Une oreille au sol

31 janvier 2003
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Les 28 et 30 mai 1998, en réponse à un essai nucléaire effectué par l’Inde deux semaines plus tôt, le Pakistan effectuait ses propres essais nucléaires. À chaque explosion, la vingtaine de sismographes, disposés en croix près de Yellowknife, ont détecté la détonation avant de faire parvenir les données numérisées, par satellite, à Ottawa. De la capitale, ces informations ont aussitôt été transmises à Viennes, en Autriche, où se trouve le centre de données de la Commission préparatoire du Traité d’interdiction complète d’essais nucléaires (CTBT). Laps de temps entre la détection du mouvement sismique par l’appareil et l’arrivée des données en Europe : de 18 à 30 secondes.

« Yellowknife est le seul endroit au Canada qui est véritablement une grande antenne pour détecter les essais nucléaires », d’expliquer Philip Munro, gestionnaire à la Commission géologique du Canada. « Le réseau sismologique de Yellow-knife est, en fait, la figure de proue du système canadien », de renchérir George Jensen, officier responsable à Yellow-knife.

Le réseau de Yellowknife est constitué d’une vingtaine de stations sismologiques disposées en croix. Dix de ces stations vont du Nord au Sud, alors que dix autres vont d’Est en Ouest. Chaque station est distancée d’environ 2,5 kilomètres de la prochaine. En plus des stations régulières, on retrouve aussi des stations à bandes larges, enfouies dans des voûtes creusées dans le roc.

Bien entendu, le réseau de Yellowknife ne ressent pas seulement les explosions nucléaires, mais aussi des tremblements de terre pouvant se produire à des milliers de kilomètres de distance. Les explosions minières sont aussi ressenties par les appareils, tout comme le simple pas d’une personne marchant à proximité de ceux-ci. À simplement voir la fréquence des ondes émises par les secousses, le sismologue peut très bien faire la différence entre tous ces événements.

Les sismographes sont nombreux afin de donner une meilleure idée de l’ampleur de l’événement sismologique dont les ondes traversent littéralement le noyau et le manteau de la Terre. « Comme il y a plusieurs postes, on peut utiliser cette technologie pour augmenter le signal. On peut prendre les données enregistrées par un seul poste avec celles enregistrées par un autre poste, ce qui augmente le signal. Donc les événements sont plus faciles à détecter à Yellowknife qu’en d’autres endroits où l’on ne retrouve qu’un seul poste », d’expliquer Sylvie Hayek, sismologue à la Commission géologique du Canada, qui rappelle que pour éliminer la marge d’erreur, le tout est enregistré en millièmes de secondes.

C’est au plus fort de la guerre froide, au début des années 1960, que le Réseau de Yellowknife a été construit. « Yellowknife a été choisi parce qu’il n’y a pas beaucoup d’activités sismiques dans la région. De plus, la faible population rend le sol de la région encore plus tranquille », de laisser savoir Mme Hayek. M. Munro ajoute que le sol ténois ressemble beaucoup au sol de l’ex-URSS, qui était alors sous la constante surveillance du monde occidental.

C’est au début des pourparlers en vue d’obtenir un traité sur l’interdiction des essais nucléaires que le réseau de Yellowknife a été construit. Trois autres réseaux du même type avaient aussi été construits en Écosse, en Inde et en Australie. Plusieurs scientifiques cherchaient alors un moyen de surveiller les éventuels pays signataires du traité. C’est finalement à la fin des années 1990 qu’un tel traité est intervenu. Présentement, 97 pays ont ratifié l’entente.

Même en 2003, selon M. Munro, l’importance géopolitique du Réseau sismologique de Yellowknife demeure. Bien que la Russie ne constitue plus une menace imminente pour le monde occidental, d’autres pays comme la Corée du Nord et l’Irak sont considérés comme des « États voyous » par le gouvernement américain. « L’importance du traité d’interdiction complète des essais nucléaires demeure la même. De plus, le Réseau de Yellowknife a contribué à plusieurs recherches sur les essais nucléaires et leurs conséquences géoscientifiques », de conclure Philip Munro.
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