Conférence de Paris : Le climat recule dans les priorités

27 novembre 2015
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Dominique Perron a remporté le Prix du Canada 2015 
en sciences sociales. 
(Crédit photo : Fédération des sciences humaines)

Dominique Perron a remporté le Prix du Canada 2015 en sciences sociales. (Crédit photo : Fédération des sciences humaines)

Le massacre de Paris, le 13 novembre, a fourni à l’Occident un prétexte pour temporiser sur le changement climatique. La guerre annoncée contre Daesh relancera l’économie, mais fera augmenter les émissions de carbone. La chercheuse Dominique Perron est pessimiste.


« On est en plein paradoxe, souligne la professeure retraitée et analyste du discours sur le pétrole. On veut réduire le carbone, mais on s’apprête à en produire davantage.
« La campagne militaire pour éradiquer l’État islamique, comme le souhaitent la France, la Russie et les États-Unis, ça ne se fait pas avec de l’énergie solaire. Les forces de la coalition, ça produit une énorme quantité de CO2. »
Par exemple, les chasseurs CF-18 du Canada affectés aux bombardements en Syrie consomment 4 485 litres d’essence par heure de vol, générant 12 200 kg de carbone. Chaque heure de mission coûte 250 000 $ aux contribuables.
« On ne peut pas réduire les émissions de carbone et stimuler la croissance économique. Si on était logique et rationnel, soutient Dominique Perron, on devrait réfléchir à des modes de décroissance.
Mais la classe politique et les citoyens n’ont pas les outils cognitifs de comprendre les exigences d’une réduction du carbone, soutient la chercheuse. Personne n’a le courage politique pour appliquer des modes de décroissance et de dire la vérité que ça va faire mal. Plus on s’arrange pour ne pas réfléchir à l’inévitable, plus l’inévitable sera destructif. »
Quelque 50 000 participants de 195 pays sont attendus du 30 novembre au 11 décembre à la COP21, la Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques. On propose de limiter à 2 degrés le réchauffement planétaire.
Après les attaques terroristes à Paris qui ont fait 130 morts et plongé l’Occident en détresse, Dominique Perron s’attend au pire. « Sans mesures contraignantes qui sortent de la Conférence, ce sera une perte de temps. »
La veille de la tuerie parisienne, le président français François Hollande insistait sur la nature juridiquement contraignante d’un accord sur le climat. Selon lui, les engagements qui auront été pris devront être tenus et respectés.

Dion pessimiste
Le ministre des Affaires étrangères du Canada, Stéphane Dion, est pessimiste quant à l’issue du sommet, en raison des cibles annoncées par les pays les plus polluants.
« On aurait un réchauffement de 3 ou 4 degrés si on ne faisait rien, a-t-il déclaré à Radio-Canada. Parce qu'on fait des efforts, on est rendu à 2,7 selon l’ONU. Ce n'est pas assez. Il faut un accord international pour qu'on joue selon les mêmes règles climatiques ensemble. »
La population n’est pas sur cette longueur d’ondes, note Dominique Perron. « Surtout dans l’Ouest, les gens attendent une reprise de la croissance, en pensant que le pétrole va remonter. En Alberta, les politiciens pensent que la transition peut se faire en douce, que le résultat peut être différé, qu’on a encore quatre ou cinq ans devant nous.
« On devrait fermer immédiatement les champs de sables bitumineux, affirme-t-elle. Sinon, tout ce qu’on fait est cosmétique. La voiture électrique, ça peut réduire les CO2 dans certains endroits mais ça ne sert à rien. Les CO2 ne connaissent pas de frontière.

Décroissance ou crise
« En ce moment, estime la chercheuse, on a le choix d’entreprendre une décroissance structurée ou d’attendre l’obligation de la faire dans un état de crise totale. Dans cinq ou dix ans, nos gouvernements seront complètement démunis contre le changement climatique. Il y aura des masses de réfugiés climatiques. »
Elle note l’émergence d’une nouvelle branche de science sociale, la collapsologie. Il s’agit de « l’étude transdisciplinaire de l’effondrement de notre civilisation industrielle et de ce qui pourrait lui succéder, en s’appuyant sur les modes cognitifs que sont la raison et l’intuition et sur des travaux scientifiques reconnus. Son objectif est de nous éclairer sur ce qui nous arrive pour pouvoir discuter sereinement des politiques à mettre en place ».
« Va donc parler de ça à Justin Trudeau », lance la chercheuse. Le premier ministre continue à promouvoir, au pays comme à l’étranger, le programme libéral de croissance économique. Le gouvernement canadien va se présenter à la COP21 sans avoir établi de cibles nationales.


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