«Il y a de la beauté dans la diversité et il est normal d’être différent»

Tatenda Makwasha-Makony (Crédit photo : CDÉTNO)

Tatenda Makwasha-Makony (Crédit photo : CDÉTNO)

À l’occasion du Mois de l’histoire des Noirs, qui se déroule chaque année en février, le CDÉTNO et L’Aquilon donnent la parole à des immigrants noirs installés aux Territoires du Nord-Ouest pour qu’ils puissent raconter leur parcours et leur intégration. Nous concluons ce mois avec Tatenda Makwasha-Makonye, originaire du Zimbabwe.

Carine Ouedraogo, CDÉTNO

Tatenda est arrivée au Canada en Ontario en tant qu’étudiante en 2005. Elle a décidé de déménager dans les Territoires du Nord-Ouest ne trouvant pas du travail à la fin de ses études. Elle y habite depuis 10 ans maintenant et travaille pour le gouvernement territorial comme technicienne-chef de laboratoire.

L’un de ses plus grands défis a été l’immigration. Après l’obtention de son diplôme, il n’y avait pas de permis de travail postdiplôme pour les étudiants. « C’était un défi parce qu’il m’a fallu beaucoup de temps pour passer du statut de résident temporaire à celui de résident permanent », explique Tatenda.

Elle a ressenti plusieurs fois de la discrimination à son arrivée au Canada, faute d’éducation, se dit-elle. « Par exemple, il y avait des moments où les gens touchaient mes cheveux en pensant que ça ressemblait à une boule de coton ou autre chose, confie-t-elle. Un jour, mon professeur m’a invitée à diner chez lui et l’un des membres de sa famille est venu me “lécher” la peau pour savoir si elle avait le gout du chocolat. À Yellowknife, je suis allée dans un magasin pour acheter des fleurs, et la vendeuse m’a dit qu’elles étaient trop chères, ce qui impliquait que je ne pourrais pas me les payer. Cette expérience m’a frustrée parce que je n’avais même pas le luxe de décider si je pouvais me les offrir ou pas parce que quelqu’un l’avait fait à ma place. Une autre fois, je suis allée dans un salon de coiffure et avant même que je puisse entrer, quelqu’un m’a dit qu’ils ne faisaient pas mon “genre de coiffure ici”, me fermant la porte au nez. On me rappelle constamment que je suis différente. »

Mais pour Tatenda, depuis le mouvement « La vie des Noirs compte », une ouverture sur l’apprentissage a été mise en place et elle est heureuse de voir qu’il y a un soutien au sein de la communauté. « J’ai également remarqué, grâce à mes enfants, que certains enseignants essaient d’inclure la race comme sujet de discussion dans les classes. »

 

Difficulté et intégration

Elle n’est peut-être pas complètement intégrée, mais reconnait les progrès parcourus depuis son arrivée ici. « En matière de réseaux, je continue de construire et affiner mes relations, indique-t-elle. J’ai l’impression qu’il y a un certain niveau d’élitisme à Yellowknife. Il y a des cercles dont on ne peut faire partie que dans certaines circonstances. Je vis ce défi principalement à travers la maternité. Par exemple, vous ne pouvez faire prendre des leçons de piano à votre enfant que si vous vous trouvez pas dans le bon cercle, c’est-à-dire si vous avez des références. Lorsque j’essaie de faire participer mon enfant à certaines activités, j’ai besoin que quelqu’un se porte garant. »

 

Personnes inspirantes

Sa mère est son « roc », son pilier : « Elle a une personnalité très objective, elle a la capacité de prendre du recul et d’analyser la situation avant de s’engager, ce que j’admire », détaille Tatenda.

