Les sciences humaines, parent pauvre de la recherche arctique

23 juillet 2020
Le sous-financement de la recherche en sciences humaines limite le nombre de projets et leur ampleur, déplore Pauline Pic, dont la thèse de doctorat porte sur les politiques de défense et de sécurité dans la région arctique. (Crédit photo : Pauline Pic)

Le sous-financement de la recherche en sciences humaines limite le nombre de projets et leur ampleur, déplore Pauline Pic, dont la thèse de doctorat porte sur les politiques de défense et de sécurité dans la région arctique. (Crédit photo : Pauline Pic)

En Arctique, le sous-financement de la recherche en sciences humaines, y compris dans le domaine de la santé, pose un défi à leur progrès.
C’est un des constats du rapport L’état de la science arctique 2020, publié le 3 juillet dernier par l’International Arctic Science Committee (IASC), un organisme basé en Islande et regroupant des scientifiques de 23 pays.
« Selon une recherche de 2 017 de l’Université de l’Arctique, le volume de financement des sciences humaines constituait moins de 10  % du financement global de la recherche arctique entre 2007 et 2016 », écrit le président du groupe de travail en sciences humaines de l’IASC, Andrey Petrov, associé à l’Université du Nord de l’Iowa.
« Les chercheurs en sciences humaines ont un accès limité à des ressources et à des fonds, déplore M. Petrov. Pourtant, la plupart des sciences humaines exigent des voyages dispendieux, du travail de terrain laborieux dans des communautés éloignées. »

Autofinancement
Avec le cout de la vie en Arctique, notamment au Canada, aller sur le terrain est un vrai problème, corrobore Pauline Pic, doctorante à l’Université Laval et fellow dans le groupe de travail de M. Petrov. « Il faut faire le design du projet en fonction du budget », précise-t-elle.
En sciences humaines, explique Mme Pic, les doctorants doivent faire de l’autofinancement pour poursuivre leurs recherches, contrairement à leurs homologues des sciences naturelles.
En définitive, analyse-t-elle, le sous-financement des sciences humaines, aussi présent hors de l’Arctique, tue des carrières dans l’œuf.
Un historien a demandé à un membre de l’expédition Mosaic, qui vise à documenter les changements climatiques en Arctique, pourquoi il n’y avait aucun chercheur en sciences humaines à bord. « Il lui a répondu qu’il fallait avoir un vrai travail », raconte Mme Pic, dont les recherches doctorales portent sur les questions de sécurité en Arctique.

Intégrer les peuples et les savoirs du Nord
L’intégration des savoirs autochtones et la codirection des recherches avec les peuples du Nord sont censées faire partie du nouveau modèle de recherche arctique.
Du progrès reste à faire. D’ailleurs, les peuples nordiques ont été peu impliqués dans la rédaction de L’état de la science arctique 2020, de l’aveu même de ses auteurs. Le sous-financement des sciences humaines, qui n’a d’égal que celui des recherches dirigées par les détenteurs de savoirs autochtones, selon Andrey Petrov, y est sans doute pour quelque chose.
Selon l’IASC, il appartient aux chercheurs en sciences humaines ainsi qu’aux communautés et aux détenteurs de savoirs autochtones de résoudre ce défi de développer ces « nouvelles façons de savoir, transdisciplinaires et postdisciplinaires. »
Aux Territoires du Nord-Ouest, le Centre de recherches et d’apprentissages Dechinta est reconnu depuis 2018 par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada. Grâce à ses subventions, Dechinta a développé des méthodes basées sur la mise en œuvre des principes éthiques propres aux terres et aux sites autochtones, et a inculqué des compétences de recherche chez les jeunes et les membres des communautés.
Mais il faut aller plus loin, avance sa directrice générale, Kelsey Wrightson.
« C’est le temps que le gouvernement travaille avec les collectivités pour adapter ses exigences financières et administratives afin de s’assurer que le financement de la recherche nordique leur bénéficie », avance-t-elle. 
Selon Mme Wrightson, les collectivités autochtones sont les mieux placées pour diriger la recherche pour elles-mêmes.
« Comme la COVID-19 l’a démontré, ajoute-t-elle, les investissements dans les compétences locales peuvent seulement renforcer et diversifier la recherche nordique. Investir dans la recherche en sciences humaines peut assurer les compétences de recherche multigénérationnelles pour le futur. »
Andrey Petrov affirme qu’il faut du financement supplémentaire pour que les détenteurs de savoirs, les anthropologues, les épidémiologistes et autres experts médicaux puissent travailler ensemble aux impacts et de la COVID-19 et aux crises suivantes.

Des projets en cours
Pauline Pic doute que le sous-financement des sciences humaines nuise directement à l’intégration des savoirs autochtones et à la codirection des recherches.
Elle concède cependant que les sciences sociales se « préoccupent plus naturellement des questions de décolonisation des pratiques scientifiques que les sciences dures […] même s’il reste beaucoup de progrès à faire ».
Plusieurs projets à travers le monde sont à l’œuvre dans ce domaine, note-t-elle, parmi lesquels un projet associant plusieurs groupes de travail de l’IASC, dont le sien.

Des solutions
Le rapport de l’IASC ne contient pas de recommandations sur la manière d’augmenter le financement de la recherche en sciences humaines à la hauteur de celle en sciences naturelles.
À défaut de proposer une solution globale, M. Petrov suggère notamment de développer des processus de financement pour le travail de prérecherche par les collectivités arctiques. Il propose une coordination entre organismes subventionnaires pour financer les collaborations internationales et la création de programmes de subvention spécifiquement dédiés à la recherche interdisciplinaire.


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