Recherche: Identité et migrations

21 novembre 2008
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Lindsay Bell est aide-enseignante à l’école Boréale de Hay River. Ce n’est pas son premier séjour dans cet établissement puisqu’elle a travaillé un an sous la direction de Lorraine Taillefer. En revanche, c’est la première fois qu’elle est dans le Nord avec un sujet de recherche scientifique. Elle est en troisième année de doctorat au Centre de recherche en éducation franco-ontarienne (CREFO) sous la tutelle de Mme Heller, l’une des autorités scientifiques les plus reconnues en matière de politique linguistique en milieu minoritaire au Canada.

Le sujet de la thèse de Mme Bell concerne à la fois l’identité francophone et des liens avec la migration de la main-d’œuvre. Quel rôle joue la mobilité économique dans la construction de l’identité et de la communauté? Mme Bell fait partie d’une équipe de chercheurs installés dans plusieurs lieux du pays, elle est chargée d’effectuer une recherche dans la communauté francophone des TNO.

« On essaye de suivre les migrations des populations francophones, explique-t-elle. Quand l’industrie dans l’est du Canada s’effondre, certains partent pour travailler ailleurs. Dans ce cas, comment ces gens utilisent les réseaux communautaires? Quel rapport les habiletés linguistiques ont-elles avec la mobilité de la main-d’œuvre? Quand on veut comprendre les migrations, il faut comprendre l’identité. » Outre les compétences linguistiques, Mme Bell examine d’ores et déjà les réseaux économiques. « On trouve beaucoup de Québécois dans le secteur primaire et des Acadiens dans le secteur public. Est-ce que c’est relié à des habiletés dans le travail? Ici, par exemple, des réseaux sont déjà bien installés selon les secteurs de recrutement. On peut se poser la question de savoir si une construction identitaire peut se faire dorénavant non plus en fonction d’un attachement à une terre d’origine, mais plutôt au sujet d’une mobilité économique. »

Pour mener sa recherche, Mme Bell entreprendra dès janvier prochain une série d’entretiens avec des francophones des TNO. Il s’agit d’écouter leurs histoires de vie. « Les statistiques ne peuvent pas rendre compte des réalités humaines. Dans ma recherche, il s’agit de trouver des liens plutôt que de faire des comparaisons. » Cette étude est suivie de près par le Conseil de développement économique des TNO ainsi que par la Fédération franco-ténoise. « Dans les années 1980, le gouvernement fédéral voulait protéger les langues et les cultures. Mais dans les années 1990, il y a eu un changement de discours. De protecteur, le gouvernement est passé à producteur. C’est-à-dire que la langue a été considérée comme une ressource économique, notamment dans le tourisme. Par exemple, des produits et services en français peuvent être vendus aussi bien au niveau national qu’au niveau international. » Cet aspect de langue en tant qu’atout économique est utilisé dans les discours des recruteurs, qui valorisent le fait que là où ils ont besoin de main-d’œuvre, si ce sont des francophones, ils pourront trouver des services en français. Politique linguistique et économie vont à présent de pair. « La mobilité change les questions de droit, les identités sont plus fluides. Comment fait-on des politiques autour de ça? Les identités deviennent moins concrètes, quel système de pouvoir se met en place autour d’une langue dans un lieu donné et comment la langue joue dans ce système? » Réponse en mai 2009.