Chronique Arcticité : Partager son seing

Élections françaises 2017 : Procuration et devoir civique

Cette « Fraternité » qui unit tous les citoyens de la République française, les ressortissants français des TNO la vivent de plus près encore que frères et sœurs de lait, puisque leur vote appelle au besoin d’identifier un ou plusieurs de leurs compatriotes à qui confier leur procuration.


En France, plutôt volubiles sur tout, on ne dit ni pour qui on vote, ni combien on gagne. Et sachant que dans beaucoup de familles françaises le silence se garde sur ces sujets, voire entre époux, parents et enfants, ces conditions de scrutin pour le nombre infime d’électeurs dans l’Arctique soulignent la symbolique du geste, qui reste un devoir civique souvent difficile à assumer depuis les TNO.


À la veille d’un suffrage historiquement décisif, en effet, la menace d’une ingérence électronique mène à la décision d’annuler le vote par Internet, alors que l’on sait que les provisions de dernières minutes de procuration ou de vote par correspondance ne suffiront pas à permettre l’accès aux urnes pour une catégorie d’électeurs, dont ceux établis aux TNO.


Le préposé au scrutin lui-même, M. le consul général de France à Vancouver le reconnaît, et déclare avec candeur : « ce qu’on appelle non pas un droit, mais un devoir électoral » pour les quelques centaines de Français, dont une poignée à peine parviennent à porter leur suffrage aux urnes. Leur poids dans la balance est négligeable. Nous ne pourrions influencer une élection.


Il en va d’un lourd compromis démocratique : est-il préférable d’accepter de perdre des voix par limite d’accès aux urnes, à fortiori si elles ne comptent pas, ou de permettre d’en gagner de façon frauduleuse?
La réponse est facile : l’intégrité du scrutin l’emporte sur son efficacité.


Ceci dit, ces gens qui voudraient compromettre ces élections marquent des points, mais nous rappellent, ce faisant, que les libertés acquises de notre société civile demandent toujours de notre part vigilance et sens du devoir.
Revendiquer notre devoir de voter peut donner cohérence à notre voix collective de citoyens expatriés dans l’Arctique canadien pour défendre dans notre rapport avec le consulat nos droits de doubles nationaux pour certains et de peser par notre expérience et notre connaissance du terrain pour tous, et par cette affinité particulière avec notre consulat, faire de nos voix notre vote, puisqu’il compte après tout deux fois, un au Canada et un en France.
Pourtant, le vote, même par procuration, restant secret, rien n’assure le vote réel de ceux qui en ont la charge au moment du scrutin. Ainsi, nos voix déjà réduites par exigence administrative s’avèrent aussi peut-être tout autant aléatoires que symboliques.


La question n’est donc pas vraiment « est-ce que mon vote compte?», mais « est-ce qu’auraient compté les votes supprimés par manque d’intérêt civique ou par obstacle d’accès aux urnes? », avec, comme question subsidiaire : « Est-ce que les raisons qui firent que je n’ai pas pu voter firent aussi que d’autres autour de moi n’aient pas non plus voté? »


La réponse est de taille, car, pour des raisons de pis-aller, de pragmatisme et de minoritarisme, elle entraîne alors une remise en question des principes mêmes de notre société, ces deux autres valeurs républicaines, « Liberté » et « Égalité » à commencer entre Français de métropoles et Français expatriés, et de là justifier d’autres abus pour d’autres raisons ou pour d’autres minorités.


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