Sécurité dans l’Arctique : Vers la surveillance par satellite

28 novembre 2003
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Jusqu’à maintenant, la seule façon de surveiller l’Arctique canadien est par la présence d’humains, par la présence de la garde côtière ou par le survol occasionnel du territoire par un avion militaire. D’ici quelques années, les Forces armées canadiennes pourraient avoir recours à un système de surveillance par satellite.

C’est ce qu’a fait savoir le commandant du secteur du Nord des Forces armées canadiennes, le colonel Norris Pettis, au sortir d’une rencontre du Groupe de travail interministériel sur la sécurité dans l’Arctique, tenue à Yellowknife, les 19 et 20 novembre dernier. Sans être une instance décisionnelle, ce groupe de travail réunit des représentants de tous les ministères et agences en activité dans le Nord et son but est de tenir toutes ces organisations informées sur les défis de la sécurité dans l’Arctique.

Selon le colonel Pettis, la manière actuelle de surveiller l’Arctique est inefficace. « Un système spatial comme celui-ci, qui utilisera Radar-Sat II, comprendra les technologies nécessaires pour détecter des objets dans l’eau et sur la terre. On pourra voir à travers les nuages, sous la surface et à travers la neige. C’est la manière avec laquelle nous devons procéder dans le Nord. Si on veut réagir à un événement, on doit d’abord savoir ce qui est en train de se passer », poursuit le colonel, qui croit que le système pourrait être opérationnel d’ici 2008.

Selon Rob Huebert, professeur à l’Université de Calgary et spécialiste des questions de sécurité dans l’Arctique, il était temps qu’un tel projet voit le jour. « C’est une chose nécessaire que nous aurions dû faire dans les années 1970 ! Le Canada a été l’un des chefs de file en termes de développement spatial. Nous étions en mesure de le faire et nous avons laissé aller cette chance », dit-il, se disant maintenant satisfait que le projet soit en voie d’être réalisé.

Un autre problème de sécurité dont il a été question est celui de la construction d’un gazoduc dans le Nord. « Il s’agit d’un grand développement économique dans le territoire. Avec ça, surgissent un grand nombre de questions de sécurité. On peut penser à un bon nombre de campements qui seront requis le long du tracé. Il y aura jusqu’à 800 travailleurs dans ces camps. Ça emmènera des problèmes pour l’application des lois et des choses comme ça », fait savoir le colonel Pettis, qui rappelle que. bien que faible, une menace d’acte de sabotage ou de terrorisme sur le gazoduc, une fois construit, est toujours présente.

Bien entendu, la fonte des glaces et l’ouverture du passage du Nord-Ouest, tout comme la souveraineté canadienne dans l’Arctique, sont revenus hanter les autorités canadiennes. Selon Rob Huebert, plusieurs enjeux demeurent dans ces dossiers. La ratification récente, par le Canada, de la Convention de la Loi de la mer, obligera le pays à délimiter ses plateaux continentaux. Or, ceci pourrait créer des mésententes avec les gouvernements danois, américain et russe.

À cela viennent s’ajouter les perpétuels problèmes de l’Île Hands, située entre l’île d’Ellesmere et le Groenland, du statut du passage du Nord-Ouest comme eaux intérieures canadiennes ou voie maritime internationale et de la zone maritime située entre l’Alaska et le Yukon.

M. Huebert a d’ailleurs fait remarquer que le gouvernement américain a récemment émis des permis pour le développement de cette zone maritime contestée. Depuis le début des années 1970, le Canada et les États-Unis étaient unis par un engagement d’honneur selon lequel aucun permis ne devrait être émis dans ce secteur. Bien qu’aucune compagnie n’a mis la main sur ces permis, le chercheur de l’Université de Calgary y voit un message clair de la part de l’Oncle Sam. « Ils nous disent qu’ils veulent réexaminer le problème et que, probablement, ils s’attendent à gagner ».

Selon M. Huebert, dans ce dossier précis, le Canada et les États-Unis devront vraisemblablement s’entendre sur une forme de co-gestion de ce secteur. Mais encore là, il y a un problème. Le territoire faisant l’objet de l’Entente sur les revendications territoriales des Inuvialuits, signée en 1984, chevauche cette partie du monde.

Est-ce que les habitants des provinces du Sud devraient être préoccupés par ces enjeux de sécurité dans le lointain Arctique ? « Il y a tout un débat à ce niveau et il n’y a pas de réponse précise. La position du ministère de la Défense est que la guerre froide est finie et que nous ne faisons plus face à la menace soviétique. Par contre, prétendre que l’Arctique ne fait plus face à aucune menace pour sa sécurité, c’est probablement se tromper. Il y a des menaces pour la sécurité environnementale (…), le passage du Nord-Ouest et l’immigration illégale. En plus, avec l’augmentation des mines de diamants et l’exploitation du pétrole et du gaz naturel, il y a plus d’ouverture pour le crime organisé. Le concept de sécurité s’est pas mal élargi dans l’Arctique canadien et oui, nous faisons face à plusieurs menaces », de conclure Thomas Juneau, analyste en politiques dans le groupe des politiques du ministère de la Défense, basé au quartier général d’Ottawa.
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