Si les immigrants s’en mêlaient…

Extrait de l'oeuvre Réconciliation. (L'Aquilon)

Extrait de l'oeuvre Réconciliation. (L'Aquilon)


En 2008, lorsque le premier ministre Harper a offert des excuses officielles au nom du gouvernement canadien pour les violences et sévices infligés aux enfants autochtones dans les écoles résidentielles, je travaillais pour le ministère des Affaires indiennes. J’ai approché une de mes collègues pour échanger mes impressions. Je suis restée sans voix quand elle m’a révélé son indignation. Selon elle, le premier ministre n’avait pas à s’excuser alors qu’à l’époque des écoles résidentielles, beaucoup d’enfants blancs fréquentaient aussi des pensionnats tenus par des religieux et que ce n’était pas facile pour eux non plus!


J’étais sidérée et attristée, car pour moi, ce geste même s’il n’était encore que symbolique, représentait un signe d’espoir. Je m’étais mise à rêver à voir un geste similaire dans ma patrie, le Rwanda, tristement célèbre après le génocide de 1994.


Les excuses du premier ministre canadien et la mise sur pied d’une Commission de vérité et de réconciliation, étaient à mes yeux un geste porteur d’espoir et un tournant dans l’histoire de ce grand pays. Paradoxalement, mes collègues métis et autochtones étaient sceptiques ou carrément indifférents.


J’ai dès lors compris que les deux solitudes étaient si peu de chose, comparées à la solitude abyssale que peuvent vivre les peuples autochtones. Et récemment, nous avons pu nous rendre compte que le slogan de Canada 150 avait suscité bien des polémiques, le Canada n’a pas que 150 ans. La Confédération a 150 ans.


Comme immigrante ayant habité à divers endroits de ce grand pays, je me suis demandé ce que les immigrants pouvaient apporter comme contribution à la réconciliation. Je n’ai que des bribes de réponses. Les immigrants contribuent à l’économie et paient les taxes, mais cela devrait aller plus loin. Le Canada nous a offert la sécurité et la guérison de l’âme et du corps pour ceux d’entre nous qui sont arrivés avec des séquelles mentales et physiques. Nous nous devons être plus que des contribuables.

Le Canada est un pays d’immigration et la diversité y est considérée comme une richesse et non une menace. Quoique dernièrement, avec les vagues d’immigrants qui traversent la frontière avec les É.-U., certains peuvent y voir une menace. Ce n’est plus une immigration choisie, filtrée, c’est une immigration subie et cela peut en inquiéter certains.
Le fardeau de la preuve que la diversité et le multiculturalisme sont des richesses qu’il faut exploiter nous incombe, à nous les immigrants. En participant au processus de réconciliation nationale, nous devenons de vrais bâtisseurs. Il va sans dire que pour des immigrants de la première génération, le défi est de taille. Nous sommes en quelque sorte des pionniers pour nos descendants et cela peut parfois prendre des années avant que nous puissions nous sentir vraiment chez nous.

À Yellowknife, il reste beaucoup à faire pour participer dans les activités citoyennes et pourquoi pas servir de trait d’union entre les communautés autochtones, francophones et anglophones. C’est aussi notre histoire et nous devons nous participer au processus de réconciliation. Et pour donner suite à l’une des recommandations de la Commission de vérité et de réconciliation, le ministère de l’Immigration a révisé le serment de citoyenneté pour inclure le respect des traités avec les peuples autochtones. Je ne sais pas si les tests de citoyenneté ont été revus en conséquence, mais ce qui est plus important, c’est le développement des outils de formation et d’éducation des nouveaux arrivants pour y inclure le patrimoine des peuples autochtones et l’histoire douloureuse de la colonisation et du génocide culturel des peuples autochtones. Les conséquences de ces violences sont bien présentes dans nos collectivités. Nous devons y faire face de façons dignes, notamment par le dialogue citoyen, et c’est l’affaire de tous.


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