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Fin des thérapies de conversion : une loi révolutionnaire pour la communauté LGBTQIA2+

La loi instaure des peines d’emprisonnement allant de deux à cinq ans. Fait notable, il est également interdit de bénéficier d’une telle pratique. (Crédit photo : Jakayala Toney)

La loi instaure des peines d’emprisonnement allant de deux à cinq ans. Fait notable, il est également interdit de bénéficier d’une telle pratique. (Crédit photo : Jakayala Toney)

Le 8 décembre 2021, le Canada a adopté à l’unanimité une loi visant à interdire les thérapies de conversion. Ces pratiques, largement controversées, ont pour but de changer l’orientation sexuelle, l’identité de genre ou l’expression de genre d’un individu.

« La thérapie de conversion est une pratique extrêmement nocive, réagit Chelsea Thacker, directrice générale de l’organisation Rainbow Coalition of Yellowknife. Elle consiste à utiliser différentes méthodes pour empêcher les personnes LGBTQIA2+ de vivre authentiquement ». Également appelées « thérapies réparatrices », ces méthodes sont dénoncées depuis quelques années par les victimes et la communauté scientifique, à cause de leurs conséquences dévastatrices sur la santé mentale, leur inefficacité et surtout leur dangerosité. « En forçant les gens à essayer de changer qui ils sont fondamentalement, nous finissons par les blesser plus que nous n’aurions jamais pu l’imaginer, c’est comme proposer aux gens de modifier leur ADN. Être lesbienne, gay ou transgenre, les gens naissent ainsi. Pourquoi aurait-on le droit de dire aux gens de modifier leur identité ? Pourquoi ? Les gens qui essaient juste d’être eux-mêmes essaient juste d’être eux-mêmes ! Ils ne font de mal à personne », se révolte la directrice.

 

28 % d’hommes GBT2Q concernés aux Territoires

L’enquête « Sexe au présent », dirigée par le Centre de recherche communautaire et publiée en 2020, démontre que 28 % d’hommes GBT2Q ont été confrontés à des thérapies de conversion aux TNO, 47 000 hommes au Canada. Ce rapport a permis de mettre en lumière les retombées psychosociales de ces « thérapies ». Pour preuve, la majorité des répondants évoquent des épisodes de dépression, d’anxiété, un isolement social ou encore une sortie du placard tardive. « Je ne sais pas si les gens connaissent vraiment la réalité de ces pratiques, soulève la directrice. Ce n’est pas seulement psychologique, comme les interventions thérapeutiques pour essayer d’amener les gens à changer leur façon de penser. On parle de thérapie par électrochocs, de méthodes de torture, d’abus émotionnels de procédés vraiment traumatisants avec lesquelles les victimes vivent encore aujourd’hui », dénonce-t-elle tout en qualifiant la pratique de « dévastatrice pour la santé mentale ».

Poursuivre les combats

Il aura fallu des années avant l’adoption de cette loi historique. Il s’agissait d’ailleurs de la troisième tentative d’interdiction de cette pratique proposée par le gouvernement Trudeau. Cette version finale a néanmoins permis d’élargir les conditions et d’inclure les adultes. Les propositions précédentes criminalisaient uniquement ces actes lorsqu’ils concernaient des enfants ou avaient un caractère coercitif. Pour Chesea Thacker, ce laps de temps traduit le manque d’intérêt des instances politiques en ce qui concerne les droits des communautés LGBTQIA2+. « Je pense honnêtement que le gouvernement fédéral et la majorité de la population ne souhaitaient pas intervenir au sujet de cette pratique. Ces communautés n’ont pas été une priorité pour le gouvernement, même si nous agissons pour que celui-ci nous considère comme des individus, comme un groupe de personnes qui a besoin d’un soutien financier », plaide-t-elle. Depuis l’adoption de la loi, l’existence et la promotion desdites thérapies sont désormais criminelles. Les contrevenants s’exposent à des peines allant de deux à cinq ans de prison.

À Yellowknife, l’équipe de la Rainbow Coalition poursuit ses missions de défense des droits LGBTQ2+, notamment la lutte contre l’homophobie et la transphobie dans les milieux scolaires. « Nous avons eu connaissance de tel problème dans presque toutes les écoles de Yellowknife, ce qui est vraiment triste et stressant, car nous savons que nos élèves sont déjà confrontés à beaucoup de défis », avance Chelsea Thacker. L’association milite également pour la reconnaissance de droits essentiels et propres à la communauté comme un accès facilité aux traitements hormonaux et aux chirurgies d’affirmation de genre.

 
Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, annonce le 8 décembre sur son compte
Twitter l’interdiction de cette pratique «haineuse et néfaste» tout en rappelant que
« les droits des LGBTQ2 sont des droits humains ». (Crédit photo : Harry Quan)


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