Énergie : Le pipeline arctique n'est pas viable

14 octobre 2014
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Pour l'analyste senior de l'Institut Pembina, Shauna Morgan, aucun des risques sociaux ou environnementaux associés à un éventuel pipeline Arctique n'a été étudié ou pris en considération de manière significative.

Pour l'analyste senior de l'Institut Pembina, Shauna Morgan, aucun des risques sociaux ou environnementaux associés à un éventuel pipeline Arctique n'a été étudié ou pris en considération de manière significative.

-Penser qu'on va envoyer du pétrole bitumineux par barge l'an prochain, c'est bizarre. (Dennis Bevington)
 

Selon Dennis Bevington, le premier ministre des Territoires du Nord-Ouest fait fausse route avec sa proposition de faire transiter le pétrole de l'Alberta par barges, puis par pipeline jusqu'à Tuktoyaktuk.
Fin septembre à Washington, le premier ministre Bob McLeod a rencontré des représentants d'ExxonMobil, de l'American Petroleum Institute et des membres de l'administration Obama, selon la Presse canadienne. Il a affirmé que le Nord pourrait être la voie pour exporter le pétrole bitumineux de l'Alberta.
Le pétrole pourrait être acheminé par rail jusqu'à Hay River dès l'été 2015. De là, cinq mois l'an, il serait acheminé par barges jusqu'à Tuktoyaktuk avant d'être chargé sur des bateaux dans la mer de Beaufort et distribué dans le monde.
La troisième phase de ce plan, qui repose sur l'étude de Canatec publiée l'an dernier et commissionnée par l'Alberta, verrait la construction d'ici cinq ans d'un pipeline liant Fort McMurray à Tuktoyaktuk. Pour un des auteurs de l'étude, Scott Tiffin, ce pipeline pourrait générer d'énormes profits pour le Nord.

Problématique du transport
Les deux modes de transport évoqués plus haut posent problème selon l'analyse du député NPD des Territoires du Nord-Ouest Dennis Bevington. « Il faudrait 200 barges pour transporter le contenu d'un conteneur de pétrole, affirme-t-il. La Northern Transportation Company n'en possède que 60 et nous en avons besoin pour transporter l'essence et les marchandises dans les communautés. Il faudrait tripler ou quadrupler le nombre de barges. » Le député ajoute que le bas niveau du Mackenzie en 2014 a créé des problèmes pour le transport fluvial de marchandises vers Inuvik, Tuktoyaktuk et Fort Good Hope et qu'ensuite, il y a la question de la glace. « Il faudrait mettre à jour, souligne Dennis Bevington, beaucoup de systèmes pour prévenir les accidents. Il faudrait au minimum deux ans pour examiner si c'est praticable et sécuritaire d'un point de vue environnemental. Penser qu'on va envoyer du pétrole bitumineux par barge dès l'an prochain, c'est bizarre. »
Dennis Bevington trouve également impraticable l'érection d'un pipeline arctique. Dennis Bevington affirme que pour le rentabiliser, il faudrait y faire circuler 50 000 barils de pétrole quotidiennement, ce qui poserait de grands problèmes d'entreposage étant donné que les glaces bloquent le passage du Nord-Ouest huit mois par année. Il fait également valoir que le pétrole bitumineux doit être traité avant d'être raffiné et que des installations à cette fin coûteraient aux alentours de 3 milliards de dollars. D'un simple point de vue d'affaires, le député NPD des Territoires ne voit pas de profits au bout de cette entreprise.

Des risques élevés
Pour l'analyste principale de l'Institut Pembina, Shauna Morgan, ce sont les risques environnementaux qui posent problème. Une seule étude de pré-faisabilité technique a été complétée à ce jour, souligne-t-elle. Cette étude reconnaît que « les risques environnementaux associés au transport massif de produits pétroliers à travers des routes risquées et non vérifiées peuvent être le plus grand obstacle, et que les mécanismes de réponse à une fuite de pétrole dans l'Arctique sont loin d'être adéquats. Le danger de fuite de pétrole sur la terre, l'océan ou la glace pose non seulement des risques environnementaux extrêmes, mais constitue aussi un risque majeur aux moyens de subsistance et à la façon de vivre des peuples. Aucun de ces risques sociaux ou environnementaux n'a été étudié ou pris en considération de manière significative. »
« L'idée [le pipeline Arctique] est un grand rêve, considère Shauna Morgan. Pour le réaliser, il faudrait de grands investissements public et privé, entre autres dans le développement de technologies, sans mentionner les coûts pour nettoyer un éventuel accident. Nous, dans le Nord, nous considérons que nous avons l'opportunité de rêver des rêves différents. Nous pouvons plutôt diriger nos rêves vers des solutions d'énergie propre qui existent déjà, et utiliser nos ressources privées et publiques pour rendre ces technologies d'énergie propres encore meilleures. »
L'Aquilon a demandé sans succès des commentaires sur le projet à la Chambre de commerce des Territoires du Nord-Ouest.


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