Une vingtaine de jeunes sont détenus de leur plein gré par l'Armée ! : Rangers juniors dans le Nord

08 juin 2001
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Deux militaires atterrissent à Hall Beach (Sanirajak), une petite communauté du Nunavut. La radio d'une camionnette crache la chanson Stand by me et les visiteurs s'installent à l'arrière. À droite, on voit la mer et à gauche s'élèvent les immenses radars de la station de Hall Beach. Anciennement rattaché au réseau d'alerte avancé, ce poste de surveillance construit en 1955 n'est plus qu'un squelette métallique attendant son démantèlement. Bienvenue dans la communauté de Sanirajak qui participe au Programme des rangers juniors canadiens ! Ce dernier regroupe les jeunes âgés de 12 à 18 ans qui habitent dans les communautés éloignées de l'ensemble du Canada. Le secteur nord de la Défense nationale se charge d'administrer le programme au Nunavut, aux Territoires du Nord-Ouest et au Yukon.

S'embarquer dans les rangers juniors peut s'avérer une aventure de chasse et de pêche dans la toundra comme dans les bois. Mais, cela peut être également la chance d'apprendre à faire des n¦uds, à donner les premiers soins ou à construire des umiaga (petits bateaux servant à récupérer les phoques) ou des kamuttit (longs traîneaux en bois). Un comité composé d'aînés, de rangers, de parents et de membres de la communauté se réunissent et décident des activités possibles.

« Nous leur demandons ce qu'ils veulent apprendre », explique Chuck Bachmanek, instructeur en charge de la patrouille de rangers juniors canadiens. Ce dernier estime que dans 60 % des cas, les membres de la communauté souhaitent que la formation s'oriente vers l'apprentissage d'habiletés traditionnelles alors que 40 % optent pour les habiletés typiques de rangers comme l'orientation à l'aide d'un système GPS, l'utilisation d'armes à feu, les cours de premiers soins. Rien n'empêche toutefois les jeunes de toucher à plusieurs domaines. « Il y a cependant un dénominateur commun, les jeunes veulent aller en excursion », avoue Chuck Bachmanek, en ajoutant que la température en décide parfois autrement. « Les jeunes ont hâte d'aller hors de la communauté. Ils y apprennent des habiletés traditionnelles comme la construction d'un abri. Contrairement à la croyance populaire des gens du Sud, ce ne sont pas tous les Inuits et les Dénés qui passent leur temps à l'extérieur de la communauté. Certains le font, mais c'est de moins en moins fréquent. Certains ne quittent jamais la communauté », soutient Chuck Bachmanek.

Le Programme des rangers juniors canadiens est réalisé sous la supervision des rangers, des membres de la communauté formés pour intervenir en cas d'urgence. Le programme s'appuie sur le bénévolat, mais des rangers sont souvent rémunérés pour accompagner les jeunes ou pour leur enseigner des activités traditionnelles. « Nous essayons de trouver des bénévoles, et si nous n'y parvenons pas, nous embauchons des rangers. La notion de bénévolat n'existe pratiquement pas, mais ça viendra », espère Chuck Bachmanek. L'Armée, ainsi que plusieurs organisations gouvernementales, défrayent donc les coûts pour la location de véhicules, la nourriture de tous les participants, le carburant et, le matériel nécessaire aux activités. La formation donnée à la patrouille de rangers juniors canadiens à Sanirajak a coûté environ 15 000 $. Il y a 23 patrouilles rangers juniors canadiens, réparties dans l'ensemble des trois territoires et elles sont visitées trois fois par année. Les sommes engagées sont astronomiques en raison des frais de déplacement et de logement, ainsi que des coûts associés à la formation. « S'il n'y avait pas d'argent investi, le Programme des rangers juniors en souffrirait. Et puis, l'important c'est que les enfants en bénéficient », affirme Chuck Bachmanek.

Et les jeunes, qu'en pensent-ils de ce programme ? Mavis et Robert, tous deux originaires de Sanirajak, n'en sont pas à leur première participation au programme. « C'est amusant, nous sommes avec nos amis », souligne Mavis, une jeune femme de 17 ans qui rêve de devenir infirmière. « Nous apprenons quelque chose, comme construire un kamuttit par exemple », soutient Robert Innuksuk, 15 ans, qui sillonne les rues de la communauté à bicyclette, lorsqu'il ne va pas à la chasse au caribou ou à la pêche.

« Ce que les jeunes retirent du Programme des rangers juniors canadiens est proportionnel aux efforts qu'ils mettent », conclut Chuck Bachmanek. D'ailleurs, il ne s'agit pas d'aller à l'école. Les jeunes observent les aînés et ceux qui le souhaitent donnent un coup de main. Voilà l'apprentissage, version inuite. « C'est une bonne chose, ce programme. Il n'y a pas énormément d'activités à faire pour les jeunes ici et ils doivent apprendre certaines choses. C'est l'occasion », soutient le caporal Solomon Tagornak, en charge de la patrouille de rangers juniors canadiens de Sanirajak.

Après trois jours de détention, les jeunes ont donc été relâchés, jusqu'à la prochaine fois !
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