Se retrouver dans l’eau glacée… : Peut-on survivre ?

19 décembre 2003
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Le vendredi 12 décembre dernier, le Dr Gordon Giesbrecht subissait une 35e hypothermie à vie. À cette occasion, il étudiait la perte de chaleur par la tête chez un homme submergé dans l’eau glacée. Un peu fou comme expérience ? Peut-être, mais des vies ont été sauvées grâce à ce professeur de l’Université du Manitoba, spécialiste des hypotheramies et des engelures.

« J’étais guide en forêt, au début des années 1980 et l’un des gros sujets de discussion autour du feu de camp était l’hypothermie. J’ai toujours été intéressé par ça et je suis retourné à l’université pour faire un baccalauréat. Ensuite, à la maîtrise, je cherchais un sujet de thèse et j’ai trouvé un poste avec supervision médicale sur l’hypothermie. C’était en 1986 et je fais ça depuis ce temps », raconte celui qui avait été invité par les Forces armées canadiennes pour parler de la survie en températures froides.

Selon lui, il y a encore beaucoup de perceptions fausses face à l’immersion en eau glacée. « Un bon nombre de gens pensent que si l’on va en eau glacée, on aura une hypothermie sévère en quelques minutes. La réalité et la physiologie de la situation, c’est qu’au début, il sera difficile de respirer. On fait de l’hyper-ventilation et il suffit de contrôler sa respiration. Ensuite, ça partira. Nous disons aux gens qu’ils ont une minute pour prendre le contrôle de leur respiration. Ensuite, dix minutes d’activités physiques nécessaires pour s’en sortir et environ une heure de conscience. Ça donne le principe que nous n’avons pas à tout faire dans la première minute. Il suffit de survivre la première minute et ensuite essayer de monter sur la glace. Si on n’y arrive pas, on se place en position sécuritaire et on arrête de batailler, puisque les choses ne s’amélioreront pas ».

Au cours de la conférence offerte aux militaires, aux policiers et au personnel responsable des missions de recherche et de secours, le professeur a fait valoir que si quelqu’un ne pouvait s’en sortir, il avait à étendre ses bras sur la glace, devant lui. « La personne doit espérer que ses bras gèlent sur la glace avant de perdre conscience. Ainsi, lorsque ça arrivera, elle ne glissera pas sous l’eau et ne se noiera pas ». Le Dr Giesbrecht a même fait remarquer que des personnes avaient été sauvées puisque leur barbe était restée collée sur la glace, leur évitant ainsi la noyade, malgré la perte de conscience.

« C’est bien comme travail, puisque je vois des résultats. Je peux partager l’information de manière différente. Quelqu’un m’a déjà dit qu’il avait vu mon documentaire sur le canal Discovery et qu’un mois et demi plus tard, il est passé à travers la glace et qu’il a fait tout ce qu’il a appris dans le documentaire et il s’en est sorti », se souvient le scientifique.

En fait, le Dr Giesbrecht a fait trois vidéos de la sorte. Au cours du premier vidéo, on le voit passer à travers la glace alors qu’il pratique le ski de fond. Absolument frigorifié, il y explique les différentes étapes à suivre pour s’en sortir. Dans le second vidéo, il se retrouve à l’eau alors qu’il fait de la motoneige de nuit et qu’il ne voit pas l’eau libre devant lui. Portant des vêtements non flottants, l’intervention des secouristes lui est nécessaire pour éviter la noyade. En six minutes, il n’avait plus l’énergie ou la force de tenter de nager pour rejoindre les glaces, contrairement à son compagnon, qui portait un habit de motoneige flottant. Enfin, le troisième vidéo porte sur la survie après s’être retrouvé à l’eau, sans moyen de locomotion pour retourner à la civilisation. Pour l’occasion, il a passé une nuit complète en forêt après s’être retrouvé en eau glacée.

« Je ne fais pas beaucoup de démonstrations comme celles-là. La plupart du temps, je fais ça en laboratoire. Je suis branché sur une machine et il y a un médecin avec moi et c’est très bien contrôlé », laisse entendre celui qui a atteint le plus bas niveau de température corporelle au cours d’une expérience scientifique. Alors que la température corporelle de l’humain doit être de 37,5 degrés Celcius, lui s’est retrouvé à 31,2 degrés. Selon M. Giesbrecht, le point risqué est de 28 degrés. Cependant, chaque degré constitue une énorme différence dans la manière avec laquelle le corps réagira. « À 33 degrés, nos sujets ont pris un bain chaud et sont repartis poursuivre le reste de leur journée. À 32 degrés, ils étaient totalement exténués », dit-il.

« Je fais moi-même ces expériences pour plusieurs raisons. La première, c’est qu’elles sont brutales et je veux le faire pour dire aux autres sujets que je les ai moi-même faites et que je sais ce dont je parle. Je ne leur demande pas de faire des choses que je ne ferais pas moi-même. L’autre raison, c’est que si je peux en faire l’expérience, ça m’aide à expliquer les résultats au public », d'expliquer le scientifique dont les tests médicaux n’indiquent aucun problème cardiaque.

« Si l’on refroidit quelqu’un de trois ou quatre degrés, il n’y a pas d’effet secondaire majeur. Nous avons eu quelques personnes qui ont été dans l’eau froide longtemps et qui ont senti leurs doigts engourdis pendant un bout de temps, mais ce sont des dommages locaux aux tissus. Il n’y a pas de dommage aux organes vitaux ».