Recherche scientifique: Le Grand Nord scruté à la loupe

27 juillet 2007
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Les scientifiques s’intéressant à la région arctique ont accès à de nouvelles infrastructures montées en réseau. Appelé Qaujisarsarvik (signifiant « station de recherche », en Inuktitut), ce réseau compte huit stations réparties sur 3500 kilomètres du Nord au Sud.

Le chercheur Yves Bégin, du Centre d’études nordiques de l’Université Laval, est l’un des instigateurs de ce projet de réseau scientifique. « Nous avions des installations qui demandaient beaucoup d’amélioration pour augmenter le volume de recherches. Le réseau permettra de travailler dans plusieurs zones climatiques et sur plusieurs sites », explique-t-il. Il facilitera aussi la tâche des chercheurs au point de vue logistique, alors qu’en plus des laboratoires, elles pourront les héberger lorsqu’ils doivent séjourner dans le Nord.

Il fallait s’en douter, le réseau servira grandement aux scientifiques intéressés par les divers changements que subit l’environnement septentrional. « Les changements environnementaux transforment les écosystèmes et les populations qui y habitent. Nous étudions l’influence que l’homme peut avoir sur l’environnement », laisse entendre M. Bégin.

Pour illustrer l’impact de ces changements, le scientifique utilise le simple exemple du gel ou du dégel des rivières. Ainsi, si un troupeau de caribou a l’habitude de traverser un cours d’eau vers la fin de l’hiver, mais que le dégel de la rivière est précoce, les conséquences de ce changement peuvent être importantes pour le troupeau, comme pour les hommes en font la chasse.

« En trame de fond, nous constatons que les changements climatiques sont variables selon les régions et les milieux naturels », indique le chercheur spécialisé dans l’étude de l’influence des réservoirs hydrauliques et des grands lacs sur le climat et les écosystèmes environnants.

Pour lui et la soixantaine de chercheurs utilisant les installations du Réseau, les stations de recherche et les plus de 80 stations météorologiques y étant rattachées permettent de prendre « un cliché annuel » de la situation.

« Les changements sont beaucoup pus rapides que ce que l’on anticipait. Dans les projections, on pensait que c’était quelque chose qui concernerait les générations à venir. Il devient clair, d’année en année, que les changements sont visibles et marqués », dit-il.

Les Autochtones sont impliqués

ien sûr, les premiers touchés par ces changements seront « les gens qui résident là-bas et qui vivent des ressources naturelles et de ce territoire », donc, les nations autochtones et inuites.

Parmi les changements évidents, on parle du passage du mode de vie nomade à la sédentarité en quelques décennies seulement. Sans compter le fait que 60 % de la population inuite est âgée de moins de 25 ans, « ce qui crée une très grande pression démographique », selon M. Bégin.

Si bien que les nations autochtones et inuites ont répondu « présentes » pour participer au projet de réseau, financé par divers organismes comme la Fondation canadienne de l’innovation et le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport du Québec.

D’abord, les Premières nations sont propriétaires de certaines des installations utilisées dans le réseau. Ensuite, les chercheurs se font un point d’honneur de partager leurs découvertes avec les principaux intéressés. « Ce n’est pas toute l’information qui est digestible. Parfois, une grande découverte ne peut être lue que par dix à vingt chercheurs dans les revues spécialisées. Nous nous assurons donc de faire un transfert adéquat de l’information sur le site Internet que nous faisons en commun avec les organismes en charge du développement de ces territoires », d’expliquer Yves Bégin.

Les yeux du monde tournés vers l’Arctique

En cette Année polaire internationale, il va sans dire qu’un tel projet vise à stimuler la recherche canadienne dans l’Arctique. « Mais nous visons d'éventuels partenariats internationaux », précise M. Bégin. Ainsi, le Centre d’études nordiques, issu de la collaboration entre l’Université Laval, l’Université du Québec à Rimouski et l’Institut national de recherche scientifique - Eau, terre et environnement, entretient des relations avec une vingtaine de pays.