Grand Lac des Esclaves : La voile a de l’avenir

01 septembre 2016
7e Régate des marins de bassin de la vieille ville (Crédit photo : Nicolas Servel)

7e Régate des marins de bassin de la vieille ville (Crédit photo : Nicolas Servel)

Le 27 août avait lieu la 7e Régate des marins de bassin de la vieille ville. Une course de voiliers miniatures organisée par Anthony Foliot. Lui-même navigateur, il a lancé la course comme un événement amusant pour encourager les familles à travailler ensemble sur un projet.
Pour développer un sentiment d’accomplissement qui ne peut être reproduit par des gadgets haute-technologie ou un jeu de plateau.
Si la course a aussi été créée pour renouer avec les traditions de la navigation maritime, l’ingéniosité alliée à la fantaisie des apprentis bateliers a pris le dessus sur les coutumes nautiques dès la première édition.
« Pour la première course, nous avions tous de beaux navires en bois que nous avions construits nous-mêmes. Puis cette jeune fille s’est pointé avec une brique de lait en plastique coupée en deux, avec du ruban adhésif pour faire office de pont et une voile en papier » se rappelle Anthony Foliot.
Cette petite fille s’appelle Sarah Taggart Miles et fut la première à voir son nom inscrit sur le trophée de la régate des marins de bassin. L’événement y trouvait alors tout son sens et a même servi de base pour élaborer quelques règles de participation. Il n’y en a qu’une seule en fait, officiellement; l’usage d’appareil de navigation électronique est proscrit. La deuxième règle non explicite, mais qui fait partie intégrante de la philosophie de la course implique que chaque vaisseau doit incorporer du matériel recyclé. Les navires proposés rivalisent alors naturellement de créativité et d’astuces.
Entre le « SS Grahame » et le « Weaver », un lac les sépare
L’histoire de la navigation dans les Territoires du Nord-Ouest a démarré avec les peuples autochtones qui utilisaient pour la chasse, la pêche et le transport de ressources, le réseau fluvial de « la grande rivière », appellé plus tard le fleuve Mackenzie.
Les premières voiles seraient apparues proche des côtes arctiques vers l’an 1000 avec les explorations vikings. Ce n’est qu’après les avancés des explorateurs comme Alexandre Mackenzie, qui donna son nom au fleuve à partir de 1789, ou de John Franklin que l’utilisation de la route nautique s’est accentuée pour devenir primordiale pour le commerce des fourrures.
L’utilisation des bateaux à vapeur, plus stable et maniable, a été privilégiée aux fins du commerce avec comme premier navire le SS Grahame, mis en opération en 1883. Cette méthode de transport s’est ensuite développée jusqu’à faire de Hay River et de la Compagnie Nordique de Transport (NTCL), la plateforme maritime des Territoires du Nord-Ouest reliant le sud du Canada et toutes les communautés au nord.
La voile, plus modestement, s’est tout de même révélée comme un moyen de transport à prendre en compte. Il fallait de l’astuce aux natifs de ces terres du Nord pour voyager autour et à travers le Grand lac des Esclaves. Bien entendu, les canots et kayaks permettaient aisément d’y naviguer, mais il pouvait s’avérer être éprouvant de réaliser de grandes distances, alors que la voile, apportée dans le Nord par les Européens, permet une mobilité « douce » et plus rapide en fournissant un effort amoindri.
Histoires de marins d’eau douce
Des toiles blanches et des mâts se sont donc dressés sur certains canots, puis des voiliers plus grands ont été importés ou directement fabriqués dans les Territoires du Nord-Ouest, pour livrer de belles histoires de marins d’eau douce au cours du XX siècle.
Par exemple celle d’Ed Callas qui embarque son ami Bud Weaver dans une aventure rocambolesque, au début septembre 1980. Les deux amis âgés respectivement de 56 et 26 ans avaient mis les voiles depuis une journée seulement, qu’une tempête s’est levée. La croisière d’une semaine le long des rives esquintées du Grand lac des Esclaves, à bord d’un navire de huit mètres de long construit des mains d’Ed Callas, allait prendre une tournure cauchemardesque. Après avoir combattu des vents violents pendant près de 10 h, la météo s’est empirée pour générer des vagues hautes comme des « blocs d’appartement ».
Ils allaient trouver refuge dans une crique rocailleuse à 60 km de Dettah, le village le plus proche. Ed Callas s’y pensait en sécurité grâce aux trois parois de terre qui couvraient la crique, mais c’était sans compter sur les vents changeants qui à mesure que la nuit avançait, s’engouffraient dans le seul couloir qui n’était pas protégé.
Le « Weaver », nommé après Bruce Weaver, père de Bud et ami de longue date d’Ed Callas allait craquer. Poussée par des vents de près de 50km/h, pendant de longues heures, la coque du voilier s’est finalement fracassée contre les rochers. Après avoir passé plusieurs jours à survivre avec une boite de soupe et un peu de viande récupérée dans l’épave, un bateau qui passait au large allait finalement venir à la rescousse des deux hommes.
Une autre belle histoire est celle d’un jeune résident de Nouvelle-Écosse, venu rendre visite à sa mère, résidente de Déline. Accrochant son voilier à son automobile, il a roulé jusqu’à Hay River. De là, il mit le bateau à l’eau et vogua à travers le Grand lac des Esclaves, puis emprunta le fleuve Mackenzie et navigua enfin sur le Grand Lac de l’Ours. Sans encombre cette fois, il a pu venir à bout de ce périple de plus de 700 km rejoignant Déline sous une pluie battante et les yeux inquiets de sa maman. De mémoire dénée, ce serait la première fois qu’un voilier traversa le plus grand lac des Territoires.
L’avenir est à vous
Aujourd’hui, la voile continue son bonhomme de chemin, à Hay River et à Yellowknife notamment avec le développement de différents projets et l’animation de clubs de voiles dans les deux villes.
Albert Bourque et Alice Coates ont d’ailleurs lancé un projet de revitalisation de l’industrie nautique à Hay River en initiant les jeunes aux travaux d’entretien et de remise en marche de certains navires.
Ils donnent également des cours de voiles pour inciter les jeunes à prendre la barre et à naviguer sur le lac.
À Yellowknife, beaucoup d’efforts sont faits pour bâtir une communauté de marins, impliquée et responsable. Des cours de voiles pour niveau débutant à expert sont disponibles ainsi que des « bateaux-écoles ».
Des courses, grandeur nature cette fois, sont organisées chaque semaine durant l’été, telles que la « Commisioner’s cup race », une des plus longues courses en eau douce d’Amérique du Nord qui consiste en un aller-retour Yellowknife/Hay River en l’espace d’une fin de semaine.
Avec l’ouverture du passage du Nord-Ouest dans l’océan arctique en ligne de mire, les amateurs de voile, apprentis marins et navigateurs expérimentés, ont la vie devant eux pour ajouter quelques pages à l’histoire de ce sport nautique dans les Territoires du Nord-Ouest.


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