19e assemblée législative : Femmes au pouvoir

Caroline Cochrane quelques minutes après son élection au poste de première ministre ténoise, se rend compte qu’elle est la seule femme à diriger un gouvernement territorial ou provincial au pays. (Crédit photo : Batiste Foisy)

Caroline Cochrane quelques minutes après son élection au poste de première ministre ténoise, se rend compte qu’elle est la seule femme à diriger un gouvernement territorial ou provincial au pays. (Crédit photo : Batiste Foisy)

La première ministre Caroline Cochrane promet de diriger « le gouvernement le plus progressiste de l’histoire de TNO ».

 

Élue première ministre par une majorité de députés le 24 octobre, Caroline Cochrane entend faire sa marque avec un style de gouvernance moins rigide et plus près des gens.
« Nous serons le gouvernement le plus progressiste de l’histoire des TNO », a-t-elle lancé en Chambre immédiatement après l’annonce de son élection dans un discours improvisé.


En point de presse, elle précise davantage ce qui constitue, à ses yeux, un gouvernement progressiste.
« C’est une question d’équilibre, répond-elle du tac au tac. Cela signifie ne pas seulement investir dans l’infrastructure et l’économie. On m’a souvent dit dans l’Assemblée précédente que le meilleur programme social est un emploi. À mon avis, en tant que femme, en tant que travailleuse sociale, je pense que l’emploi fait partie de la solution, mais que ce n’est pas toute la solution. »


« J’ai bon espoir que nous aurons un gouvernement plus équilibré, poursuit-elle. Nous placerons les gens, l’infrastructure et les programmes sur un même pied d’égalité. »
Appelée à présenter sa façon de gouverner, la première ministre martèle l’importance de tenir compte des avis externes. « Il ne suffit pas de consulter. Ce mot est galvaudé. Il ne faut pas simplement consulter; il faut faire participer. »


Élue après trois tours de scrutin, Caroline Cochrane devra composer avec une Assemblée où elle ne compte pas que des alliés. C’est encore par la concertation qu’elle espère rallier le consensus.
« Depuis trop longtemps, le conseil des ministres a pris l’habitude de séparer la Chambre en deux : notre côté et le leur, affirme la première ministre. Notre Assemblée est un cercle, nous devons honorer ce symbole. […] Il faut travailler de concert avec les députés. Ils sont importants. Ils représentent les gens. Maintenir une approche antagoniste ne bénéficiera à personne. Nous devons nous rappeler que nous travaillons pour les gens; pas pour nos propres intérêts. »

Gouvernement féminin
L’élection d’une femme au plus haut office du territoire, la première depuis le gouvernement de Neillie Courneyea durant les années 1991 à 1995, a valeur de symbole et la principale intéressée assume le rôle.
« Ce n’est pas suffisant d’avoir élu neuf députées. Si la Chambre avait élu un homme comme président d’Assemblée et comme premier ministre, nous n’aurions toujours pas été égales. Je suis heureuse que les députés aient fait le choix qu’ils ont fait. Il était temps que les femmes aient leur place autour de la table. »
Dans le reste du pays, en revanche, les hommes dominent. La nouvelle première ministre est la seule à la grandeur du pays. Quand la galerie de la presse — tous des hommes — lui fait la remarque, la nouvelle élue s’émeut : « Nous étions les pires au pays [au chapitre de la représentation des femmes en politiques], maintenant nous sommes les meilleurs, note la première ministre. C’est important d’avoir des modèles. […] Le problème ce n’est pas que les électeurs ne veulent pas de femmes, c’est que les femmes ne se présentent pas. En étant un modèle, je suis persuadé que nous augmenterons la présence des femmes en politique. Oh, mais je vais me sentir bien seule [au conseil de la fédération]. Je me rends tout juste compte que je vais être la seule première ministre. J’espère que [ça changera] lorsque les autres provinces et territoires tiendront des élections. Et je dis aux électeurs canadiens : osez les femmes ! »


Mère monoparentale décrocheuse devenue travailleuse sociale après un retour aux études dans sa trentaine, Caroline Cochrane n’a pas un profil de politicienne classique. Celle qui a ravi la circonscription de Range Lake à Daryl Dolynny en 2015 avant de prendre place au conseil des ministres de Bob McLeod crédite sa détermination et l’accès à l’éducation — un sujet qui lui tient à cœur — pour son succès.
« L’éducation, c’est la clé. L’éducation nous affranchit, elle permet de faire tomber les barrières. Je ne serais pas à l’endroit où je me trouve aujourd’hui sans être retourné à l’école. Je le dis à tous : quoi qu’il advienne, restez à l’école, retournez-y, allez obtenir un diplôme. Ça vous ouvrira des portes. »

Conseil des ministres
Si, à l’échelle nationale, Caroline Cochrane fait face à des homologues exclusivement masculins, son conseil des ministres, lui, est résolument féminin. Sur les six postes de ministres, on retrouve quatre femmes.
Selon la tradition, le conseil des ministres est composé de deux députés provenant de Yellowknife, de deux des circonscriptions du nord et de deux des circonscriptions du sud. Ce sont deux nouvelles venues en politique, Caroline Wawzonek (Yellowknife South) et Katrina Nokleby (Great Slave), qui héritent des sièges de la capitale. Pour les circonscriptions du nord, les postes de ministres sont également attribués à des députées novices : Diane Thom (Inuvik Booth Lake) et Paulie Chinna (Sahtu). Pour la région du sud, les députés ont choisi deux parlementaires plus chevronnés, mais sans expérience ministérielle : RJ Simpson (Hay River Nord) et Shane Thompson (Nahendeh) tous deux élus pour une première fois en 2015.
Au moment de mettre sous presse, les portefeuilles n’avaient pas encore été attribués. La désignation des offices ministériels est le privilège de la première ministre qui peut également modifier les titres des ministères.

Priorités
Après l’élection du gouvernement, l’Assemblé législative a tenu son caucus de planification stratégique. Sous la présidence du député de Yellowknife Nord, Rylund Johnson, les députés siégeant en égaux ont convenu des orientations principales de la législature pour les quatre prochaines années.
L’adoption de plus de 200 « priorités » par la 18e Assemblée avait été vivement critiquée, aussi les parlementaires ont-ils préféré composer, cette fois, un menu plus restreint : 22 mesures prioritaires.
Le règlement des ententes de revendications territoriales et de gouvernements autonomes en suspens trône au sommet de la liste.


Parmi les autres priorités de l’Assemblée, on retrouve notamment : la création d’une université polytechnique, l’embauche de personnel médical, la promotion de l’autonomie des régions, la diversification de l’économie, ainsi que la construction d’infrastructures telles que le barrage hydroélectrique Talston ou la route du Mackenzie.
Sur la question des changements climatiques, l’atteinte de cible de réduction des gaz à effet de serre n’est pas mentionnée. On parle plutôt d’accroitre la présence des énergies renouvelables et de tenir compte des impacts des changements climatiques dans les décisions gouvernementales.
À partir de ces priorités, le caucus développera un plan d’activités de quatre ans et un budget. Les travaux devant mener à ces ébauches débuteront dès novembre.


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