Hydroélectricité : Périls en amont de la rivière Slave

18 janvier 2018
Les projets des barrages Site C et Amisk se situent en Colombie-Britannique et en Alberta. (Source : Ressources naturelles Canada)

Les projets des barrages Site C et Amisk se situent en Colombie-Britannique et en Alberta. (Source : Ressources naturelles Canada)

Le barrage Site C rencontre une opposition marquée aux Territoires du Nord-Ouest.
 

Le chapitre ténois du Conseil des Canadiens appuie financièrement et moralement la poursuite intentée par les Premières Nations West Moberly et Prophet River contre la société d’état BC Hydro, dont le futur barrage sur la rivière de la Paix aura des impacts jusqu’aux Territoires du Nord-Ouest.


La poursuite, en vertu des droits constitutionnels garantis par le Traité 8, a été annoncée par le bureau d’avocats spécialisé en droits autochtones Sage Legal, le lendemain du jour où le vérificateur général de la Colombie-Britannique déclarait qu’il ne finaliserait pas le travail d’évaluation, interrompu en août 2017 pour laisser la place à la Commission des services publics. « Ça aurait pourtant permis au Premier ministre de la Colombie Britannique John Horgan de s’en sortir avec dignité », de commenter Lois Little, coprésidente du chapitre ténois du Conseil Canadien, un organisme citoyen engagé dans la promotion de politiques progressistes dans les enjeux sociaux, environnementaux et économiques.


La directrice de la Coalition Slave River et gestionnaire des terres et des ressources de la Première Nation de Smith’s Landing - Becky Kostka - a indiqué que pour l’instant, cette communauté ne pensait participer à aucune mesure judiciaire. Mais son chef John Tourangeau a déclaré que l’eau ne s’arrêtait pas à la frontière provinciale de la Colombie-Britannique. « Le bassin versant au complet sera touché par ce barrage, a-t-il ajouté, incluant les poissons, les orignaux, les rats musqués et bien sûr les gens, pas seulement les détenteurs de droits autochtones, mais tous les Canadiens. Nous ne soutenons pas ce barrage, ni les suivants. »

Impacts
Le Site C sera le troisième barrage établi sur la rivière de la Paix, un affluent de la rivière Slave, qui, elle, se jette dans le Grand lac des Esclaves. Un autre barrage, appelé Amisk, est à l’étape de projet en Alberta, toujours sur la rivière de la Paix. On ne peut que présumer des impacts de ces barrages sur les Territoires du Nord-Ouest, mais les effets du barrage Bennett construit en 1968, étayés par plusieurs études, peuvent servir d’étalon de mesure. Le barrage Bennett, avec ses 70.3 kilomètres cubiques, est un des réservoirs les plus gros au monde.


En 2013, dans une lettre au gouvernement de la Colombie-Britannique, le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest commentait le futur Site C en soulignant les impacts du barrage Bennett déjà observés par les scientifiques. Ceux-ci avaient notamment remarqué une diminution de 33% de la charge sédimentaire dans le delta de la rivière Slave, son assèchement et sa baisse de productivité. Les chercheurs Juanetta Sanderson, Andrea Czarnecki et Derek Faria avaient constaté une augmentation de 75% des débits d'hiver moyen et une diminution du débit de pointe moyen du printemps de 20% dans les rivières Slave et de la Paix.


Ces transformations ont été constatées par la population. « Le delta Paix-Athabasca s'est asséché, assure le président du club de kayak de Fort Smith, Don Jaque. Les populations de rats musqués et de castors ont diminué, ça a affecté l’industrie du trappage. » Pour M. Jaque et d’autres observateurs, le barrage Bennett, en régularisant le débit du cours d’eau, a mis fin aux inondations qui apportaient la vie au delta en transportant les nutriments. Reste que les études scientifiques sont plus circonspectes, suggérant que certains phénomènes puissent avoir d’autres causes.
N’empêche, Don Jaque déplore que les surverses soient effectuées sans notification, sans considération pour les motoneigistes et les trappeurs, et qu’elles fragilisent la route de glace.
« Et en ajoutant des barrages, assure-t-il, on va multiplier les problèmes. »

Ententes transfrontalières
« Alors que l’Organisation des Nations-Unies [par le biais de son Comité du Patrimoine mondial pour l'éducation, la science et la culture, ndlr] a recommandé d’abandonner le projet à cause son impact sur le delta de l’Athabasca [le plus grand delta intérieur d'eau douce en Amérique du Nord, ndlr] et sur le parc Buffalo, le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest ne s’est pas prononcé, s’indigne Lois Little, et celui de l’Alberta a été silencieux. Le silence de ces gouvernements me stupéfie. Ça me fait questionner la valeur de ces ententes transfrontalières. »


Les Territoires du Nord-Ouest doivent renégocier leur entente avec l’Alberta si cette province décide d’ériger le barrage Amisk alors que l’évaluation environnementale de celui-ci a été repoussée à 2020.


