Chronique musicale : Mclean — Sans l’abri d’un quand

Parmi l’imposante cuvée francophone hors Québec qui a participé à la vingtième édition des Francouvertes, Mclean est celui dont la proposition détonne le plus. En fait, l’extravagante pop éclatée du Sudburois (Simon Jutras, de son vrai nom) ressort du lot tant celui-ci opère dans un créneau qui n’a rien de familier, afin de favoriser la prise de risques.

L’urgence qui implose des deux premiers titres de Sans l’abri d’un quand témoigne de ce désir de passer à autre chose, à l’extérieur des conventions chansonnières. S’il est facile de faire appel au cliché et de comparer la pièce Circadienne à un électrochoc, cela signifierait d’enlever au mérite créatif de Mclean, qui garde en équilibre ses divers éléments; on plane, on groove puis on se laisse emporter. La formule préétablie de l’électrochoc est plutôt inutile, car on a affaire à un tremblement de terre qui fissure les parois du Bouclier canadien.

C’est particulièrement vrai quand débute Armophophallus titanum. « Nous aussi on passe de racine à tige, de fleur à sable », chante-t-il, comme pour nous rappeler du caractère éphémère de sa démarche. Juste observation, car Mclean transpose les idées les unes après les autres, en arrivant à étourdir assez pour déstabiliser tout en conservant un fil conducteur.

C’est d’ailleurs ce créneau qui soutire les meilleures chansons de Sans l’abri d’un quand. Le délire convient mieux à la démarche que le recul. Cela ne signifie pas pour autant d’avoir à osciller continuellement autour de l’approche rock du début de compact. La finale conserve deux petits bijoux; Tigh Deh et ses ambitions celtiques, aux arrangements imposants qui ressortent du chaos final, le tout en moins de trois minutes.

Puis, la pièce-titre évoque une sorte de rencontre entre la poésie ténébreuse de Keith Kouna et le flux de conscience de Jean Leloup, lorsque Mclean s’installe au piano pour livrer un texte bien fignolé, aux images solides. Surtout, l’auteur-compositeur réussit à répéter l’exploit mis de l’avant en début de compact, sans avoir à faire appel à des arrangements saturés.

Certes, Sans l’abri d’un quand donne le vertige par moments et manque d’un brin de concision et de direction. Il serait toutefois injuste de se priver du plaisir de l’écoute de ce premier album simplement dû à cela, tant la prise de risques est récompensée.


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