Les Évadés - Chronique aventure : Perdu au YUKON, retrouvé aux TNO

08 septembre 2016

Observer le soleil et les étoiles : la stratégie principale de Frédéric Dion.(Courtoisie FD)

Observer le soleil et les étoiles : la stratégie principale de Frédéric Dion.(Courtoisie FD)

Le 18 août dernier, un aventurier québécois du nom de Frédéric Dion se fait déposer les yeux bandés en hélicoptère au Yukon. Sa mission : retrouver la civilisation par ses propres moyens, avec pour seul équipement une mini embarcation gonflable de 5 livres et l’équivalent de matériel qui se glisse dans une gourde, qu’il appelle sa ceinture scoute.


Un défi volontaire. Sans carte. Sans GPS. Sans nourriture. Sans eau. « L’idée c’était de prouver que j’étais capable de me sortir de n’importe quel endroit au Yukon, et dans ce cas-ci, ça s’est transformé un peu parce que j’ai traversé aux Territoires du Nord-Ouest », explique Frédéric. Il demande aux personnes responsables de son point de chute de le déposer à un endroit loin de la civilisation. À leur avis, les montagnes Mackenzie, entre le Yukon et les TNO, semblent représenter le niveau de difficulté attendu.


Observant le soleil et les étoiles, la stratégie principale de Frédéric Dion, lors de son périple, est de suivre une rivière avec son bateau jusqu’à ce qu’elle le mène au fleuve Mackenzie. Au total, il parcourt 430 km en 10 jours.


Son arrivée aux Territoires du Nord-Ouest est inattendue. Il comprend qu’il y est à son 5e jour d’aventure : « Une bouée indiquait les travaux futurs d’un pont sur un sentier ! J’ai lu Territoires du Nord-Ouest sur l’objet ! AH ! Je sais maintenant où je suis.

Plus loin ? Oui, une pourvoirie ! [...] Et ils ont eux la gentillesse de m’inviter à dormir dans un des chalets de l’endroit. J’en ai profité puisqu’il en coûte trente-cinq mille dollars pour un séjour d’une semaine ici. Pas de route, on s’y rend en hélicoptère [...] On m’a expliqué que pour un chasseur de chèvre sauvage des montagnes, le trophée en valait largement le prix. Chacun son monde…», écrit-il dans son blogue.

Faim et froid
Outre ce court moment passé dans le luxe isolé, la faim et la fraiche le mettent à l’épreuve. D’abord la faim, qu’il relate en partageant un souhait fait à l’esprit de l’ours. Dans la culture amérindienne de l’Ouest, l’esprit de l’ours « possède des pouvoirs de guérison et apparaît souvent à celui qui cherche sa voie par le véhicule du rêve. [...] Mais aujourd’hui, je n’avais qu’une demande à faire à l’esprit de l’ours, trouver à manger. Et puis, j’ai été entendu! » Il a eu droit à du porc-épic et à des fourmis comme repas, ce jour-là.


La fraiche s’attaque ensuite à lui : « Après une intense journée de navigation, j’ai eu à peine le temps d’installer mon campement pour la nuit et de faire une réserve de bois sec, que l’orage a éclaté. Le tonnerre et les éclairs sont des phénomènes naturels très plaisants à voir à travers la fenêtre de ma maison, bien calé dans mon fauteuil, avec une tisane de camomille à la main. Mais recroquevillé sous mon packraft [un manteau qu’il s’est fabriqué], en essayant de protéger mon feu, de garder ma chaleur, tout en conservant mon bois à l’abri, ce n’est pas de la tarte… de la tarte… hum… de la tarte! »

Livraison sur le Mackenzie
« Ah, ma belle Mackenzie! Douce Mackenzie que je découvre comme une femme longtemps convoitée et qui se donne enfin! Mackenzie baby, dans tes courbes longues, larges et envoutantes, tes méandres qui me donnent envie de naviguer sur ta peau frissonnante. Mackenzie chérie, colonne vertébrale des Territoires du Nord-Ouest, du lac des Esclaves jusqu’à la mer, je suis enfin là, et ensemble nous glisserons vers ma libération, vers mon retour à la civilisation », décrit l’aventurier lorsqu’il découvre qu’il se situe à soixante-dix kilomètres de distance de Tulita en croisant des gardes forestiers, qui le nourrissent au passage. « Qu’on se le dise, lorsqu’on se perd dans les Territoires du Nord-Ouest, on peut se faire livrer de la bouffe! », raconte-t-il avec humour.  

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C’est ainsi qu’il signe, par le code postal de Tulita, son dernier article de blogue dans lequel il parle de son aventure comme d’une épiphanie. Arrivé au Québec, il explique, confiant : « L’être humain a besoin d’adversité, d’aventure. Il y a bien des gens qui disent “il risque sa vie, il prend des risques inutiles”. Mais ce n’est pas le cas. Oui, il y a un risque. Et on a besoin de ça, on a besoin d’aventure, on a besoin d’adversité, on a besoin de défis. » Mais ce ne sont pas à son avis des risques inutiles.


Son sens de la détermination l’a amené à voir ce qu’il commente comme étant les plus beaux décors qu’il a vus de sa vie : « En ce qui a trait à la descente de rivière. Ça a dépassé tout ce que j’aurais pu imaginer. »


Depuis son retour au Québec, il goute à nouveau au plaisir et à la finesse de tous les petits plaisirs de la civilisation, des choses qu’à ses dires, on tient pour acquises. Petits plaisirs dont il pourra profiter jusqu’à sa prochaine péripétie, cette fois-ci au Groenland avec Opération Enfants Soleil, à l’été 2017.
 


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