Articles de l'Arctique, 26 février 2021 : Quand les navires cassent les oreilles aux mammifères marins

26 février 2021
L’augmentation du trafic maritime en Arctique a des effets négatifs sur les mammifères marins. Les bélougas ont modifié leur route migratoire face à la pollution sonore et l’augmentation de la présence de navires en Arctique. (Crédit photo : Kevin Schafer — WWF)

L’augmentation du trafic maritime en Arctique a des effets négatifs sur les mammifères marins. Les bélougas ont modifié leur route migratoire face à la pollution sonore et l’augmentation de la présence de navires en Arctique. (Crédit photo : Kevin Schafer — WWF)

Une meilleure intégration du savoir autochtone dans les règlementations internationales est souhaitée dans l’élaboration des politiques sur le transport maritime en Arctique.

Avec l’augmentation du trafic maritime international dans les eaux arctiques, le bruit provoqué par les bateaux et la machinerie à bord s’accroissent aussi. Ils sont considérés comme une source de pollution sonore qui a des conséquences sur la faune marine et les mammifères marins qui changent notamment leur route migratoire.

Pour le directeur du Conseil québécois d’études géopolitiques et spécialiste du transport maritime dans l’Arctique, Frédéric Lasserre, il est indéniable qu’il y a une augmentation manifeste du trafic maritime international dans toutes les régions arctiques. « Du côté russe, on observe une augmentation très significative qui est largement imputable à l’exploitation des ressources sibériennes [minières et gazières] », indique-t-il en entrevue.

Le 27 aout 2017, Marc Garneau, alors ministre des Transports du Canada, avait annoncé la création de couloirs de navigation à faible impact, dans les eaux arctiques, dans le cadre du Plan de protection des océans. Un budget de 175 millions $ avait été alloué à la mise en place de mesures visant à protéger le littoral et la qualité des eaux.

À l’heure actuelle, il n’est pas obligatoire pour les navires d’emprunter ces corridors, cependant pour des raisons de sécurité, M. Lasserre estime que ces voies permettent de concentrer le trafic dans des zones bien connues. « Dès que les navires sortent de ces corridors, ils prennent le risque de tomber sur un récif ou un rocher qui n’est pas représenté sur la carte, car la cartographie n’est pas assez précise », note-t-il. La zone maritime de l’Arctique est assez mal connue encore aujourd’hui et « à peu près 15 % de la surface maritime de l’archipel arctique canadien est cartographié correctement », rappelle-t-il.

Le tracé de ces corridors de navigation n’est cependant pas optimal selon William Halliday, scientifique au sein de la Société canadienne de conservation de la faune. « Le corridor tel qu’il est actuellement proposé n’évite pas l’habitat des mammifères et ne limite pas les impacts sur l’habitat », estime-t-il.

 

Intégration du savoir autochtone

Les 24 et 25 novembre 2020, le Conseil de l’Arctique a organisé son 4e forum d’information sur les meilleures pratiques d’expédition dans l’Arctique. Accessible dans un format virtuel, cet évènement a réuni 140 participants venant des huit pays circumpolaires membres du conseil. Avec pour objectif d’améliorer la règlementation internationale du trafic maritime en Arctique, Mellisa Johnson, directrice générale du groupe des ainés de la mer de Béring, a fait une présentation sur les effets de l’augmentation du nombre de navires sur les ressources alimentaires que constituent les mammifères marins pour les collectivités de la mer de Béring sur la côte ouest de l’Alaska. « Nos sources de nourriture proviennent directement de la mer et l’augmentation du trafic affecte aussi notre mode de vie », insiste-t-elle.

L’une des solutions, selon elle, est l’incorporation systématique du savoir traditionnel des personnes ainées. Même si elle reconnait que la collaboration à l’échelle internationale aurait dû démarrer dix ans plus tôt, elle estime que les études et les données scientifiques issues des chercheurs occidentaux doivent être complétées par le savoir traditionnel.

« Le concept de coproduction de connaissances, de collaboration et de travail sur des solutions bénéficiera à chacun, dit-elle. Nous sommes en retard, mais au moins nous sommes dans la bonne direction. »

Pour Sam Davin, spécialiste de la conservation marine au Fonds mondial pour la nature, qui a aussi fait une présentation lors de ce forum, il devrait y avoir des exigences pour intégrer les connaissances autochtones dans les règlementations internationales.

M. Halliday estime, pour sa part, que des efforts supplémentaires doivent être fournis. « Je pense que le travail avec les communautés locales doit être fait et il faut créer des couloirs de navigation qui contournent des zones importantes pour les mammifères marins, juge-t-il. Une grande partie de cela doit se produire, mais ça ne se produit pas. Il y a un certain nombre d’initiatives, mais rien qui empêche réellement les navires de passer. »


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