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Excuses papales : des sentiments ambivalents émergent

Le premier ministre Justin Trudeau, le pape François et la gouverneure générale Mary May Simon à la cérémonie d’accueil du pape, le 24 juillet à Edmonton. (Crédit photo : Vienna Doell – Le Franco)

Le premier ministre Justin Trudeau, le pape François et la gouverneure générale Mary May Simon à la cérémonie d’accueil du pape, le 24 juillet à Edmonton. (Crédit photo : Vienna Doell – Le Franco)

Le pape François a formulé des excuses aux survivants des pensionnats lors d’un voyage apostolique qui s’est déroulé du 24 au 30 juillet 2022. La demande de pardon exprimée à Maskwacis en Alberta le 25 juillet 2022 a été traduite en douze langues autochtones, dont le déné interprété par Jessie Sylvestre et Julius Park. Des excuses ont été renouvelées lors du passage du souverain pontife à la ville de Québec et à Iqaluit au Nunavut.

Nelly Guidici

Ce voyage, présenté comme « pénitentiel » par le pape fait suite à la rencontre des trois délégations des Premières Nations, des Métis et des Inuits au Vatican en mars 2022.

« Je voudrais le répéter avec honte et clarté : je demande humblement pardon pour le mal commis par de nombreux chrétiens contre les peuples autochtones », a-t-il déclaré.

Selon Murray Sinclair, ancien commissaire en chef de la Commission de vérité et réconciliation, les excuses papales sont importantes pour les survivants et leurs familles, cependant elles se révèlent superficielles en omettant de désigner expressément le rôle joué par l’Église dans les institutions des pensionnats canadiens.

« Malgré les excuses historiques, la déclaration du Saint-Père a laissé un gouffre et a échoué à reconnaitre le rôle complet de l’Église dans le système des pensionnats, en blâmant les membres individuels de l’Église », a expliqué M. Sinclair dans une déclaration publiée sur twitter le 26 juillet 2022.

Pour Cassidy Caron, présidente du Conseil National Métis, les excuses présentées par le pape sont prometteuses et matérialisent une étape supplémentaire sur la voie de la vérité, de la justice, de la guérison et de la réconciliation. Ces paroles expriment aussi la volonté de l’Église d’aider les survivants selon la présidente. Elle estime par ailleurs que la réception des excuses du pape n’a pas eu le même effet sur l’ensemble des survivants et leurs familles et que des sentiments ambivalents ont pu émerger.

« En s’engageant dans une enquête sérieuse et en soutenant les survivants, le pape François a fait passer l’Église catholique de la parole aux actes. Plus que jamais, il est essentiel que nous nous tenions collectivement aux côtés de tous les survivants et de leurs familles dans leurs parcours de guérison profondément personnels, et que nous respections le fait que les excuses signifieront différentes choses pour différentes personnes. Toutes ces significations sont valables et méritent notre amour, notre respect et notre soutien les plus profonds », a-t-elle indiqué.

 

Une rencontre très attendue au Nunavut

Le pape a terminé son voyage par une ultime étape de quelques heures à Iqaluit, le 29 juillet, avant de repartir pour le Vatican. Lors de cette escale, le souverain pontife a rencontré en audience privée des survivants des pensionnats au Nunavut. Puis il s’est adressé au public, sur une estrade installée à l’extérieur de l’école primaire Nakasuk, et a formulé des excuses. Plus de 1000 personnes ont fait le déplacement pour cette occasion et l’émotion était palpable dans la foule.

Piita Irniq, ancien homme politique du Nunavut, s’est produit sur scène avec un tambour traditionnel qu’il a offert au pape François en fin de prestation.

« J’ai dansé avec le tambour lors de la visite du pape, car c’est notre façon à nous d’accueillir des invités remarquables dans notre collectivité », a expliqué M. Irniq, qui s’est dit très heureux de cette rencontre.

Les mots choisis et le message général du pape, exprimés dans le chef-lieu de l’Inuit Nunangat, le territoire traditionnel inuit, ont répondu aux attentes de Piita Irniq. Il a accepté ces excuses officielles, qu’il considère comme des paroles sincères et significatives.

Le chemin de la réconciliation est cependant loin d’être achevé. M. Irniq, lui-même survivant du pensionnat de Turquetil Hall à Chesterfield Inlet au Nunavut, s’attend à être contacté rapidement, ainsi que l’ensemble des survivants inuits, par la Conférence des évêques catholiques du Canada afin d’entamer les discussions nécessaires sur la suite du processus.

 

Des activités traditionnelles en marge de la visite

Le jour précédant la visite papale ainsi que le lendemain de son départ, des activités traditionnelles, des ateliers ainsi qu’un service de soutien pour les survivants ont été mis en place dans deux tentes montées aux abords immédiats de l’école primaire Nakasuk. Ces activités ont été organisées par les organismes Pauktuutit, qui représente les femmes inuites du Canada, et Qaggiavuut, dont la mission est la promotion de la culture inuite à travers les arts vivants. Pour Gerri Sharpe, présidente de Pauktuutit depuis le mois de mars 2022, ces activités étaient nécessaires afin que les survivants et leurs familles puissent faire face, dans un espace culturellement approprié, à leurs propres émotions liées à l’évocation des traumatismes subis dans ces institutions.

« Nous savions que ce serait difficile pour les personnes souffrant de nombreux traumatismes intergénérationnels et nous voulions que ces gens aient un sanctuaire pour parler et éprouver leurs sentiments de manière sécuritaire », pense-t-elle.

Gerri Sharpe a salué le pape au moment de son départ. Lors de cette brève rencontre, elle lui a montré ses tatouages traditionnels, dont plusieurs sont visibles sur son visage et ses mains. C’est la résilience de la culture inuite qu’elle a choisi d’évoquer auprès du souverain pontife qui lui a répondu par un sourire.

« Je lui ai expliqué à quel point les tatouages ??sont importants pour les Inuits et comment cette tradition s’est presque perdue. Je suis sure que j’ai exercé un impact et qu’il se souviendra des tatouages », conclut la présidente.


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