Chronique musicale : Mehdi Cayenne - Aube

En journalisme musical, suivre la carrière de certains artistes relève davantage du privilège que de la corvée. C’est le cas avec Mehdi Cayenne et son troisième disque Aube.


La marche à franchir de disque en disque - particulièrement l’excellent Na Na Boo Boo paru en 2013 - n’a rien d’herculéenne, tant il s’agissait plutôt de peaufiner certains détails et affiner une ligne directrice, sans dénaturer l’irrévérence qui habite dans sa démarche. À preuve, Mehdi Cayenne s’entoure des mêmes collaborateurs depuis son premier disque en 2011, en compagnie des frères Olivier et Charles Fairfield. C’est beau la continuité et l’évolution, mais revenons à Aube.
La brève dissonance du premier accord de guitare acoustique de Rivière sert de détour calculé, qui cède plutôt sa place à un imposant sens du groove, où la concision des quelque deux minutes de cette introduction sert parfaitement Mehdi Cayenne.
Cela ne limite pas les premières minutes du compact qu’à leurs qualités musicales - on tombe à la renverse quand il évoque des images comme « ma Grande Ourse mal léchée. »
C’est donc le caractère complet de Aube qui permet à cet équilibre précaire de fonctionner avec autant de naturel.
La recherche sonore évite la redite, comme en témoignent les ambitions orchestrales de Quel jeu. Pourtant cet élément n’handicape ni les textes (Tendre l’autre joue à la folie), mais surtout ne témoigne pas d’une lacune mélodique. Même si Mehdi frôle le chaos, il demeure un efficace mélodiste qui arrive à soutirer des verres d’oreilles à ses chansons.
À ce niveau, on retient l’amertume de Ta solitude et la cruelle honnêteté des heures impossibles qui rappelle qu’on a affaire à une proposition complète avec Aube.
La rupture amoureuse qui sert de prétexte au disque est mise de l’avant avec poésie, ce qui évite de tomber inutilement dans la lourdeur du sujet. Le « Je devrais partir, » de Je te veux est immédiatement suivi d’un « Parce que ta chair se veut désert, mais c’est un leurre. » qui infuse un recul au douloureux réalisme du sujet.
Ce serait un cliché de souligner que Mehdi Cayenne est une personne singulière parmi la proposition musicale francophone hors Québec. La sensibilité - émotive et musicale - de Aube sert plutôt de rappel que derrière la folie créatrice du personnage, on retrouve une beauté universelle et un artiste complet.


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