Agriculture : Les jardins du Dehcho

26 septembre 2013
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Caroline Lafontaine donne un atelier sur la construction d’un vermicomposteur à JC Arden, sa soeur E'tonda Arden, et Cruz Lafferty. Photo : Shannon Cazon.

Caroline Lafontaine donne un atelier sur la construction d’un vermicomposteur à JC Arden, sa soeur E'tonda Arden, et Cruz Lafferty. Photo : Shannon Cazon.

Le 25 octobre s’achèvera le contrat de Caroline Lafontaine comme chargée de projets pour le développement des jardins communautaires du Dehcho. Quelque six mois à apprendre les secrets du jardinage aux autres, mais quelque six mois aussi où Caroline elle-même a appris et sur le jardinage et sur les autres. 

Il y a cinq ans déjà, le gouvernement territorial avait commencé l’implantation de jardins communautaires dans les collectivités du Dehcho, c’est-à-dire Fort Liard, Wrigley, Jean-Marie River, Trout Lake, Fort Simpson et Nahanni Bute. Caroline Lafontaine et d’autres employés du ministère du Tourisme, de l’Industrie et de l’Investissement ont pris le relais cette année. Leur tâche, en gros, dans ce début de second quinquennat : bâtir sur les connaissances déjà acquises par les gens des collectivités et les rendre plus autonomes.
« Nous avons commencé par faire le tour des collectivités pour évaluer leurs besoins, rappelle Caroline Lafontaine, je travaille toujours à partir de là. Les gens avaient besoin d’outils, de mousse de tourbe, de couvertures flottantes pour préserver du froid. Dans certaines collectivités, nous avons créé un second jardin, à Trout Lake par exemple. C’est une collectivité en avance sur les autres, les gens travaillent beaucoup ensemble, alors c’est facile d’avancer. Dix-neuf personnes travaillant dans un jardin, tu ne vois pas ça ailleurs. » Il y a peut-être des raisons historiques à cette situation, suggère la diplômée en biologie de l’environnement de l’Université McGill; on aurait fait de l’agriculture à Trout Lake il y a 20 ans, on y retrouvait notamment des chèvres, des canards et des cochons dans les années 90.

Passation de savoirs
Une grande partie du travail, c’est la transmission de connaissances, en partant des préacquis spécifiques à chaque collectivité. Le sol est plus riche à certains endroits qu’à d’autres et il faut alors apprendre à compenser avec des engrais, comme du compost produit localement. Mais les collectivités partagent certaines choses, observe Caroline Lafontaine : elles privilégient l’approche biologique et — par ailleurs — elles ont un faible pour les légumes racines. De nombreux ateliers ont été dispensés, par exemple sur le compostage, sur la conservation des légumes, la préparation des aliments. « Nous faisons découvrir aux gens de nouvelles sortes de légumes, note Caroline Lafontaine, nous leur apprenons comment faire des chips avec des choux frisés, comment déshydrater les choux, mais aussi les carottes et les betteraves. Ça s’inscrit dans le concept de sécurité alimentaire. » L’irrigation et la fertilisation des sols ont aussi été abordées, tout comme la physiologie des plantes et leurs besoins, de manière à ce que les jardiniers comprennent les nécessités de certaines opérations et en viennent à être capables de faire leurs propres choix, par exemple pour les engrais.
Parallèlement, Caroline Lafontaine et les coordonnateurs des collectivités ont eux-mêmes participé à des ateliers au Northern Farm Training Institute. « Leur programme est vraiment intéressant, souligne l’ancienne employée du Centre de recherche Les Buissons à Pointe-aux-Outardes, spécialisé dans les recherches sur la pomme de terre et les petits fruits. J’y ai appris beaucoup de choses. »

Un bilan positif
Au moment d’écrire ces lignes, il reste encore un mois de travail à Caroline Lafontaine à accomplir dans ses fonctions. Elle participera notamment à la distribution de livres de référence sur le jardinage et la construction de caveaux, à un kiosque sur la microbiologie des sols lors de la Foire de la récolte du 28 septembre. En attendant, elle porte un regard positif sur le travail accompli collectivement. « Ça a été une bonne année de récolte. En plus, nous avons eu de l’argent d’un fond Cultivons l’Avenir pour ériger des lits de croissance [en fait, des bacs de terre surélevés] pour les personnes en fauteuil roulant et les personnes âgées. Les gens éprouvent beaucoup de satisfaction à voir fructifier leur jardin, à devenir autonomes, explique-t-elle. Et ça les ramène à la terre, à la nature. Les enfants adorent jardiner, dans certaines collectivités, ils ont même leur propre jardin. » Elle espère pouvoir revenir au printemps prochain.