Traditions gwich’in : Renouer avec le savoir traditionnel

11 avril 2003
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Huit couturières de la région du delta du Mackenzie ont tissé maints piquants de porc-épic et peaux de caribou au cours des deux dernières années. Cinq costumes traditionnels Gwich’in ont été confectionnés dans le cadre du Projet de vêtements traditionnels de peau de caribou, mis sur pied en collaboration avec le Centre du patrimoine septentrional Prince-de-Galles et le Musée canadien des civilisations. Dévoilés le 28 mars dernier devant une foule entassée au musée, les habits d’un blanc immaculé ont rappelé le savoir-faire traditionnel des femmes autochtones, qui pouvaient coudre des mois pour habiller les hommes de la communauté. Chacune des quatre communautés Gwich’in des TNO (Aklavik, Inuvik, Fort McPherson et Tsiigehtchic), recevra en héritage l’une des pièces du projet qui, pour la première fois en 130 ans, a permis à la nation gwich’in de se rapprocher de sa culture artisanale.

« Nous avons vu ce que nos ancêtres portaient et nous avons ramené dans les communautés ce savoir. C’est une bonne chose pour les enfants de développer la fierté de leur patrimoine », explique la coordonnatrice du projet, Karen Wright-Fraser, originaire d’Inuvik. Celle qui tient boutique à Yellowknife depuis quelques années a travaillé très fort pour dénicher les mains agiles qui ont su recréer ces costumes d’époque.

Les couturières ont pu, tout d’abord, admirer l’une des rares pièces toujours en bon état, exposée au Musée canadien des civilisations. La conservatrice de la collection du subarctique de l’ouest du musée, Judy Thompson, qui possède une solide connaissance des vêtements Athapascans, a fait le pont entre les TNO et Hull, donnant la chance aux artisanes de voir de près le travail accompli par les femmes gwich’in il y a plus de 130 ans. Plus de trois années de recherche ont été nécessaires afin de retracer les derniers costumes gwich’in, qui sont éparpillés dans près de 30 musées à travers l’Amérique du Nord et l’Europe. Une fois devant la pièce historique, les femmes ont mis la main à la pâte.La confection de cinq habits traditionnels gwich’in fait renaître une tradition oubliée.

Trois ateliers de travail intensifs ont été organisés entre décembre 2000 et juillet 2002. Les couturières ont, pour la plupart, tenu pour la première fois dans leurs mains des piquants de porc-épic, qui tombent en cascade en maints endroits sur le costume. Mais l’apprentissage des techniques n’a pas été le calvaire de ces femmes. Trouver assez de piquants, de peaux de caribou tannées et de graines de chalef, un arbuste de la région, a été un véritable casse-tête pour l’équipe. Tellement que, pour Karen Wright-Fraser, ce problème démontre une perte de la vitalité de la tradition. « Même aujourd’hui, trouver des peaux tannées est difficile, car peu de gens maîtrisent toujours les techniques de tannage à la main. Ça démontre que nous sommes dans une période critique aux TNO. Nous devons conserver ce savoir et le transmettre. » Le groupe a dû se tourner vers le Yukon et l’Alberta pour trouver assez de peaux, soit une quarantaine, pour mener le projet à terme.

Ces peaux utilisées pour la confection des costumes sont tannées naturellement et blanchies par le soleil et le vent. Les piquants de porc-épic ont été tissés les uns à la suite des autres, tandis que les graines de chalef ont servi à décorer les franges de piquants. Ces graines se sont faites discrètes, un peu trop au goût des couturières. Karen Wright-Fraser a finalement déniché des arbustes plantés devant l’Assemblée législative de Yellowknife, avant de découvrir une petite mine de chalef à Tsiigehtchic. Le travail minutieux a dû être accéléré lorsque les femmes ont réalisé l’ampleur de l’entreprise. « Nous n’avions rien à prouver. Nous n’avions jamais fait cela auparavant. Nous avons sous-estimé le temps qu’il nous faudrait pour faire le projet. » En cours de route, pour faciliter le travail, les piquants ont été remplacés par des perles pour les plus grosses parties du costume.

Selon Karen Wright-Fraser, cette expérience a donné aux femmes la chance de renouer avec leur culture, qui s’effrite de plus en plus. Ce fut une sorte de thérapie. « Ça a aidé les gens à guérir. Quand tu perds une partie de la culture, quelque chose te manque dans ta vie. Cette expérience a, je crois, permis à ces femmes de combler ce manque. » La coordonnatrice, qui avait déjà commencé un projet de vêtement traditionnel avant le début de cette aventure, compte reprendre du service très bientôt et terminer le travail commencé. « Mais je veux me reposer pour un petit bout de temps ! »

L’une des pièces du projet sera exposée prochainement au Centre du patrimoine septentrional Prince-de-Galles.
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