Enseignement : Délaissement de l’immersion secondaire

28 février 2019
La coordinatrice des programmes de français de la Commission scolaire 
catholique de Yellowknife, Linda Cyr. (Crédit photo : Denis Lord)

La coordinatrice des programmes de français de la Commission scolaire catholique de Yellowknife, Linda Cyr. (Crédit photo : Denis Lord)

La solution passe par des programmes plus riches et une meilleure promotion auprès des parents et des élèves.

Si le nombre d’étudiants en immersion croit dans l’ensemble du pays depuis quelques années, il diminue au fur et à mesure que progressent leurs études, avec un impact sur le bilinguisme. 

Aux Territoires du Nord-Ouest (TNO), le nombre d’étudiants en immersion est passé de 698 en 2012-2013 à 889 en 2016-2017, selon des statistiques de l’organisme Canadian Parents for French. Il a augmenté partout au Canada durant la même période.


Mais en poursuivant leurs études, les élèves ont tendance à quitter l’immersion pour retourner au côté anglais. En 2016-2017, 101 élèves étaient inscrits en première année d’immersion aux TNO alors qu’ils n’étaient plus que 25 en 12e année. Ni la démographie ni le décrochage scolaire n’expliquent ce phénomène.
Même chose au niveau pancanadien : en 2016-2017, 43 138 élèves étaient inscrits en première année, mais seulement 13 337 en 12e. Le passage au secondaire semble un moment charnière où nombre d’élèves optent pour l’école en anglais.

Causes
La directrice générale de l’Association canadienne des professionnels de l’immersion (ACPI), Chantal Bourbonnais, énumère les causes de ce délaissement progressif de l’immersion.


Lorsqu’il y a peu d’institutions postsecondaires francophones, comme c’est le cas dans l’Ouest, dit-elle, les parents s’inquiètent que le retour aux études en anglais soit difficile pour leurs enfants s’ils ont fait toute leur scolarité en immersion française. Pourtant, souligne-t-elle, il est admis que les élèves en immersion sont aussi bons dans leur langue première que les anglophones étudiant dans leur langue.


« Les parents pensent que leurs enfants maitrisent la langue s’ils ont fait six ans de français », ajoute la directrice de l’ACPI. La qualité et la richesse des programmes, en comparaison de ceux offerts du côté anglophone, peuvent aussi être un critère. « Ce qui crée un cercle vicieux, dit Mme Bourbonnais. Moins il y a d’inscriptions, moins il y a des moyens pour avoir des programmes, et vice-versa. »

Autres angles
Mme Bourbonnais croit aussi que dans les dernières années du secondaire, les adolescents ont davantage leur mot à dire, et que ce mot est souvent anglais.


« C’est un phénomène d’influences d’amis », corrobore la coordinatrice des programmes de français de la Commission scolaire catholique de Yellowknife, Linda Cyr, qui compte 22 années de travail en immersion, aux TNO, mais aussi au Nunavut et au Nouveau-Brunswick « C’est très important au secondaire. Souvent les amis sont anglophones. De plus les jeunes sont gênés de parler français. Ils ne le mettent plus en pratique. »


La Commission scolaire catholique compte trois écoles où l’immersion côtoie le programme régulier, un mélange qui n’est pas idéal, selon Mme Cyr. De plus, dans un milieu où l’anglais domine grandement, comme aux TNO, il est encore plus difficile de convaincre les jeunes de l’intérêt du français. L’immersion est pourtant garante du bilinguisme, considère Mme Bourbonnais.


Selon une analyse de Mary Allen du Centre de la statistique de l’éducation, à Statistique Canada, les jeunes qui ont pu poursuivre leur programme approfondi en français à l’école secondaire (après la 6e année) étaient beaucoup plus susceptibles de se déclarer bilingues (66 %), comparativement à ceux qui ont été inscrits en immersion à l’école primaire seulement (40 %).

Solutions
La Commission scolaire de district no 1 de Yellowknife compte également trois écoles d’immersion.
Son directeur des programmes de français, Jean-Marie Mariez, classe la rétention des étudiants en immersion comme une priorité.


« Si on pouvait augmenter l’offre de services, on retiendrait davantage d’élèves, assure M. Mariez. Il n’y a presque pas de [cours optionnels] en français alors qu’il y en a une énorme palette en anglais. »


Une des façons d’y parvenir, mentionne-t-il, serait que les deux commissions scolaires anglophones de Yellowknife donnent conjointement ces cours. Il faudrait pour cela qu’elles se fixent des balises éthiques, pour ne pas essayer de se soutirer mutuellement des élèves.


M. Mariez mise aussi sur une promotion plus forte des avantages du bilinguisme auprès des jeunes.
Mme Bourbonnais abonde dans ce sens, en y ajoutant les parents comme cible de la promotion. Mais elle souligne qu’il faut aussi plus d’universités et de collèges francophones.

Personnel
Pour Lynda Cyr, la rétention passe par l’embauche de personnel supplémentaire, avec en tête de liste un animateur culturel et un coach en littératie. « Un centre culturel aiderait aussi, assure-t-elle. Je le sais par expérience, j’ai connu ça au Nunavut et au Nouveau-Brunswick. »


En attendant, la Commission scolaire catholique de Yellowknife multiplie les activités culturelles.


Dans le passé, il y a eu des ateliers d’improvisation en français, un voyage en France. « La 7e année d’immersion tardive en français à Weledeh a déjà fait un voyage à Québec et Montréal, rappelle Mme Cyr. L’an prochain, ça pourrait recommencer. »


En mars, un chanteur québécois fera une heure de chanson en français. Il y aura un atelier d’écriture en français avec une classe de 10e année.
Mme Cyr croit en outre que la mise en place de la prématernelle il y a deux ans pourra contribuer à la rétention des francophones.

Cet article a été assigné par la rédactrice invitée de L’Aquilone, Anusha Sivakumar


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