Protection de l’environnement : L’habitat, la chasse, et le développement économique

02 septembre 2010
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Une zone de protection marine : un outil de gestion pouvant accommoder de multiples intérêts.

Depuis le 23 août dernier, trois aires de socialisation estivale des populations de bélugas de l’Arctique de l’Ouest sont désignées comme zone de protection marine à l’embouchure du delta du Mackenzie. Cette dernière annonce gouvernementale concernant les Territoires du Nord Ouest a été faite par le premier ministre Harper alors que la collectivité de Tuktoyaktuk célébrait le Jour des océans à Tuk Point. La zone de protection marine de Tarium Niryutait (ZPM) est une première dans l’Arctique et  s’étend sur une superficie d’environ 1 800 km2. Pour le gouvernement Harper, cet engagement « à protéger et conserver l’environnement magnifique et la faune exceptionnelle de l’Arctique canadien » s’inscrit dans le cadre de sa stratégie intégrée pour le Nord.  Pour un chasseur émérite de la communauté inuvialuit de Tuktoyaktuk, Frank Pokiak, cette mesure veut dire bien d’autres choses. « Cette mesure n’assure pas seulement la protection des nos baleines mais protège également nos droits de récolte », tranche celui qui est aussi le président du Conseil inuvialuit de gestion du gibier. Présenté simplement, c’est donc l’habitat d’une ressource qui est préservé afin de sauvegarder une culture. « Les bélugas se rassemblent dans ses eaux peu profondes [2 à 3 mètres] pour prendre soin de leur petits, raconte M. Pokiak. Ce sont des aires de migration qu’ils utilisent durant l’été. Nous utilisons ces mêmes aires de rassemblement pour les chasser, car il est plus difficile de les suivre en pleine mer. » Cette année, les chasseurs de Tuktoyaktuk ont prélevé une soixantaine de bélugas, ceux d’Inuvik en ont ramené 30, alors que la communauté d’Aklavik se partagera la viande de quatre baleines blanches. Frank Pokiak assure que cette activité traditionnelle permet à son peuple de subsister durant l’hiver dans une région où le prix de la nourriture dans les épiceries peut être le double et parfois le triple des produits que l’on retrouve sur les rayons à Yellowknife.

Robert Michaud, qui dirige le Groupe de recherche des mammifères marins en plein cœur du parc marin du Saguenay–Saint-Laurent, définit quant à lui cette zone de protection marine comme un outil de gestion. « C’est un outil qui prévoit des mécanismes pour gérer les conflits d’usage. Si comme société, on dit que la chasse de subsistance de ces communautés-là est importante, c’est une activité qui peut être permise et favorisée dans une zone marine protégée. Par contre, si l’on décide que la pêche aux poissons de fond dont se nourrissent ces animaux-là est susceptible d’avoir un impact sur ces populations, et bien cette zone de protection marine pourrait réglementer la pêche », explique le scientifique, qui ajoute que le même sort pourrait être réservé à l’exploration gazière et pétrolière.

C’est ce qui est prévu par cette première ZPM arctique. L’un des partenaires de la zone Tarium Niryutait est l’Association canadienne des producteurs pétroliers (ACPP), et cette dernière a accepté de ne pas être active dans ces aires protégées durant la saison estivale. Lorsque le delta est sous l’emprise des glaces ou lorsque les bélugas ne sont pas présents sur ces aires marines, il n’est pas dit que le peuple inuvialuit inclus dans le processus de règlementation du Delta s’oppose à toute demande d’opération pétrolifère ou gazière. « Nous sommes vraiment en faveur de ces mesures, indique Travis Davies, porte-parole de l’ACPP. On estime que le ministère des Pêches et des Océans a vraiment bien réussi ce processus inclusif qui correspond à une des meilleures pratiques pour respecter les intérêts de toutes les parties intéressées. »

Le ministère des Pêches et des Océans conduit depuis des décennies des études sur ces populations de bélugas de l’Arctique. Lisa Loseto, une scientifique basée à Winnipeg, étudie entre autres la diète de ces mammifères marins et explique que la communauté scientifique n’a pas précisément identifié pourquoi ces populations décident de se regrouper à l’embouchure du Delta. « Une des hypothèses est que ces mammifères marins apprécient le substrat au fond du Delta et qu’ils l’utiliseraient pour gratter leur peaux. Si une activité telle que le dragage serait mise en œuvre et qu’elle changerait le substrat de fond, cela affecterait l’utilisation de cet habitat par les bélugas », prévient Mme Loseto. Cette dernière espère pouvoir conduire des recherches diversifiées sur ces populations dans les années futures afin de mieux comprendre l’écosystème de ces mammifères marins et mieux le protéger.