Congrès Arctic Change 2014 : Fonte du pergélisol et alimentation

11 décembre 2014
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Un modèle de recherches qui pourrait être étendu à l'ensemble de l'Arctique
 

C'est peut-être une première mondiale et un modèle de recherches qui pourrait être utilisé dans de nombreuses collectivités arctiques. À Jean Marie River, Margaret Ireland, Cyrielle Laurent et Fabrice Calmels ont mené une étude sur l'impact de la fonte du pergélisol sur la sécurité alimentaire. Maintenant attaché au Collège du Yukon, Fabrice Calmels présentait ses travaux au congrès Arctic Change, qui se tenait à Ottawa du 8 au 21 décembre.
Le dégel du pergélisol transforme le terrain, ce qui affecte la faune et la flore. « Par exemple, illustre Fabrice Calmels, les caribous aiment les forêts avec des lichens, qui sont souvent sur des zones de pergélisol. Quand ce sol se dégrade, s'affaisse, il devient marécageux et se transforme en milieu humide. C'est moins intéressant pour les caribous. Cela affecte aussi les petits fruits et les plantes médicinales. Des arbres peuvent tomber et bloquer l’accès aux sites de chasse et de cueillette. »

Modus operandi
L'équipe de Fabrice Calmels, Margaret Ireland et Cyrielle Laurent, a allié dans ses recherches sciences pures et sociales. D'une part, elle a mené des entrevues avec la communauté Tthek’éhdél de Jean Marie River pour savoir comment elle utilise le territoire à des buts nourriciers, pour la trappe, la chasse et la cueillette. Elle a répertorié les changements observés, comment cela changeait cette utilisation et leurs impacts sur la collectivité. Dans un second temps, l'équipe a cartographié les zones de pergélisol — discontinu dans ce cas-ci — hautement sensibles au dégel autour de la collectivité. Grâce à des archives de photos aériennes, les scientifiques savent que le terrain s'est transformé depuis les années 1950, des buttes de six mètres s'affaissant pour donner naissance à des lacs. « La faune se transforme, note Fabrice Calmels, certains animaux se font plus présents [comme les ours et les renards] et d’autres se raréfient autour du village. La chasse n'a pas disparu, mais a déjà changé. On essaie d'anticiper ce qui va se produire. »

Innovation
Selon le chercheur du collège du Yukon, les études de risque sur le pergélisol se concentrent généralement sur l'impact sur les infrastructures; le lien avec les activités de subsistances est assez novateur. « Jean-Marie River, dit-il c'est un prototype. Nous voudrions développer ce même type de recherches dans d’autres collectivités nordiques. Je reconstitue actuellement une équipe; il nous manque un spécialiste des sciences sociales. »
À Jean Marie, pour le projet qui est actuellement en dormance, les chercheurs envisagent de collaborer avec un biologiste pour approfondir leurs recherches sur la faune. Ils ont déjà accès à des données de colliers GPS de caribous du ministère de l’Environnement et des Ressources naturelles des Territoires du Nord-Ouest. Ils sont à la recherche de financement.
Les chercheurs veulent aussi étudier l'impact des feux sur le pergélisol.