René Fumoleau, o.m.i.

C'est d'abord à titre de missionnaire oblat que René Fumoleau est arrivé dans le Nord. Son statut l'a un peu aidé dans son intégration à la communauté, en raison du respect porté jadis aux medicine men, les shamans des communautés dènèes.

"Ils ont transféré le respect qu'ils éprouvaient pour eux aux missionnaires qui sont arrivés et qui semblaient eux aussi avoir des pouvoirs. Oui, ils avaient beaucoup de respect pour les missionnaires."

 

À son arrivée, il y avait déjà près de 100 ans que les missionnaires étaient installés dans le Nord, et les Dènès sont déjà convertis au christianisme.

"Mais la conversion ça dure toute la vie, ça prend du temps. Tous les gens étaient baptisés et venaient à l'église régulièrement quand ils étaient au village, mais ils étaient absents du village pendant 9 ou 10 mois de l'année".

 

René Fumoleau tente d'expliquer les débuts ardus des missionnaires au Canada, alors que prêtres catholiques et anglicans devaient se côtoyer :

"Au début, il y a eu beaucoup de batailles, de divisions entre les catholiques et les anglicans qui sont arrivés à peu près en même temps dans la vallée du Mackenzie, vers le milieu des années 1850. C'était la rivalité, la bataille entre les catholiques et les anglicans; ce sont des choses abominables, mais c'était la mentalité du temps".

 

Son oeuvre de missionnaire, le Père Fumoleau la perçoit comme un partage mutuel, à travers laquelle il a autant appris qu'il a enseigné.

"Je crois qu'il y a quelque chose de bon dans ce que j'ai appris du christianisme, de l'homme qu'était Jésus. C'était quelqu'un d'important pour les gens d'ici. Pour les Dènès, Jésus était un homme libre; il faisait ce qu'il voulait faire, il est devenu lui-même. Il a cherché, il a trouvé sa mission, il a essayé d'être fidèle à qui il était, fidèle à sa mission, et il n'y avait personne qui pouvait le tirer d'un bord ou le pousser de l'autre".

 

Quand il explique sa vision de Jésus, René Fumoleau utilise des termes simples et à la portée de tous :

"Il y a des gens qui voulaient s'en servir; l'emmener d'un côté ou de l'autre, mais il disait toujours : &laqno;Non, ça m'intéresse pas!» Les gens lui disaient : &laqno;Si tu fait ceci, tu sera notre roi». Lui, il disait : &laqno;Moi, je m'en fous». &laqno;Si tu dis ça, on va te tuer», &laqno;Bien, je m'en fous aussi». Il savait ce qu'il voulait faire, ce qu'il était appelé à faire, et puis il le faisait, et il ne déviait pas de son chemin. C'est dans ce sens-là que les Dènès respectaient Jésus. C'était un homme qui était droit et qui faisait ce qu'il avait à faire, on ne pouvait pas le manipuler. C'est ça qui est important pour les Dènès, c'est la principale chose, je pense, qu'ils retiennent de Jésus. Quelqu'un qui est un modèle, d'une certaine façon, pour la vie humaine."

 

Ce partage d'idées n'allait pas de soi pour René Fumoleau au début de son parcours ecclésiastique, en sortant à peine du séminaire :

"Ça m'a pris du temps, parce qu'on avait quand même beaucoup la mentalité coloniale de ce temps-là. On avait l'impression quand on est venu, avec les études qu'on avait faites, qu'on était supérieur, qu'on avait un tas de choses à enseigner, qu'on savait pratiquement tout. Mais quand on arrive là, ça ne dure pas longtemps! (rires) Le piédestal tombe vite!"

 Je ne crois pas en Dieu
 
Mon amie et moi, on parlait depuis longtemps
de choses et d'autres, de tout et de rien,
quand subitement elle me dit:
"Tu sais, moi, je ne crois pas en Dieu"
J'étais curieux: "Alors, tu crois en quoi?"
 
Elle ouvrit ses bras tout grands:
"Je crois au mystère des étoiles,
et à la profondeur des océans.
Je crois qu'il faut respecter la nature,
utiliser ses ressources avec sagesse,
et prendre soin de tout ce qu'on touche".
 
Elle sourit: "Je crois
au silence et à la musique,
aux rythmes et aux couleurs,
au petit caillou et à la haute montagne,
au léger papillon et à l'arbre majestueux,
je crois à la vie que j'ai transmise à mes deux enfants".
 
Ses yeux brillèrent:
"Je crois à la dignité de chaque être,
à son intelligence et à son esprit créateur,
au respect de ses idées et de ses choix.
Je crois à la liberté et à la solidarité de tous".
 
Elle chantait presque:
"Je crois que chaque personne
doit combattre toute injustice
et toutes formes d'aliénation,
pour atteindre sa plénitude de vie,
et pour bâtir un monde plus humain".
 
Elle se leva, prête à danser:
"Je crois à l'amour, aux enfants exhubérants,
aux couples unis, et aux sages vieillards.
Je crois à la peau douce de mon bébé,
et aux rides de mes grand-parents.
Je crois être en tous, et tous en moi".
 
Elle chuchota: "Mais je ne crois pas en Dieu".
 
Le lendemain, par hasard,
je lus ces mots de Paul dans sa lettre aux Romains (10, 20):
Dieu dit: "Ceux qui ne me cherchaient pas m'ont trouvé.
Et je suis apparu à ceux qui ne me demandaient rien".