Études arctiques : Le jour où les mines fermeront

15 décembre 2016
Maxime Courant (Crédit photo : Sandra Inniss)

Maxime Courant (Crédit photo : Sandra Inniss)

La ville arctique est-elle durable, dans un contexte où il n’y a plus d’extraction des ressources? Est-ce que la ville continue d’exister, sans l’extraction minière? C’est ce qu’étudie Maxime Courant dans le cadre de sa thèse en géographie à l’Université de Rouen, s’intéressant particulièrement à la Ville de Yellowknife. 

« Que ce soit les villes européennes, nord-américaines, asiatiques, africaines, ces villes ont des racines qui sont profondément ancrées dans une histoire, dans un patrimoine, dans une identité. Les gens s’identifient beaucoup à leur ville et on sait que le fait urbain en Arctique est complètement différent », rapporte le chercheur Maxime Courant.

En début d’entrevue, il souligne que l’implantation d’une ville en Arctique passe souvent par une stratégie de développement pour l’extraction pétrolière, gazière ou minière. Ce qui amène des populations à venir s’y installer.

Et c’est ce qui intéresse Maxime Courant : l’aspect humain. Est-ce que, quand les ressources des mines seront épuisées, la ville sera toujours là? Est-ce que les habitants resteront? « Le facteur social a souvent été négligé et pourtant, il est au cœur de tout », pour le chercheur.

Quand il arrive à Yellowknife, les résidents lui expriment fréquemment : « tu travailles sur la ville arctique, mais on n’est pas en Arctique ici ».

Pourtant, « la Ville de Yellowknife figure dans la zone arctique selon l’Arctic Monitoring and Assessment Program », avise-t-il.

Mais alors, pourquoi Yellowknife? « Whitehorse est une grande ville et a peut-être plus de chance d’être durable parce qu’elle est connectée par des routes transit, par lesquelles on peut rejoindre l’Alaska, entre autres. Alors que Yellowknife, c’est le bout de la route. C’est ça qui m’intéressait ».

Actuellement en préterrain, le doctorant partage ses premiers constats, basés sur les statistiques et les entrevues qui orientent sa thèse, sur laquelle il travaille officiellement depuis septembre de cette année.

Les primos et les anciens
Parmi les résidents de Yellowknife, il considère deux catégories de personnes : « les résidents anciens, qui vivent ici depuis plus de 10 ans et ceux qu’on appelle primo-arrivants, ici depuis moins de 10 ans ».

À la question « Vous sentez-vous isolés? », les primo-arrivants se sentent complètement isolés. Les anciens ont répondu qu’au contraire, les connexions aériennes étaient plus importantes, et qu’il y a plus de trafic sur la route, par exemple. Les réponses à une autre question permettent de constater que les primo-arrivants considèrent que la ville est extrêmement chère, alors que les anciens vont dire que non, le coût de la vie était plus élevé avant.

Maxime Courant fait également remarquer que les discours des primo-arrivants revenaient fréquemment au fait qu’ils viennent chercher quelque chose à Yellowknife; au départ, ils sont là généralement pour le travail.

Partir ou bien rester
« Les gens restent à Yellowknife en moyenne pour une durée de trois ans », affirme-t-il. Les primo-arrivants consomment et repartent. À la question « Vous considérez-vous comme ténois? », ils ont répondu pour la plupart faire partie de la communauté de Yellowknife, mais ne pas être ténois pour autant. « On sait qu’on va y rester un temps et après repartir », cite le chercheur.

Mais qu’est-ce qui pourrait les retenir? 

« La culture », dit-il.

Sans culture, il n’y a pas de durabilité et à son avis, il en faut plus. Il ajoute : « La culture est la racine profonde de l’identité ». Environ 70 % des personnes interrogées auraient soulevé le besoin d’un centre interculturel et d’une médiathèque.

Diversifier l’économie pour durer
« Actuellement, aux TNO, 30 % des résidents travaillent de près ou de loin pour les mines, 40 % pour le gouvernement et 30 % vivent du reste (en comptant ceux qui ne travaillent pas). Si on résume, la ville, c’est le gouvernement et la mine. Si les mines ferment du jour au lendemain, le gouvernement restera peut-être, mais il faudra qu’il fasse des efforts », a signalé le chercheur.

En matière de diversification de l’économie, il donne en exemple le tourisme : « il y a énormément de touristes qui viennent pour voir les aurores boréales, [...] les hôtels sont pleins à craquer. » À son avis, diversifier l’économie ferait en sorte que les gens restent, grâce au développement de restaurants et d’activités, par exemple.

Prochain terrain : mars 2017
Ultimement, sa recherche permettra de déterminer si la ville est durable, mais aussi d’établir une définition de la ville arctique, sous la direction d’Alain Vaguet en codirection d’Yvette Vaguet, dans le cadre du projet Pôles URbains (PUR) avec l’Agence nationale de recherche en France.

Il reviendra en mars 2017 pour trois mois de terrain. Ses rencontres se poursuivront auprès des résidents, mais également de la municipalité, du gouvernement et de certains acteurs économiques comme les sociétés minières. Il compte aussi rencontrer plus d’anglophones pour contrer l’effet « de grappes » observé jusqu’à présent : « J’ai rencontré un francophone, qui m’a présenté un francophone et ainsi de suite... d’autres francophones.»


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