Arts de la scène : Chants persistants

Le pianiste et chanteur Jeremy Dutcher a quatre albums à son actif, où il fait revivre la langue wolastoq (Crédit photo : Matt Barnes)

Le pianiste et chanteur Jeremy Dutcher a quatre albums à son actif, où il fait revivre la langue wolastoq (Crédit photo : Matt Barnes)

 Jeremy Dutcher insuffle lyrisme et modernité aux chants traditionnels wolastoq.

La musique autochtone a des incarnations qui dépassent le rock, le country et le folk, où d'aucuns la croient confinée. Le ténor et pianiste Jeremy Dutcher, qui sera au Northern Arts and Cultural Centre le 8 septembre, l'illustre bien, lui qui harmonise musique classique et chants traditionnels de la Première Nation de Tobique.

« Quelques fois, je ne fais que reprendre des chants traditionnels, précise Dutcher, d'autres fois, je les prends comme points de référence et j'essaie de m'imaginer comment ça sonnerait aujourd'hui. »


C'est l'utilisation du piano, et bien sûr de la voix, qui infusent à ces chants polyphonie et lyrisme, la marque de l'artiste du Nouveau-Brunswick. En spectacle, il y ajoute un peu de tambour et des bandes de chants enregistrés au début du XXe siècle. Les arrangements de son quatrième et plus récent album, « Wolastoqiyik Lintuwakonawa », nominé au Prix Polaris 2018, conjuguent à tout cela instruments électroniques et quatuor à cordes.

Survivance
Si la musique de Dutcher n'a pas besoin d'autre prétexte que sa seule beauté, elle se veut également un instrument de revitalisation de la langue wolastoq (aussi appelée malécite), qui fait partie du groupe de langues algonquiennes, et dont il ne resterait plus que quelques centaines de locuteurs, selon le compositeur. « Si on ne fait pas attention, on pourrait la perdre en une génération », dit-il.


Formé à l'opéra — qu’il ne pratique plus —, Dutcher a chanté en français, en allemand et en italien. Mais il doit encore travailler pour être capable de s'exprimer parfaitement dans sa propre langue, dont sa mère et sa tante lui ont néanmoins enseigné les rudiments dans sa jeunesse.


Dans une entrevue accordée au magazine Billboard, Dutcher confie qu'une aînée de sa collectivité, Maggie Paul, connaissant son intérêt pour le wolastoq, lui a confié que le Musée canadien de l'histoire (Gatineau, Québec) contenait des trésors. C'est là qu'il a retrouvé les archives du Service canadien d’ethnologie et du Centre canadien d'études sur la culture traditionnelle, pour lesquels l’ethnologue W.H. Mechling a transcrit et enregistré sur des cylindres de cire des chants traditionnels en wolastoq.


Librement interprétés ou livrés avec plus de fidélité, ces chants jouent un rôle majeur dans l'oeuvre de Dutcher, par ailleurs musicologue.


Personne dans son peuple ne lui a reproché sa manière de donner une seconde vie à la musique traditionnelle de Tobique. « Quand j'ai commencé [à explorer cette veine], j'ai fait mes premiers spectacles sur la côte Est, pour mon peuple, raconte-t-il. Ça a été une réponse très positive. Notre communauté encourage beaucoup les jeunes à explorer leur identité. On veut qu'on garde ça vivant. Certains étaient simplement contents d'écouter des chansons dans leur langue. Il n'y en a pas beaucoup.»


Jeremy Dutcher a enregistré de la musique, pour l'instant inédite, avec Quantum Tangle.


Il reviendra pour une tournée aux TNO du 31 janvier au 9 février.

 


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