« Je suis également inspirée par des femmes fortes comme Michelle Obama, qui n’ont pas peur de s’exprimer et de se défendre, poursuit-elle. Au Canada, je suis inspirée par la sénatrice Ratna Omdvir, qui a présenté le projet de loi C-6 sur l’immigration et qui a été adopté le 19 juin 2019. Elle a fait du bon travail pour changer les politiques d’immigration ainsi que dans le domaine des organisations à but non lucratif. » Aux TNO [la conseillère municipale] Cynthia Mufandaedza est une source d’inspiration. « Pour elle, venir d’ici en tant qu’immigrante, voir qu’il y avait un manque de représentation noire dans la politique, et ensuite intervenir et faire en sorte que cela se produise est extrêmement inspirant. »

« J’admire aussi les immigrants qui travaillent dur, qui ont deux ou trois emplois et qui travaillent en première ligne pour subvenir aux besoins de leur famille », ajoute-t-elle enfin.

 

Vision de l’avenir

« J’aimerais que les TNO deviennent un peu comme le Yukon, qui est plus ouvert à l’immigration et avec plus de programmes, songe-t-elle. Je souhaiterais également voir plus d’intégration et d’éducation. Je suis heureuse que certaines organisations commencent à parler davantage d’inclusion et de diversité. Il serait bon que le Mois de l’histoire des Noirs fasse l’objet d’un enseignement dans les systèmes scolaires. »

« J’aimerais voir plus de personnes de couleur dans les salles de conseil et là où les décisions sont prises et voir les anciennes structures changer et qu’il y ait moins de minorités visibles au bas du totem, poursuit-elle. Il est difficile de convaincre mes enfants qu’ils peuvent être ce qu’ils veulent être, alors qu’ils ne peuvent pas le voir par eux-mêmes. Par exemple, lorsque l’ancien ministre de l’Immigration, Ahmed Hussein, était venu à Yellowknife, j’ai amené mon fils à cette réunion pour qu’il puisse voir qu’un immigrant noir peut être ministre au Canada. Tout cela pour dire que la représentation est importante pour les personnes de couleur. »

 

Souhaits pour les générations actuelles et futures

« Quand je pense à mes enfants, je voudrais qu’ils grandissent et connaissent leur valeur, conclut Tatenda Makwasha-Makonye. Il y a de la beauté dans la diversité et il est normal d’être différent. Je veux qu’ils sachent que les différences sont belles et que nous sommes plus forts quand nous nous réunissons. »


Ajouter un commentaire
Vous désirez laisser un commentaire en tant que : Anonyme
Mon compte

Politique des commentaires

L'Aquilon désire encourager des débats intelligents et respectueux entre les utilisateurs de son site Web. Nous voulons créer une plateforme où divers points de vue et opinions peuvent être exprimés sur une vaste variété de sujets.

Cependant, nous avons décidé d'établir un mécanisme de modération complète. Ainsi, tout commentaire est lu et évalué par un modérateur avant d'être mis en ligne sur le site. La modération est effectuée par les membres du personnel de L'Aquilon, selon un horaire variable. Un délai plus ou moins long peut survenir entre l'envoi d'un commentaire et son autorisation.

D'emblée, tous les articles produits par les membres du personnel et par nos pigistes permettront aux lecteurs d'émettre un ou des commentaires. Cependant, il est possible que l'option de commentaire soit désactivée en raison d'un manque de disponibilité pour effectuer la modération ou lorsqu'un article perd de son actualité.

Voici les paramètres qui guideront les modérateurs : - Éviter tout propos discriminatoire, en suivant les principes de la Charte canadienne des droits de la personne. - Éviter tout propos qui constituerait du libelle ou pourrait être perçu comme étant diffamatoire.

- Éviter le langage abusif, les injures ou les insultes

En acceptant les termes de cette politique des commentaires, vous reconnaissez que le journal ne peut être tenu responsable pour la publication de vos commentaires.

Seuls les usagers inscrits et acceptant la politique des commentaires peuvent émettre un commentaire.

Suivez-nous
Changer de ville
Sondage

Aucun sondage sur le site présentement!

Voir tous les résultats des sondages