise évoluer dans les années à suivre ?

Pour les années qui s’en viennent, c’est certain que j’espère qu’il y ait un partage des rôles et des responsabilités des organismes qui est encore plus clair. Je souhaite vraiment que les dix organisations francophones aux TNO travaillent encore plus de concert, parce que je pense que c’est le nerf de la guerre. On ne peut pas toujours travailler chacun de notre côté et ça s’est amélioré, je ne suis pas en train de dire que ce n’est pas le cas, je dis seulement qu’on pourrait faire mieux encore. Tranquillement, si on doit se fédérer, je pense que ça va donner une plus grande force de frappe pour ce qu’on est train de défendre auprès du gouvernement des Territoires du Nord-Ouest.

Là, on souhaite le centre culturel communautaire, avec la première pelletée de terre — on croise les doigts ! — en 2022. Impliquez-vous, prenez le temps, on a tellement besoin de bénévoles. Que ce soit durant les activités, mais aussi sur les conseils d’administration. C’est le message que je peux donner. C’est tellement enrichissant ces expériences-là. Moi, ce n’est pas des blagues, ça a changé ma vision que j’ai d’une ville, d’un village, d’une communauté. Donc si vous avez du temps, et des fois c’est deux heures par mois, ce n’est pas beaucoup, allez-y. Les décisions sont prises au niveau des conseils d’administration. C’est un rôle de représentation, c’est une belle responsabilité et c’est une grande responsabilité. Impliquez-vous, c’est vraiment le message que je lance : on a besoin de forces tranquilles qui sont là et qui orientent des organisations vers le meilleur.


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