COVID-19 : Artistes en pause, partition modifiée

Samedi 21 mars, les Welder’s Daughters ont joué au Gold Range – fermé pour une période encore indéfinie – en direct sur leurs réseaux sociaux. (Courtoisie Welder’s Daughters)

Samedi 21 mars, les Welder’s Daughters ont joué au Gold Range – fermé pour une période encore indéfinie – en direct sur leurs réseaux sociaux. (Courtoisie Welder’s Daughters)

« Ne nous oubliez pas, non non non… » À Yellowknife, sur la façade de l’unique cinéma de la ville, les titres de films qui illuminent habituellement la devanture ont été remplacés. À la place, cette phrase très cinématographique, rappelle John Bender, le rebelle du Breakfast Club de John Hughes, levant son poing rageur aux rythmes des Simple Minds.
Un message d’alerte, mais aussi d’espoir face aux mesures prises par le gouvernement territorial pour contrer la propagation de la COVID-19 aux Territoires du Nord-Ouest.
Les lieux de vie et l’ensemble des évènements culturels qui devaient avoir lieu en mars et avril ont été annulés ou interrompus. Le festival du Snowking, le Long John Jamboree, le Bison Jamboree… Le coronavirus n’a semble-t-il épargné personne et surtout, aucun artiste.

Scènes désertes
À bientôt 75 ans, Jim Taylor joue depuis plus de quinze ans sur les petites scènes de la capitale des TNO. Et comme beaucoup d’artistes indépendants de la ville – et du pays –, il doit compter sur son autre métier pour pouvoir survivre.
« Pour le moment, je vis grâce à mes économies, mais si la situation dure trop longtemps, ça va devenir plus compliqué », confie-t-il, la voix étouffée.
Jusque-là, il partageait son temps entre la musique et un travail de serveur à l’hôtel Château Nova. Cette deuxième activité lui permet d’obtenir les prestations d’assurance-emploi, la musique ne lui procurant aucune indemnité. Nostalgique, il se souvient de sa routine hebdomadaire, comme d’un temps révolu : « Depuis une quinzaine d’années, le samedi, je me prépare pour aller au [bar] Black Knight, j’installe mon équipement dans l’après-midi, et ensuite je rentre chez moi pour diner. Parfois, je me dis que je préfèrerais rester au fond de mon fauteuil, mais je finis toujours par trouver la motivation. Et dès les premières notes de la première chanson, je sens toutes mes émotions remonter à la surface… Ça me manque déjà terriblement ! »
Faire son concert en ligne est une option très vite écartée par le musicien : « Je ne sais pas comment ils font, j’ai besoin d’être avec mon public. »
Changement des pratiques
Si la pratique musicale s’en trouve pour certains tronquée, la diffusion prend quant à elle une tournure plus moderne. Habitué des circuits traditionnels de distribution, Yves Lecuyer, musicien francophone pop-rock de Yellowknife, émigré à Montréal pour quelques mois, avait prévu la sortie de son album Scaphandrier pour le mois de mars. Loin d’en remettre en question la diffusion, il a décidé de le sortir de manière numérique. « Je n’ai pas d’autres choix que de le sortir par ce biais-là, concède-t-il. J’ai commencé par Facebook, j’y vais à tâtons parce que je suis un peu perdu dans tout ça, mais c’est certainement plus facile de rejoindre les gens. » Et d’ajouter dans un sourire : « Les gens n’ont rien d’autre à faire avec ce qui se passe maintenant. »

Concerts en ligne
Le Gold Range, établissement phare de la vie nocturne de la capitale ténoise, a lui aussi fermé ses portes. La formation Welder’s Daughters, groupe emblématique du lieu, a appris à 8 heures du matin, mardi 17 mars, que la scène serait désormais vide, et ce, pour un temps indéfini. Coup dur pour les artistes qui y jouaient depuis maintenant 17 ans, cinq fois par semaine. « C’était notre travail à temps plein pour mon mari et moi, de dire avec peine la chanteuse, Karen Novak. Nous nous retrouvons maintenant sans contrat et tous nos autres concerts ont également été annulés. Ça représente des dizaines de milliers de dollars. »
Pour remédier à la situation, les rockeurs ont décidé de ne pas se laisser abattre. Ils ont opté pour plusieurs solutions. La première n’a d’ailleurs pas tardé à arriver : samedi 21 mars, en direct de leur quartier général, ils ont donné une performance retransmise sur leurs réseaux sociaux. « Ils veulent bien nous laisser jouer parce que tout notre matériel est là, et on y habite également », explique la leadeure du groupe.

Entraide artistique
Cette soirée spéciale est également motif à introduire « une série de concerts réunissant des artistes du Nord ». En lien étroit avec le Northern Arts and Cultural Center, le groupe espère pouvoir faire jouer différents artistes du Nord dans une salle à Yellowknife. « Nous avons un espace que l’on peut aménager en scène, chaque artiste pourra s’y produire et enregistrer en direct, explique Karen Novak. Chaque enregistrement diffusé en ligne sera accompagné d’un lien vers une campagne de sociofinancement. » En tant qu’artistes indépendants, il est plus difficile de prétendre à une indemnisation gouvernementale. Outre le divertissement, ces concerts à huis clos permettront de récolter de l’argent pour les artistes nordiques. « On espère ainsi collecter des fonds pour différents artistes. Certains sont bloqués en isolation, et je sens que cette situation va durer encore longtemps. On va s’entraider », assure-t-elle.


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