Presse franco-ontarienne : Le Droit offre une concertation avec les hebdos

03 décembre 2015
0 Commentaire(s)
Le président du journal LeDroit, Pierre-Paul Noreau, veut jouer un rôle de catalyseur. « Certains me disent que je vais faire un Don Quichotte de moi. » (Photo : LeDroit)

Le président du journal LeDroit, Pierre-Paul Noreau, veut jouer un rôle de catalyseur. « Certains me disent que je vais faire un Don Quichotte de moi. » (Photo : LeDroit)

Face aux défis de la presse l’éditeur du quotidien LeDroit d’Ottawa, Pierre-Paul Noreau proposera le 8 décembre une collaboration entre les membres de la Table des médias francophones de l’Ontario. Le quotidien éprouve aussi des difficultés en Ontario.
« En répertoriant les médias qui soutiennent la langue et la culture françaises, on trouve 36 publications à côté du Droit, explique son éditeur. Le portrait est inquiétant : six ou sept sont bilingues, huit sont morts et il reste 11 hebdos qui font de l’actualité en français. L’impression dans la communauté est plus positive que dans la réalité.
« Ce qui reste est encore bien vivant et assez vigoureux, poursuit Pierre-Paul Noreau. Pourquoi ne pas partager notre matériel et tout mettre à la même place? L’internet nous permettrait de prendre des nouvelles de partout et de les publier sur le site du Droit. On pourrait marcher ensemble, bras dessus, bras dessous.
« Rien ne nous empêche d’échanger notre matériel, lance-t-il : un titre, trois lignes et un lien internet. Si tu viens chercher une nouvelle chez nous et moi chez vous, on va se donner du trafic mutuel. Si on reste chez nous, on n’avance pas. On se croise les bras et on pleure ? Si on veut une communauté francophone vivante, il faut qu’elle se voie quelque part. Première chose : on doit démontrer une vitalité en se soutenant. »
LeDroit appartient au Groupe Capitales Médias, un conglomérat de six quotidiens québécois. Pierre-Paul Noreau estime avoir une responsabilité de mettre à contribution l’influence du quotidien.

Parler d’une seule voix
« Si on peut travailler ensemble, on peut réclamer ensemble. Est-ce qu’on peut dire au gouvernement : on est 4,8 % de la population, pouvez-vous mettre dans les médias francophones le même soutien qu’aux groupes ethniques ? Il faut parler d’une seule voix. »
L’éditeur croit possible d’obtenir davantage de publicités d’agences telles que Loto Ontario, LCBO et Hydro One, mais aussi des groupes communautaires et des conseils scolaires.
« Les commanditaires franco-ontariens n’investissent pas dans les médias, signale-t-il. Il va falloir en réveiller quelques-uns et convaincre la communauté de nous épauler si elle tient à ses hebdos et à son quotidien. L’appui aux médias est la sixième priorité de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario.
« Je voudrais faire plus, ajoute Pierre-Paul Noreau. Le nombre de nouvelles de l’Ontario français, depuis ma nomination en mars, il y en a un paquet dans Le Droit. Je sais que c’est un morceau essentiel. Mes efforts, ils sont là. On veut être lu en Ontario. »
«  J’ai été un peu délaissé par les Franco-Ontariens, déplore Pierre-Paul Noreau. Seulement 30 % de notre tirage vient de l’Ontario. Je ne demande pas la charité. Donnez-moi un peu de ressources et je pourrai faire mieux. Je n’ai pas le choix que d’être en position de revendication. Mais si vous ne me soutenez pas… »
L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) connaît la proposition du Droit. « On a parlé avec l’éditeur il y a trois semaines, déclare le président Denis Vaillancourt. On avait eu cette discussion avec son prédécesseur sur un journal virtuel quotidien. »
« Mais l’idée n’a pas été retenue, rappelle-t-il. Les hebdos ne veulent pas perdre leurs lecteurs. Comment le quotidien et les hebdos peuvent-ils être complémentaires? La conversation va reprendre pour voir comment ce serait gagnant-gagnant. »

Comme la poule et l’œuf
Les 11 membres ontariens de l’Association de la presse francophone ont reçu l’invitation du Droit, confirme le président Francis Sonier, l’éditeur du quotidien L’Acadie-Nouvelle. « J’ai communiqué avec cinq ou six membres. J’ignore combien participeront. On n’a pas assez d’information pour se prononcer et ce sera aux membres individuels de décider.

« Le principe de base, ajoute Francis Sonier, c’est que les journaux investissent pour faire de l’information locale et régionale. On ne fait pas ce travail pour les autres. Le contenu journalistique a une grande valeur. On ne peut le partager sans avoir de contrepartie. »

Denis Vaillancourt comprend la dynamique. « Les nouvelles locales font vivre les journaux. C’est comme la poule et l’œuf : plus de textes veut dire plus d’abonnements et plus d’annonces. Mais comment un quotidien privé peut-il faire ? Si LeDroit commence à couvrir Toronto, il va avoir la hargne des lecteurs québécois.

« Je vis dans l’Est ontarien, ajoute le président, je lis LeDroit. Mais les gens ici ne sont pas satisfaits. La première critique : c’est rien que des nouvelles de Gatineau. Il y a eu une perte d’intérêt dans le passé et une fois qu’on a perdu des abonnements, c’est difficile à retrouver.

« On ne veut pas perdre LeDroit, il a été un défenseur aux grandes heures de défi. Mais comment encourager une population délaissée à reprendre l’abonnement ?