Réconciliation : 60’s Scoop, fondation discrète en construction

Conrad Prince, le directeur de l’engagement de la future fondation soutenant les survivants de la Rafle des années 60.
(Crédit photo : 60’s Scoop Foundation)

Conrad Prince, le directeur de l’engagement de la future fondation soutenant les survivants de la Rafle des années 60. (Crédit photo : 60’s Scoop Foundation)

Le samedi 8 février, au troisième étage de l’hôtel Château Nova de Yellowknife, derrière les portes épaisses à battants, des murmures se font entendre. Quelques rires éclatent avant de s’étouffer dans un silence de plomb. À l’entrée de la salle, un panneau en lettres noires sur fond rouge : 60’s Scoop Foundation, session of engagement. Depuis le 21 septembre dernier, un groupe de personnes traverse le pays afin de rencontrer des survivants de la Rafle des années 60. À cette époque et jusqu’au début des années 90, des milliers d’enfants autochtones furent enlevés à leurs parents et vendus à des familles aux quatre coins du globe. Ces séances ont pour objectif la création de la fondation 60’s Scoop.
Dans la capitale des TNO, ils étaient environ une dizaine à franchir les portes de la salle de rencontre. Un évènement intime, interdit aux médias. Ni caméra ni appareil photo n’ont pu pénétrer dans ce sanctuaire improvisé. Les seuls échos de cette journée en huis clos, c’est le directeur de la mobilisation pour la fondation, Conrad Prince, qui les a rapportés.
« Nous nous adressons aux survivants à travers le pays et même à l’international […] pour réunir leurs espoirs, leurs aspirations et leurs rêves sur ce que devrait être la fondation », détaille-t-il. Une journée se déroule en deux temps selon M.Prince, « le matin, nous faisons se rencontrer les survivants, ils échangent autour de tables rondes. L’après-midi, nous les informons et leur posons des questions sur ce qu’ils attendent de la future fondation ».

50 millions $ investis par le Canada
À ce jour, elle est la première fondation associée à la rafle des années 60. En novembre 2017, un accord entre le gouvernement fédéral du Canada et des survivants a été signé afin de les aider et de les dédommager. De là est né le projet de fondation auquel le gouvernement a alloué un budget de 50 millions de dollars.
« Les survivants ont attendu ça si longtemps. Ç’a été vraiment un moment de grâce pour eux, précise Conrad Prince. Et nous voulons les garder au centre de cette approche. »
Que ce soit pour la société ou bien pour les survivants individuellement, il est convaincu que cette nouvelle instance sera bénéfique : « On joue un rôle critique pour rétablir nos communautés, nos familles, nous-même et rebâtir notre Nation. Cette fondation peut définitivement et positivement contribuer à la guérison des survivants. »
Conrad Prince, lui-même survivant, ne peut cacher son enthousiasme. « À un niveau personnel, c’est incommensurable », lâche-t-il, comme soulagé. Alors âgé de deux ans, il est enlevé de sa mère installée en Alberta. En déménageant du Manitoba où ces deux plus grands enfants avaient été enlevés, elle pensait que Conrad y échapperait. Ce n’est qu’en 2000 qu’ils se retrouvent, lui, sa mère et l’un de ses frères.

Toucher les communautés
« Même si ça fait des mois que l’on promeut nos séances, peu de gens des communautés sont au courant et comprennent l’objectif de la fondation 60's Scoop, c’est ça le grand défi », soutient Conrad Prince. Soixante ans après les premières rafles, les survivants sont parfois difficiles à recenser. Parfois ne sachant pas eux-mêmes qu’ils en sont. Et aux Territoires du Nord-Ouest ? « On ne sait pas exactement où tous les survivants sont situés, mais on a entendu qu’à Yellowknife il y avait des problèmes particuliers, donc nous sommes là. » Les survivants auraient déclaré être nombreux aux Territoires. « On va rester très attentifs à ces collectivités », assure-t-il.

« Honte » et « silence »
« Il y a encore beaucoup de honte et de silence sur ce sujet, même dans nos communautés », concède Conrad Prince. Du côté de l’enseignement dans les écoles, si un travail de mémoire existe déjà, seuls les témoignages des survivants pourront changer la donne, selon le directeur.
« Ce qui est très clair, c’est que les voix des survivants puissent être entendues, qu’ils puissent partager leurs histoires. Un grand travail doit être fait sur l’éducation de tous les Canadiens en général, mais également dans nos collectivités », insiste-t-il, avant d’ajouter avec conviction : « Les survivants vont jouer un rôle central. [...) [...On est les experts. »

Survivants d’ailleurs
Pour l’heure, si la majorité des témoignages viennent du Canada, certains messages viennent du monde entier comme la Nouvelle-Zélande ou du continent africain grâce au site Web de l’organisme et aux réseaux sociaux. Cependant, malgré la puissance d’Internet, ce dernier a parfois ses limites « On aura plus de détails quand les résultats de nos plateformes seront analysés, on va y arriver, mais c’est réellement dur d’arriver jusqu’à eux », explique Conrad Prince.
Concernant les survivants francophones, bien que le site soit accessible en français, il concède qu’un travail plus important doit être fourni. L’anglais est « imposé » dans l’ensemble des séances ; cependant, il assure que toutes les communautés de langues différentes sont les bienvenues : « Ils ont également droit à la parole. »
Depuis le 21 septembre à Montréal au 15 février prochain à Iqaluit, la fondation en devenir aura parcouru 10 destinations à travers le Canada. Au total, plus de 2 500 survivants ont déjà été entendus.


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