Fierté 2016 à Yellowknife : Le pouvoir est à vous! Mais qui êtes-vous?

(Crédit photo : Nicolas Servel)

(Crédit photo : Nicolas Servel)

Les passages piétons face à l’hôtel de ville arborent les couleurs de l’arc-en-ciel, des panneaux sont placés stratégiquement en ville, c’est la Fierté à Yellowknife (NWT Pride).

L’événement a eu lieu du 4 au 6 août. Le drapeau de la fierté gai vole devant la mairie et aux bâtiments des Forces opérationnelles interarmées du Nord, tandis qu’une centaine de personnes, le samedi 6 août, se sont rassemblées sur la pelouse du parc Somba K’e pour entendre poèmes, chansons, discours, ou venir assister aux ateliers proposés pendant l’après-midi. En soirée au Pride Garden, les formations musicales Alysha Brilla, Deafstar et Hawksley Workman ont offert un spectacle fier en couleurs.


Un homme, nouvel arrivant à Yellowknife venu de l’Alberta du nom de Madi, relaye les paroles suivantes : « C’est n’est plus simplement la fierté gaie ici, c’est d’être fier de qui on est. »


Le thème des célébrations cette année est « You got the power » — « Le pouvoir est à vous », le pouvoir est à vous de vous affirmer, le pouvoir est à vous d’être vous.

Et certainement, c’est ce qui a pu être observé, mais pas nécessairement de la façon dont on aurait pu l’anticiper : Un atelier intitulé Des gens queer dans des positions de pouoir : défier le patriarcat, discuter de l’intersection des identités et des manières dont ces dernières influencent les dynamiques du pouvoir a pris un angle différent.

La discussion, après une ronde de noms et d’identifiants personnels (si on utilise le déterminant il ou elle), la conversation, menée par Alysha Brilla, une chanteuse activiste de l’Ontario, a vite porté sur le démêlement des identités portées par les participants à l’atelier. En d’autres mots, il s’agissait de déterminer comment leurs identités, réelles ou imaginées, s’entrecroisent dans certaines situations pour les mettre dans une position de pouvoir.

Pour Alisha Brilla, c’était plutôt simple : d’un héritage qui mélange européen et indien, elle parle et parait, selon sa propre admission, comme n’importe quelle autre blanche et anglophone de l’Ontario. Cela ne l’empêche pas de distribuer des cartes professionnelles avec son nom stylisé en script indien. L’idée de la fierté, face à l’oppression et au silence, ne s’étend pas seulement à l’orientation et à l’identité sexuelle, mais aussi à l’ethnie, à la race et à la classe. Il s’en est suivi une discussion, qui s’est transformée en une série de confessions – des jeunes gens analysant leurs propres expériences et privilèges, exprimant leur anxiété au moment de s’exprimer dans certains milieux par peur d’empiéter ou d’avoir trop de privilèges pour se sentir qualifiés d’opprimés.

 

Que signifie LGBTQ+?

Si les termes lesbienne et gai sont entrés dans l’usage populaire, et que les termes bisexuel et transsexuel sont généralement compris, qu’en est-il des termes tels que queer ou transgenre, intersexué, troisième genre, et autres? La dernière décennie a vu une prolifération de termes et d’étiquettes dans une tentative de raffiner et d’agrandir les catégories d’identité sexuelle dans la foulé des succès du mouvement des droits civils en Amérique du Nord et des efforts des mouvements de libération gai contre la persécution des homosexuels. Le mouvement LGBTQ+ continue ce combat, car si le mariage gai a fait d’énormes progrès, il représente un seul des multiples champs de bataille pour atteindre l’égalité des droits pour ceux qui vivent en minorité sexuelle.


Si le discours tenu par les organisations LGBTQ+ semble si différent de celui tenu par les homosexuels dans le passé, c’est qui il y a eu un changement déterminant dans la façon dont l’identité sexuelle est perçue.

Pendant plusieurs décennies, l’identité sexuelle, le genre de la personne et l’orientation sexuelle étaient considérés étroitement liés. Un homme aime une femme et de la même façon, on attribuait aux hommes et aux femmes des qualités et des défauts généralisés. En d’autres mots, c’est l’identité de genre qui dominait dans notre société jusqu’aux années 60, et plusieurs de ces stéréotypes persistent encore dans notre culture contemporaine.

