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Les poissons de l’Arctique intéressent la Chine

Pour Daniel Pauly, professeur à l’université de Colombie-Britannique à Vancouver et créateur du projet de recherche Sea Around Us, une interdiction de la pêche industrielle en Arctique permettra de lutter contre les effets du réchauffement climatique. (Courtoisie Sea Around Us)

Pour Daniel Pauly, professeur à l’université de Colombie-Britannique à Vancouver et créateur du projet de recherche Sea Around Us, une interdiction de la pêche industrielle en Arctique permettra de lutter contre les effets du réchauffement climatique. (Courtoisie Sea Around Us)

Depuis 2018, le gouvernement chinois a clairement exprimé son intérêt pour les ressources halieutiques de l’Arctique. Face à une demande domestique croissante et un accès facilité par la disparition progressive de la banquise, la Chine souhaite prendre part aux décisions concernant la gouvernance de la région.

Dans une parution estivale du bulletin du Conseil québécois d’études géopolitiques intitulé « Regards géopolitiques », Yeukyin Chin, étudiante à la maitrise en études internationales à l’université Laval à Québec, analyse les intérêts du gouvernement chinois pour la pêche commerciale dans l’océan Arctique. Dans cette optique, la Chine a aussi exprimé son souhait de participer à la gouvernance de la gestion des ressources en Arctique.

En janvier 2018, le gouvernement chinois a publié, pour la première fois, un livre blanc sur sa stratégie dans la région arctique et « a annoncé ses intentions concernant la gestion des réserves en Arctique […] du renforcement de la surveillance et de la recherche sur les stocks et aussi de la coopération scientifique avec les états riverains de l’océan Arctique », rappelle Mme Chin dans sa publication.

 

Les raisons de cet intérêt

La surexploitation et l’effondrement des stocks de poissons en mer Jaune et en mer de Chine orientale explique en partie cet intérêt envers les stocks de poissons de l’océan Arctique. De plus, l’augmentation de la consommation de poissons par habitant qui est passée de 3,1 kg par personne en 1985 à 11,4 kg en 2019 est l’une des raisons pour lesquelles « la Chine n’a pas le choix que d’aller plus loin pour chercher du poisson afin de satisfaire le marché domestique », selon Yeukyin Chin.

Par ailleurs, les stocks de poissons importés en Chine ne sont pas tous consommés sur place. Par exemple, la moitié des ressources halieutiques de l’Alaska est envoyée dans des usines de traitement et de transformation de poissons et de fruits de mer avant d’être réexportée sur le marché des États-Unis.

 

La position du Canada

Face à l’insécurité alimentaire persistante, les collectivités de l’Arctique canadien adoptent leur propre définition du concept de la souveraineté alimentaire tout en cherchant des solutions et des moyens de les financer. La question de l’autorisation de la pêche à un pays, qui de surcroit ne fait pas partie de l’Arctique, peut poser question. Le Canada, tout comme les États-Unis et la Norvège, a mis en place des politiques restrictives dans le domaine de la pêche face aux investisseurs étrangers. Pêches et Océans Canada ne délivre des permis pour la pêche commerciale dans l’est du Canada qu’aux bateaux canadiens. Par ailleurs, « une attention particulière est accordée aux organisations autochtones dans le but de leur permettre de participer à des pêches commerciales à des fins de développement économique », indique la politique d’émission des permis pour la pêche commerciale dans l’est du Canada.

La gouvernance chinoise en Arctique

En 2013, lors de la rencontre interministérielle à Kiruna en Suède, le Conseil de l’Arctique a accueilli la République populaire de Chine en tant qu’État observateur aux côtés de l’Inde, de l’Italie, du Japon, de la Corée du Sud et de Singapour. Il y a aujourd’hui un total de treize États observateurs au sein du Conseil. Selon Daniel Pauly, professeur à l’université de Colombie-Britannique à Vancouver et créateur du projet de recherche Sea Around Us, l’État chinois a de grandes ambitions.

« J’ai l’impression que le gouvernement chinois accepte les règles du jeu du commerce international et cette attitude permet la signature d’accords. Mon interprétation des intentions de la Chine, c’est que cet état voudrait devenir une puissance mondiale. »

 

Les risques d’une surpêche en Arctique

À l’heure du changement climatique, de la fonte graduelle de la banquise et de la hausse des températures, les risques de la pêche industrielle liés à une augmentation du nombre de prises sont non seulement présents, mais aussi immenses.

« Si la pêche industrielle est autorisée [en Arctique], les populations de poissons seront réduites et il y aura moins de variants, c’est-à-dire moins d’espèces et d’individus. Il y aura aussi moins de possibilités d’adaptation […] et tout sera rompu si on ne fait rien », déplore le Pr Pauly. Cependant tout n’est pas perdu, selon le professeur qui rappelle qu’il est encore possible d’agir en mettant en place un cadre législatif fort pour la sauvegarde des stocks de poissons de l’Arctique.

« En interdisant la pêche industrielle, on gagne du temps pour diminuer l’effet du changement climatique et ces changements climatiques, on doit les combattre au niveau causal. Il faut réduire les émissions de gaz à effet de serre, car si on ne réduit pas ces émissions on va se trouver devant un cataclysme », conclut-il.


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