Compassion, esprit d’entraide et égoïsme contemporain

16 septembre 2021

Beaucoup de commentateurs, de journalistes, de politiciens et de travailleurs de la rue montent aux barricades à Yellowknife, en réponse à une grogne populaire qu’il faut nommer le syndrome du « pas dans ma cour ». Vous l’aurez deviné, il s’agit de l’implantation d’un centre de mieux-être et de rétablissement permanent à l’intérieur des limites de Yellowknife, donc dans un quartier résidentiel. Plusieurs résidents se sont insurgés lorsque le lieu exact (en fait, trois lieux potentiels) de l’implantation de ce centre a été rendu public. À distance de marche du centre-ville, pour desservir idéalement la population des sans-abris afin qu’ils ne passent pas de nuits à l’extérieur.

Il est difficile de jauger les degrés de compassion versus les degrés d’égoïsme dans un pareil cas. Certains mentionneront la perte de valeur des commerces et des résidences avoisinantes. D’aucuns parleront d’un potentiel pour de menus crimes (vols par effraction, vols à la tire, augmentation de la consommation de drogue et d’alcool) ; comme il ne faut qu’une infime voix se portant à l’encontre de l’initiative pour faire dérailler le projet pour quelques mois, la ministre de la Santé et des Services sociaux, Julie Green, fait appel à l’esprit de générosité et à la compassion des résidents de Yellowknife pour faire adopter cette initiative sans heurts et à temps pour répondre aux besoins de cette population vivant dans l’itinérance (voir page 12). Sinon, le gouvernement n’aura d’autre choix que de faire passer ce règlement via le processus spécial d’adoption (une réalité non démocratique, mais oh combien nécessaire lorsque quelques citoyens font passer leurs préoccupations personnelles au-dessus des besoins de la communauté… pour citer Spock [Star Trek] : when the needs of the few outweigh the needs of the many).

Pourquoi devons-nous en arriver là ? Est-ce la disparition des liens sociaux dans notre société postmoderne qui est en cause ? La retraite de tout un chacun dans sa propre caverne, son petit univers clos, (sur) vivant de consommation à outrance sur Internet, ne sortant que pour aller travailler (ceux qui ne sont pas déjà en télétravail), se branchant une fois à la maison sur des réseaux dictant leurs valeurs d’anomie et d’anonymat où les cris de rage se démultiplient face à la sécurité qu’une vie à l’ombre procure ? Et si, en groupe, en société, nous prenions le virage d’un retour aux valeurs communautaires, où nos voisins s’incarnent de manière concrète, et que la compassion revienne une des valeurs reines de ce temps d’airain ? À l’heure où la surveillance tous azimuts se généralise et devient même un modus vivendi pour les forces de l’ordre de tous acabits, la seule solution viable pour contrer ce Moloch est de réapprendre à tisser des liens entre nous. Et pourquoi ne pas commencer par tendre la main à la population marginalisée, souvent (trop souvent) autochtone, malmenée par l’Histoire et la dépossession. Il faut accepter le beau risque de la réconciliation avec les nations autochtones, coute que coute.


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