Quant à l’Alberta, où coule la rivière de la Paix avant d’arriver aux TNO, elle négocie actuellement une entente avec la Colombie-Britannique.


« Nous avons discuté des barrages qui existent déjà en Colombie-Britannique et du Site C », précise le directeur du Secrétariat transfrontalier d’Environnement et Parcs Alberta, Brian Yee, ajoutant qu'il n’est pas approprié de rendre ces discussions publiques.
M. Yee affirme que les barrages Site C et Amisk seront du type « au fil de l’eau ».
«Vous ne remarquerez pas les effets, assure-t-il. La modélisation du barrage du site C a indiqué que son incidence est de moins d’un centimètre sur les niveaux d’eau dans la rivière de la Paix dans les alentours du delta Paix-Athabasca. On peut s’attendre à ce qu’ils soient encore moindre rendus à la frontière entre l’Alberta et les Territoires du Nord-Ouest. »


Une affirmation que réfute totalement Becky Kostka, de la Coalition Slave, assurant que les barrages Amisk et Site C ne sont pas de vrais barrages « au fil de l’eau » : « Les deltas Paix-Athabasca, des Esclaves et Mackenzie seront durement frappés. Ces nouveaux barrages seront les clous dans le cercueil de ces cours d’eau ». Un récent rapport de l’Institut Pembina ne démontrait aucune quantité significative de mercure dans les poissons du delta Paix-Athabasca, mais Mme Kostka s’inquiète que l’addition de barrages ne se traduise par une augmentation de celui-ci.

Mathématiques
Toutes les ententes négociées ou à négocier dans le cadre de la gestion des eaux transfrontalières du bassin versant du fleuve Mackenzie n’ont pas force de loi et sont sujettes à la bonne volonté des parties impliquées. Le gouvernement ténois affirme néanmoins que l’entente cadre contient des mécanismes permettant d’amener un litige à un niveau juridique.


Selon l’analyse de Don Jaque, on peut s’opposer à ces projets, négocier gouvernement à gouvernement, aller en cour sur les droits, mais c’est ultimement l’économie qui dicte les décisions. Or, pour lui et Lois Little, les barrages ne sont plus rentables aujourd’hui. « Le prix du kilowattheure généré par les énergies alternatives est de plus en plus bas, de dire Don Jaque, alors que les coûts de la construction, du transport et de la main d’oeuvre ont augmenté. Les calculs doivent tenir compte de tout ça et du marché. Et si la Colombie-Britannique construit le Site C et qu’il n’a pas besoin de toute l’énergie produite, elle va la vendre à bas prix à l’Alberta, ce qui rend leur projet non viable. Si les décideurs de l’Alberta sont intelligents, ils vont prendre ça en considération.»


À ce type de calculs, M. Jaque ajoute, dans le cas du Site C, la valeur sociale et environnementale des terres agricoles et des résidences qui seront englouties en Colombie- Britannique, et les impacts en aval sur le mode de vie traditionnelle. Les bénéfices ne sont pas assurés, mais il est quand même convaincu que le Site C se fera. Pourquoi?
« Le gouvernement britanno-colombien a ignoré les recommandations de la Commission des services publiques de ne pas poursuivre le projet, rappelle Lois Little, c’était très intéressant. Plusieurs croient qu’il va de l’avant pour fournir de l’énergie à l’industrie du gaz liquéfié dans le Nord de la Colombie-Britannique. »
Le Conseil des Canadiens entend faire pression sur le gouvernement fédéral pour qu’il révoque le permis du Site C. Le député de Frame Lake Kevin O’Reilly a l’intention d’amener ce dossier devant l’Assemblée législative lors de la reprise parlementaire en février.
 


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