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Forêt : des insectes à l’assaut

Une large éclosion de tordeuses de bourgeons d’épinettes s’est produite cette année dans le sud des TNO. On peut facilement distinguer celles touchées par leur couleur orangée. (Crédit photo : Marie-Soleil Desautels)

Une large éclosion de tordeuses de bourgeons d’épinettes s’est produite cette année dans le sud des TNO. On peut facilement distinguer celles touchées par leur couleur orangée. (Crédit photo : Marie-Soleil Desautels)

Près de 14 millions d’hectares de forêt ont été épiés en 2021 par le gouvernement des TNO, afin de voir l’incidence des insectes nuisibles et d’autres maladies. Résultat ? La tordeuse des bourgeons de l’épinette et la mineuse serpentine du tremble vont… très bien !

Le ministère de l’Environnement et des Ressources naturelles surveille les forêts pour s’assurer qu’elles se régénèrent après les perturbations et que leur vigueur écologique réponde aux besoins, actuels et futurs, des Ténois. Aucun rapport sur la santé de la forêt n’a été publié depuis 2019, à cause de la pandémie et des inondations qui ont occupé les employés de l’aménagement des forêts du ministère. Après avoir observé sur le terrain que plusieurs épinettes souffraient dans le sud du territoire, nous les avons donc contactés pour prendre le pouls des arbres ténois. Voici leurs réponses*, fournies par Mike Westwick, porte-parole du ministère.

 

Question Médias ténois : Vous dites surveiller chaque année plus de 20 millions d’hectares de forêt, mais seulement 14 millions d’hectares l’ont été cette année. Pourquoi et quelles sont vos observations ?

Réponse : Les conditions météorologiques et les feux de forêt limitent l’étendue de la surveillance que l’on fait chaque année. En 2021, nous avons couvert environ 14 millions d’hectares. Les résultats les plus significatifs de cette année incluent une large éclosion de tordeuse de bourgeons d’épinettes dans le sud du territoire et une inondation significative dans les zones forestières de basse terre à cause des précipitations élevées dans le Slave Sud.

 

Q : Pouvez-vous en dire plus sur l’éclosion de tordeuse des bourgeons de l’épinette ?

R : C’était très pluvieux dans le sud des Territoires du Nord-Ouest, spécialement dans la région du Slave Sud, et plus sec dans le nord du territoire. Le printemps, qui est arrivé relativement tôt, a causé une éruption de tordeuse dans plusieurs régions du sud du TNO, touchant les forêts dominées par des épinettes blanches. Nous avons noté de très hautes populations de ces insectes dans le Dehcho et les régions du Slave Sud, ce qui a créé une défoliation sévère ou modérée. Plus de 1,09 million d’hectares ont été cartographiés comme étant touchés par la tordeuse de bourgeons d’épinettes en 2021. Étant donné que les conditions étaient humides, on a aussi noté plus de maladies fongiques, tel que des champignons parasites à l’origine de la maladie de rouille, ce qui est commun.

 

Q : Quelles sont les conséquences des changements climatiques sur les épidémies de tordeuse de l’épinette ?

R : Il n’est pas clair comment les changements climatiques affectent les populations de tordeuse dans le Nord. Nous avons toutefois constaté que les éclosions montent de plus en plus vers le nord depuis les deux dernières décennies. Cette tendance a culminé en 2015 lorsqu’une première éclosion a été observée dans le delta du Mackenzie. Depuis, les populations de tordeuse fluctuent et répondent au régime météorologique de l’année en cours avec des dynamiques régulières de population. Il y a des endroits, au-delà du cercle polaire, où les populations de tordeuse se maintiennent à un niveau élevé et défolient les peuplements d’épinettes régulièrement.

Les effets qu’aura à long terme un climat qui se réchauffe sur la dynamique des populations de tordeuse des bourgeons de l’épinette dans les Territoires du Nord-Ouest ne sont pas encore bien compris et nécessitent un suivi constant et plus de recherche.

 

Q : Dans les dernières années, la santé des forêts de trembles, attaqués par la mineuse serpentine du peuplier, a décliné au point où elles ont été placées sous plus haute surveillance. Est-ce que la mineuse est toujours aussi vorace ?

R : La mineuse serpentine du peuplier demeure très active et défolie des trembles dans toute son aire de répartition aux Territoires du Nord-Ouest. On a cartographié plus de 1,04 million d’hectares où les arbres ont été défoliés par cet insecte en 2021. L’épidémie actuelle de la mineuse est remarquable étant donné qu’elle perdure depuis plus de 25 ans. Les effets à long terme de cet insecte ne sont pas clairs, mais ça contribue à un déclin de la population des peupliers dans le sud des TNO, qui ont aussi été attaqués par un complexe de trois espèces de chenilles ravageuses cette année.

 

: Est-ce que tous les insectes et les agents pathogènes observés aux Territoires du Nord-Ouest sont des espèces locales ?

R : Oui, tous les insectes et agents pathogènes d'importance sont originaires d’ici. Quelques insectes nuisibles secondaires, comme la tenthrède mineuse de Thomson, ne sont pas natifs d’ici, mais sont présents depuis des années aux TNO [cet insecte a vraisemblablement été introduit au Canada depuis l’Europe il y a quelques décennies].

Q : Sur quels autres projets travaille votre division ?

R : La division de la gestion des forêts mène plusieurs projets dont le but est d’accroitre notre compréhension des changements climatiques sur les écosystèmes forestiers. En plus de surveiller annuellement la santé des forêts – ce qui inclut de noter les impacts d’organismes nuisibles et de maladies aussi bien que les conséquences liées à des facteurs environnementaux comme les inondations, le vent, les dommages de la neige, la sècheresse, etc. –, la division examine, grâce à des mesures détaillées, la croissance d’arbres répartis dans des parcelles d’échantillonnage permanentes à travers tout le territoire et développe des inventaires de végétation qui fournissent de l’information sur son statut actuel. Les inventaires sont mis à jour avec les nouvelles informations recueillies sur le terrain, tandis que la forêt grandit ou brule, ce qui fournit des détails importants sur la dynamique de la végétation à travers le temps.

*Les réponses ont été éditées pour une meilleure compréhension.

 

Perturbations abiotiques ou biotiques ?

Les perturbations façonnent les forêts du Canada et elles peuvent être abiotiques ou biotiques. Une perturbation naturelle est dite « abiotique » si elle découle d’un facteur environnemental indépendant des êtres vivants, tels que le vent, le gel, la sècheresse ou un incendie allumé par la foudre. La principale perturbation abiotique aux Territoires du Nord-Ouest est représentée par les incendies de forêt. La deuxième ? Les inondations et la nappe phréatique qui augmente en hauteur à cause, notamment, du dégel du pergélisol. À ces endroits, on verra de plus en plus de forêts dites « ivres », car les arbres finissent par mourir à cause de l’excès d’eau dans le terrain.

Les perturbations biotiques sont, elles, causées par les parties vivantes des écosystèmes, tels que les insectes, les champignons ou les bactéries.


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