Certaines théories au tournant du 20e siècle suggéraient que des hommes ou des femmes étaient des esprits masculins ou féminins piégés dans le mauvais corps. Un homme homosexuel serait donc, selon une telle théorie, un homme avec un esprit de femme, et une lesbienne, l’inverse. L’homosexualité est passée d’un acte commis à une qualité de l’être : on est homosexuel à un niveau fondamental au lieu d’être un homosexuel parce qu’on commet des actes homosexuels. Au cours du dernier siècle, toute une culture s’est imposée, dans la clandestinité, à travers les instances gouvernementales, institutionnelles et culturelles, et ces cultures n’ont pas disparu lorsqu’il n’était plus illégal d’être homosexuel.

Identité sexuelle
Mot-clés : communauté, sous-culture
Sous la pression de la répression et la persécution redoublée dans la période de l’après-guerre, la création d’espaces clandestins gais a créé un sens de communauté – d’une communauté distincte et différente de la tendance dominante avec ses propres codes, cultures et sous-cultures.
Ainsi, être homosexuel ne signifie pas être gai ou lesbienne, ou plus précisément, être gai et lesbienne de la façon dont les communautés gaies et lesbiennes le conçoivent à un moment ou un endroit particulier : une distance s’est créée entre le concept d’identité et celui d’orientation. Un concept qui peut avoir pour origine l’analyse de la femme par Simone de Beauvoir dans son livre, Le Deuxième Sexe. Sa phrase « on ne nait pas femme, on le devient » est toujours d’actualité pour les enjeux LGBTQ+ d’aujourd’hui, surtout si on aborde la question des personnes queer et transgenres.
Grosso modo, une personne queer est une personne qui rejette les identités sexuelles et les idées assumées au sujet d’un genre imposé par une aavasociété et sa culture dominante. Un queer, avant toute identité particulière, est quelqu’un qui sent qu’il ne se conforme pas aux mœurs et aux rôles sexuels avancés par la société patriarcale et hétérosexuelle dans laquelle il évolue. Le terme queer est donc un terme parapluie plutôt qu’une identité en particulier. C’est dans sa définition que l’on peut voir des tentatives de création d’identités sexuelles et de genres qui rejettent ce qu’on appelle « le binaire du genre » (de l’anglais, gender binary [0/1] [Homme/Femme]). Le rejet de la condition binaire est la source de la prolifération des lettres ajoutés a l’acronyme LGBTQ+, et est inclus ici sous le +. Selon la permutation, cela peut inclure asexuel, questionnant, allié, androgyne, transvesti, fétichiste, sans genre...

Personnes queer, transgenres, troisième genre
Même s’il y a contestation du concept, beaucoup adopteront des caractéristiques de l’autre genre ou déclarent qu’ils ne se sentent pas particulièrement homme ou femme. Ces personnes queer critiquent, mais ne dépassent pas ni ne transcendent les catégories homme/femme et leurs bagages culturels. Une personne queer peut aussi circonscrire le modèle binaire en faveur d’un modèle type spectre, ou l’identité est placée le long d’un continuum homme/femme (identité genre), féminin/masculin (expression du genre), mâle/femelle (sexe biologique), hétérosexuel/homosexuel (orientation sexuelle).

C’est ici que les catégories queer peuvent se mélanger avec les catégories transgenres. Un transgenre n’est pas un transexuel, mais plutôt un homme ou une femme qui a adopté les comportements de l’autre sexe, mais sans transition (modifications corporelles limitées telles que des corsets pour cacher la poitrine). Ils assument l’identité de genre de l’autre sexe, sans devenir pour autant homme ou femme, ou une femme devenue homme/homme devenu femme comme un/une transsexuel(le).


Le concept de troisième genre revient dans les discussions d’identité LGBTQ+ : l’idée qu’un homme ou une femme soit né dans un corps auquel il ou elle ne peut s’identifier, fut à l’origine en Occident, assimilé à la description d’homosexuel. On voit désormais que ce concept prend d’autres tangentes, avec des activistes qui tournent leur inspiration vers des sociétés non occidentales.

Dans ces sociétés, on tranasgresse également des classes, des castes, des rôles désignés pour des hommes ou des femmes. On retrouve, par exemple, un tel rôle chez les Indiens et les Hijra, chez les peuples de Samoa et leur Fa’afafine, les vierges célibataires des Balkans, et les Deux-Esprits chez plusieurs peuples amérindiens d’Amérique du Nord.


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